‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 44 sur 133 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

par Mazzini ou Kossuth qui alternaient ag-réablemenl pour son éclectisme avec les questionnaires envoyés par des correspondants à galons démocratiques, Ledru- Rollin, Louis Blanc. Schœlciier, Challemel-Lacour, Edgar Ouinet, d'autres chefs de chœur. « Chacpie réunion, écrit Mme Adam, avait ainsi son intérêt d'autant plus grand que ce salon n'était pas fermé à ce qu'on appelait nouvellement « l'opinion constitutionnelle ». ni môme aux jeunes « petits Olliviers » qui croyaient, eux républicains, à la possibilité d'un empire libéral, comme leur chef, le gendre de Mme d'Agoult >>.

Parmi les habitués de cet hôtel de Rambouillet du libéralisme, on remarquait d'abord les deux fdles de Mme d'Agoult, Cosima de Bulow et Blandine Ollivier, toutes deux belles et intelligentes; leurs maris, Han& de Bulow, le pianiste incomparable, le prestigieux chef d'orchestre, l'adepte fougueux de \\'agner, et Emile Ollivier, le futur ministre, créateur de l'empire libéral; le fils de la maîtresse de maison, Dauiel Liszt, intelligence éclatante et séduction irrésistible comme son père. Près de ce groupe de famille, nous reconnaissons NelTtzer, l'ancien rédacteur en chef de la Presse, inventeur de la candidature d'Emile Ollivier, Hippolrte Carnot, Littré au ré])arbatif visage, Dupont-White, un fécond remueur d'idées, Vacherot, l'érudit célèbre par son refus de prêter serment à l'Empire en i852, tous gens peu mondains qui ne se rencontraient guère que chez Daniel Stern. On y voyait également Renan, aussi maître en Part de causer qu'en l'art d'écrire: Edmond Texier, chroniqueur au Siècle, qui traçait d'une plume exercée des portraits politiques alors renommés; Louis de Ronchaud, leconseiller, leconfideutde Mmed'Agoult; Edouard (irenier, le i)oète ami de Lamartine, le républicain convaincu (pi'on appelait la « (Chronique vivante ». tant il s'entendait à rap|)orter les dernières nouvelles du jour; Emile de (iirurdin dont la femme

122 LA SOCIETli DU SECOND EMPIKE

avait été la première à recevoir Mme d'Atçoult, après sa rupture avec Liszt, alors que les salons de le. vieille société lui étaient fermés. Là venait aussi Jules Grévy, à propos tic qui la Bradamante démocrate de la rue de Presbourg, prédisait souvent avec une manifeste admiration :

— Notre prochaine république sera présidée par M. Grévy.

On sait que In prophélie. en se réalisant, n'a guère ajouté à la gloire de son ami. Floquet parut aussi chez elle et scandalisa par son aplomb de « poseur stupéfiant ' ». Enfin, un jour, elle présenta à ses hôtes une toute jeur.e et jolie femme, .Mme la Messine, qui devait sur'out se rendre célèbre sous le nom de son second mari, Edmond Adam. La comlesse d'Agoult avait reçu, quelques jours aupai'avajd, un livre intitulé Les Idées (tnli-proudiioniennes. signé .luliette La Messine et qui était une réponse aux injur-es adressées par Proudhon, dans son dernier livi'c, à George Sand et à Daniel Slern. La virilité du style et de la pensée tromj)a cette dernière qui écrivit à l'auleur :

« 11 est étonnant, monsieur, (pie vous ayez pris un nom de femme, (juand nous autres, femmes, nous choisissons des pseudonymes d'hommes. »

En se rendant à son invitation peu de temps après, la jeune femme de lettres détrompa de la plus agréable façon son aînée dans la carrière. Elle resta depuis sa fidèle amie.

Les assidus du salon de Mme d'Ayoult se retrouvaient dans celui de sa fille, la comlesse de Charnacé, fille du comte et de la comtesse d'Agoult. Derrière ces hautes fenêtres de la rue de Vaugirard, les bouillantes discussions d'art allaient leur train, mais surtout un véritable culte, dévot et enthousiaste, y était rendu à la musique.

Page 1