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Arthur Mkyer, Ce <jue rne^i yeux onl vu

16 i LA SOCIETE DU SECOND EMPIRE

donnée i)oih' qiiaranle-liuil heures au plus. Ils allèrent tous trois chez de Pêne. L'entrevue fut courtoise. Le sous-lieutenant Courliel se présenta seul comme adv(M"saire du journaliste (pii le reuNoya à ^L I^aira, Fun de ses témoins, pour régler les conditions du duel. L'autre témoin était le duc de Kovigo. L'aruu> choisie tut Tépée ; le lieu, le bois du Vésinet.

(3n arrive sur le terrain: Courtiel et de Pêne croisent le fer et le combat commence. Au bout de trois minutes, rolficier est atteint d'un léger coup déj^'c au haut (hi i)oignet droit. I) lUi commun accord, les témoins arrêtent les adversaires et tout parait leruun(\ lorsque le sous-lieutenant II venue s'approche de de Fène cl lui dit :

— Moi aussi, monsieur, je vous ai écrit. Je ura|>pelle Hyenne et j'attends une réparation.

1^' journaliste lui répond qu'il ne peut lui rendre raison sur-leciiamp et (pi'il a pris rendez-\OMs pour le lendemain avec des officiers des guides, («ependaul, assui'e-!-il. il lu' lui retuse i)as satist'aclion. nuus peut-il se battre avec tous les officiers de l'armée? Au surplus, il s'en raj)portera à ce que vont «lécider ses témoins. Ceux-ci représeuIcMit alors qu'un pareil duel est contraire à toutes les l'ègles et qu'on ne peut forcer leur ami, encore sous l'inq^ression d'un preuiie.r combat, à se b.illre iniuiétlialemenl une seconde fois avec un des témoins de sou adversaire. Mais l'oflicier insiste eu disant quil est (dtligé de retourner, le soir même, à son corps, à Abbeville, M.M. de llovigo et Paira proposent, s'il y a nécessité, que de Pêne aille le trouver dans sa garnison. Mais le sous-lieutenant Hyenne ne veut rien écouter. Il s'approche de l'otfenseur et lui dit : .

— Je vous forcerai bien à vous battre. En même len^ps, il le touche au visag^e.

— • Insulte pour insulte, ajoute-t-il. Maintenant, monsieur, vous vous battrez si vous voulez.

— Oue dois-it^ faire ? demande <le F-*ène.

— Vous ballre ! répond Paira.

On se bal donc. A peine les épées sont-elles engagé(^s que le rédacteur du Figaro quitte la position prise et présente le flanc gauche. Soudain on le voit s'alï'aisser sur lui-même : il est blessé.

Le docteur qui l'assiste s'élance aussitôt et constate au côté gauche une plaie d'où le sang s'échappe abondamment. Mais l'élonnement se peint sur son visage : de Pêne porte une autre blessure au côté droit I Comment a-t-il pu être frappé deux fois sans que les témoins s'en soient aperçus? C'est que dans la précipitation du combat, le sous-lieutenant Hyenne, craignant une riposte et ne se rendant pas compte du coup qui venait d'atteindre son adversaire au côté droit, avait instantanément porté un second coup auquel de Pêne, par un changement subi de |)osilion, avait pi'ésenté le côté gauche.

Une blessure avait atteint le foie, l'autre le poumon. On transporta le blessé sur un matelas, dans une auberge prés du pont du Pecq. Le bruit de la rencontre s'étant répandu en ville, un commissaire de police et ses agents se transportèrent en toute hâte auprès du blessé qui fit courageusement eiïort et put répondre distinctement à une ([ucstion du magistrat •

— Le combat a été loyal.

Néanmoins, une enquête fut prescrite par l'autorité judiciaire. Des bruits malveillants couraient dans Paris. Des récits prématurés égaraient l'opinion qui, dès le début, avai»t accordé ses sympathies à Henry de Pêne. On disait que Hyenne était maître d'armes. Il fit démentir ces racontars et se montra d'ime parfaite courtoisie, en témoignant à [)lusieurs reprises le vif regret que lui avaient causé les résultais de la dcnixième rencontre. L'instruction établit <pie les deux coups avaient été portés par une conséquence inévitable de l'cMigagement des adversaires. Et l'allaire en reslalà.

Depuis quelques années déjà, Paris assistait aux premiers succès d'un homme qui avait reçu plus que nul autre la vocation du journalisme et qui se trouva vile en possession de tous les dons, de toute Texpérience du métier. 11 devait arriver ]c premier à la formule de la feuille à la fois littéraire et politique telle que nous la comprenons aujourd'hui. Et cependant ce n'était pas, ce ne fut jamais un-écrivain. D'allure massive et épaisse autant (|ue d'esprit subtil et fantaisiste, il s'appelait Aui^uste Cartier tic Villemessanl. Il possédait une dose peu commune de volonté et d'aplomb. Bien que sabourse ne contînt autre chose que de l'air, il s'était marié à dix-huit ans i)uis il était venu à Paris où, pour ses dél)uts, il avait fondé la Sylphide, journal de modes sous le patronage de la fameuse danseuse Taglioni. La nouveauté de cette publication, c'était le parfum, au sens réel du mot, qui imprégnait ses pages et flattait l'odorat de la lectrice. Devinant, l'un des premiers, le pouvoir de la publicité, Villemessanl avait conclu un traité avec le parfumeur Guerlain, [)uis il avait fait fabriquer une vaste boîte à coulisses munie de tiroirs à claire-voie dans lesquels il étendait religieusement ses feuillets audesbus d'une litière de produits odorants. Il se levait, la nuit, pour retourner cette littérature embaumée comme on retourne une côtelette sur le gril. De nombreux abonnés se plaignirent, déclarant que ce parfumage les entêtait horriblement ^

\'inrent ensuite le Lampion, la Bouche-de-fer, la Chronique de Paris (jui sombrèrent sous les condamnations. En même temps, Villemessant affermait le feuilleton de la mode et la page de réclame dans différents

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