‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 55 sur 133 · IIkniu Rocuekort, Les Aventures de ma vie · texte numérisé non relu

IIkniu Rocuekort, Les Aventures de ma vie

neuf. Deux fois déjà il avait succombé enlre les mains pourlanL experles et combien |)arisiennes de Roqueplan." puis d'Alphonse Karr. Malgré ces précédents fâcheux et les conseils pessimistes de ses confrères, l'audacieux ii:azetier sedécida. Avant consulté l'état de ses finances, il se trouva quinze cents francs en caisse. Il fallut bien s'en contenter. Le 2 avril, le premier numéro parut, orné en tête d'un Figaro exécuté, moyennant un paiement exigé d'avance, par un dessinateur alors célèbre, \alentin. Le dessin une l'ois gravé, restait pour lui l'examen de la censure. Llle le refusa d'emblée parce <jue, derrière le héros de Beaumarchais, au milieu des victimes de sa verve satirique, on voyait s'enfuir lîasile la tête p(M(hi(> sans son immense chapeau. Etrange début pour une feuille qui devait un jour se faii'e la championne attiti'ée des idées conservatrices. On dut modilier l'œuvre incriminée, puis le futiirdirecteur s'en alla trouver l'inq^rimeur Chaix et obtint de ne lui payer que la moitié de ses factures pendant les trois premiers mois d'existence du journal. Très varié dans sa composition, le premier numéro débutait par ces mots : M Minuit venait de sonner à toutes les horloges de la ville... » Il trouva le meilleur accueil parmi le public du boulevard, et le Figaro prit tout de suite son essor.

11 réussit si bien que les procès ne tardèrent pas à pleuvoir. Confrère peu endurant, .Iules Janin, notamment, s'irrita fort d un porir.iil de l'Arétin dans lequel il avait découvert une resseml)lance injurieuse pour lui. Villemessant fut condamné à cinq cents francs d'amende. Mais à défaut d'argent, les ressources inépuisables de son esprit le tirèrent d'embarras. En se voyant menacé de périr sous les flots de papier timbré, il adressa une suppliipu' au Prince impérial âgé de quatre jours et obtint la remise des peines encourues '. Il avait installé

1. .liLiî!-: Brisson et I-'élix IIiiîevrk, Le.s drunds ./niirnaux de France.

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ses bureaux au ^|8 de la rue Vivienne, dans un appartement primitivement occupé par la veuve de Brillai-Savarin. C'est là qu'il surveillait tout, la rédaction, la mise en page, l'impression, la publicité.

Son premier soin avait été de diviser son journal par cadres. Il rêvait pour celle division (( quelque chose d'aussi clair, d'aussi simple que ce qu'il voyait dans les grands magasins^ » et, de même que le client de ceuxci trouve à une place donnée les velours, les soieries ou les articles de Paris, ses lecteurs découvraient d'un premier coup d'œil à l'endroit convenu la Causerie, les Échos de Paris, ceux de la Chambre, les articles de Variétés, les Tribunaux, le rayon des Faits divers, celui des Théâtres, etc., etc. Le premiei', il formulait cette vérité devenue axiome, que l'ordre est aussi nécessaire dans un journal que sur une table où le couvert est mis. On sail à quel point il a fait école. Sur cette table où Villemessant conviait ses aljonnés, le menu était conçu de façon à plaire à tous les estomacs et à n'en lasser aucun. Pour que le joui"naî conservât sa note fantaisiste et intinimenl variée, il voulait (jue des nouvelles à la main, gaies ou un peu légères, fissent un riant entourage à l'article, « comme des capucines autour de la salade- ». C'était bien de plaire aux gens graves, mais il fallait encore gagner la sympathie de ceux qui relaient moins ou ([ui voulaient un instant reposer leur esprit. De là vint la vogue si rapide du Figaro. L'Empereur qui s'intéressait si vivement au journalisme prit plaisir à le constater.

— Je crois, déclara-t-il, que le succès de ce journal lient à ce quil procède par articles courts, variés et nombreux, exposant chacun une idée dilï'crente '*.

A une époque où les colonnes d'un journal consli-

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