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LE MONDE nu JOURNALISME 177
enlever le numéro. Il goûtait moins la tenue soignée, la forme lapidaire. Son g-endre Jouvin signait des articles d'une forme très littéraire, 11 lui déclara un jour que personne ne les lisait. Et comme l'autre s'étonnait :
— Voulez- vous faire un pari ! J'imprimerai le mot de Cambronne au beau milieu d'un de vos morceaux les plus savants. J'ai perdu si quelqu'un s'aperçoit de la chose ^
Parmi ces chroniqueurs, Auguste Villemot s'acquit dans le public parisien une faveur extraordinaire. Personne Jie pouvait résister au pince-sans-rire de ses drôleries, à la cocasserie de ses imaginations. Il préférait ridiculiser les travers des hommes que les hommes euxmêmes. Il y metlait une telle bonhomie et donnait si exceptionnellement dans la médisance qu'il ne comptait que des sympathies, même dans la presse, rara avis. Seul, le farouche Veuillot l'avait voué à son inimitié et déclarait que lorsqu'un ingénieur voulait définitivement essayer un pont, il se contentait d'y faire passer un article de Villemot : si le pont résistait aune telle lourdeur, il était livré à la circulation. Ce joyeux compère à l'œil émerillonné et à la figure pleine adorait les mystifications. Jacques Arago, l'homme le plus fertile de France en calembours, trouva l'occasion de s'en apercevoir. Un soir, chez la princesse Malhilde,le prince Napoléon l'avait entendu assurer que personne au monde n'était capable de le mystifier. A quelques jours de là, il est convoqué chez le cousin de l'Empereur et se dit avec satisfaction qu il doit s'agir d'une nomination qu'il espère. Déception ! l'accueil du prince est glacial, celui-ci se contente de lui tendre un numéro du Figaro, en lui disant sèchement de lire à la deuxième page, aux •< Echos de Paris ». Accablé de stupeur et de déso-