‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 61 sur 133 · ViLLEMESSANT, Souveiiivs d'un Journalisle · texte numérisé non relu

ViLLEMESSANT, Souveiiivs d'un Journalisle

gauce uno largeur que son propriétaire augmentait encore, en écartant les poches à l'aide de ses pouces, tandis que les jambes tombaient sur un pied microscopique dont elles ne laissaient voir juste que l'extrémité. Son cou se mouvait plus qu'à l'aise dans une chemise échancréc et pourvue dun grand col rabattu devant lequel resplendissait une cravate de foulard groseille, rouge cerise ou solférino. Il portail d'énormes manchettes plissées sur lesquelles l'œil était alliré de suite par des boutons de dimensions anormales où s'encadraient des photographies, des portraits, des paysages, des marines.

C'est Léo Lespèscpii a inauguré chez nous le système d'un article par jour. En iS(i3, Polydore Millaud, homme d'imagination vive et d'esprit très pratique, avait repris à son compte cette idée qui avait obsédé Girardin : « créer un journal à un sou », et il avait fondé le Petit Journal, titre trouvé par Herald de Pages qui en fut le premier rédacteur en chef. Le nouveau directeur s'attacha Lespès qui troqua, à cette occasion, son ancien pseudonyme de « Le Commandeur » contre celui de Timothée Trimm. Le succès de sa chroni(iue quotidienne fut prodigieux. « Timothée Trimm! Timolhée Trimm ! Avez-vouslu Timothée Trimm? >> Huit jours après l'apparition du premier numéro, on n'entendit plus parler que de Timothée Trimm non seulement à Paris, mais dans toute la France. Cela, d'ailleurs se prolongea. « Pendant quelques années, écrit Monselet, le peuple ne jura que par ce nom. Ce fut un engouement, un fanatisme. On s'empressa sur les pas de Timothée Trimm, autant pour le voir que pour le lire. Un article par jour, cela supposait [)our le peuple un phénomène d'imagination, un puits de science, un colosse d'esprit, un foudre d'éloquence... n avait inventé une langue particulière, composée de petits alinéas (pi'il avait empruntée à Emile de Girardin, puis qu'il s'était appropriée et qu'il avait

perfectionnée. El ce style propre à tout rendre, efïVoyablemenl clair, il le débitait en menues tranches, à la façon île l'ancien marchand de galettes du Gymnase ^ ))

Chaque jour, sans jamais y manquer. Léo Lespès pondait au Pelil Journal trois colonnes de chronique. Naturellement, il ne pouvait consacrer que fort peu de temps au choix des sujet.s. Il s'approvisionnait de préférence au café, au cercle, au théâtre, sur le boulevard. Il piipiait au ])assage la note à retenir, bien qu'il tût de tradition qu'il n"avait jamais pu posséder un crayon. *( J'allais en acheter un, lacontail-il, quand la révolution de '|8 vint à éclater. » Il lui est arrivé bien des fois de commencer un article sans savoir ce qu'il dirait. Dans ce cas, il prenait tout simplement sur le calendrier le nom du saint du jour et il laissait aller sa plume. Grâce à lui et aux feuilletons de Ponson du Terrail — l'auteur de Timmortel Rocuinbole, petit bourgeois (pii s'entêtait à se donner pour un noble de vieille roche, toujouis vêtu d'un pardessus vert l'usse et dun pantalon quadrillé — la Pelil Journal atteignit des tirages inconnus jusqu'alors. Un jour vint, cependant, où Léo Lespès, cédant aux bi'illantes oll'res de M. l'aul Dalloz, quitta la u Maison Millaud » pour le Pelil Monileur. On aurait pu croire que cet uni(jue ténor emporterait la clientèle avec lui. Il n'en fut rien. Pour sauver la situation, il suflit de baptiser l'équipe de rédacteurs par quoi on remplaça Timothée Trimm d'un nom unique rappelant le tant fameux pseudonyme. Et l'on créa ainsi Thomas Grimin qui vit toujours.

Presque en même temps que naissait pour les modestes le journal à un sou, les gens du monde voyaient éclore la Vie Parisienne fondée en 1862 par le dessinateur Marcelin. Il sut former sa rédaction avec les meil-

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