‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 63 sur 133 · I. AiiTHUR Mkyer, Ce (/hc mes yeux onl vu · texte numérisé non relu

I. AiiTHUR Mkyer, Ce (/hc mes yeux onl vu

i. lui 1857 était né le Monde illiislrê foriiir par les directeurs de la Librairie iS'ouvelle, puis i)a8sé à i'ani Dailoz. 11 posséda, dès ses débuis, une rédaction d'élite et donna un i'euilleton de George Sand et des articles de fantaisie de Mérv, Gozian, Eugène Guinot, Monselct.

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gouailleuse et les coups d'épingle coiilre les puissauls.

A iÉvénetnent, Vacquerie, A'éléran du ronianlisme, raillait les rigueurs de la loi sur la presse, en semant ses articles d'axiomes ou de déclarations dans ce genre : « Une barbe bien savonnée esl à moitié faite », « Au premier abord, on incline à penser qu'un tout est égal à ses parties ». ^ Si Ton en croit les historiens, le roi Henry W n peut-être été assassiné par le jésuite Ravaillac ». 11 déclarait ne pouvoir en dire davantage par crainte de la police corrcclionnelle. Préludant à son rôle de préfet de police et de Barras viveur de la Commune. Raovd Higault imagina uti autre persillage. Ne possédant pas les trente mille francs de cautionnement exigés par la loi i)()ui- obtenir l'autorisation ministérielle de fonder une feuille politique, il créait de soidisant journaux d'instruction |)opulaire (ju'il baptisait L(i .\alure ou La Science pour ions. Il y servait des allusions perfides de ce genre : « L'aigle qu'on a par erreur qualifié de roi des oiseaux... Animal de proie pillard, voleur, lâche et féroce... »

Ces sarcasmes obtinrent peu d'elTet. Mais on allait voir paraître le maître du genre, le Puck cabriolant du pamj)hlel, le frelon au dard acéré, subtil, pénétiaiit, fleuri Hochefort. Fils de ce mar(|uis de Piochefort- Lucay (pii, en lidèle h'gilimisle, avait boudé la monarchie de Juillet, c'était, à ses débutsf un modeste employé de lllôlel de ville (pu se laissait appeler Rochefort tout court. Sa silhouette maigre, longue, étrange attirait les regards. Des cheveux en llamme de punch s'enlevaient au sommet de son front trop vaste. Ses yeux noirs se creusaient avec des luisances de braise. Une Ijarbiche satanique allongeait sa fac^e étroite. Dans sa redingote noire trop serrée, il paraissait plus maigre encore par son habitude de tenir toujours les mains fourrées dans les poches de son pantalon, ce qui faisait saillir de façon plus aiguë les angles de ses coudes et

r>E MONDE DU JOURNALISME

de ses épaules. Froid, nerveux, facilement irritable, il ne s'en montrait pas moins un camarade généreux et dévoué. Dans son milieu administratif, il fut vite connu

Henri Piocliefoil.

D'après une cnricaliire ilu knips.

pour son esprit discret, réservé, en dedans et pour les mots féroces qu'il lâchait les dents serrées. Que de cocasserie et d'imprévu dans ses associations d'idées, d'éclal bref dans ses plaisanteries ! Il ne vint cependant passent au journalisme. Cefutun de ses camarades de rilôtel de ville, Rossignol rpii l'y amena, r.hargé.

SOUS les combles du vieux bâtiment, de distribuer au bataillon des ronds-de-cuir les plumes, le papier, les crayons, coupe-papier et fioles de sandaraque. Rossignol occupait ses loisirs à écrire pour les petits journaux. Pierre Véron, Daudet, Rochefort lui improvisaient des quatrains. Des camarades remarquèrent la manière très originale de RocheforI el lui demandèrent :

— Pourquoi n'écrivez-vous pas aussi pour votre compte?

— Vous avez raison. Il faudra que j'essaie ^

Et il essaya pour le malheur de l'Empire. Promptement remarqué, il se vif bientôt enrôlé dans la phalange de Villemessant. On le vil, en ce Figaro dirigé par un partisan du comte de (-hambord, parler avec la j>lus grande familiarité des têtes couronnées venues à Paris en iSiij. Il assura que dans les chasses organisées à Compiègne et à Fontaineljleau, le grand veneur s'était arrangé de façon que lièvres, faisans, chevreuils destinés à tomber flous le plomb des souverains portassent tous le ^rand cordon de leur ordre : l'Aigle rouge pour le loi de Prusse, la croix de Saint-Etienne pour l'empereur d'Autriche, etc. Il ne larda pas à attirer au Figaro des difficultés, des répi-imandes du pouvoir, des procès. Villemessant s'en montra enchanté.

En i8(')8, Henri Rochefort faisait paraître le premier numéro de sa Lanterne, api'ès avoir longuertient hésité sur le prix qu'il ferait payer cette petite brochure de quelques pages à couverture d'un rouge révolutionnaire. 11 finit par se décider j)()ur (juarante centimes. Mais il écrivit son premier article, obsédé par la pensée que ce prix était mal choisi et que le public se plaindrait de n'en avoir point pour son argent. A l'imprimerie où il alla corriger ses épreuves, il rencontra Albert WollT et l»s lui passa en disant :

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