‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 68 sur 133 · Vuir imlre tome I · texte numérisé non relu

Vuir imlre tome I

l.A GAI! DE IMPEHIAIi:

l!tl

merie ; un l'égiment (rarlillerie à pird; une compagnie du g«;nie. Pour accélérer la formation de ces nouvelles troupes, chaque corps de la lignel'ut appelé à fournir

Curil-garde un soir de gala aii.\ Tuileries. D'après un menu d'Adolphe W'illelle édit:'' parla maison Dcvvonibez.

immédiatement un certain nombre de soldats se trouvant dans leui* troisième année de service. Le recrutement des grenadiers présentant des difficultés au point de vue delà taille fut assuré par l'incorporation de cavaliers et d'artilleurs à défaut de fantassins. En i855, cet etîeclif s'augmenta d'un régiment de grenadiers

deux de volligeurs, un de zouaves; d'un nouveau régiment de cuirassiers, un de dragons qui prit le nom de dragons de l'Impératrice, un de lanciers, un de chasseurs (|ui forma avec les guides une brigade légère. On organisait en même temps un régiment dartillerie à cheval, une seconde compagnie du génie et un escadron du tri^ip. iEnfîn, en i865, les deux régiments de carabiniers fusionnèrent pour entrer dans la garde et y reraplacfif le 2'' cuira^si£rg suj)prinié.

Parmi tous ces spldgtg 4'élite, aucuns ne furent plus beaux ni plus populaires que les Cent-gardes. Leur casque à criiiiôre blanche en gerbe, leur cuirasse élincelante sur la tujii<{ue d'azur sont restés mséparables de toutes les cérémonies, de toutes les fêtes (^y Second empire. Elle est déjà devenue légendaire, 1^ .silhouette du cent-garde géant, stupéfiant d'immobilité à l'égal d'une cariatide, montant la garde dans quelque vestibule des Tuileries, sous sa parure d'acier ou sous le plaston de buflle brodé d'oraux armes impériales. Après avoir occupé dilléienls locaux à \'ei'sailles, puis à Paris, ces superbes cavaliers furenl délinitivement casernes ruede Bellechasse dans un magnilique hôtel alï'ecté aujourd'hui à ditï'érents services de l'armée et aux réunions des officiers. Le colonel y disposait d'un |>el appartement qu'il occupait rarement. Les officiers célibataires étaient également logés et les meubles leur élaienl fournis par le mobilier de la Couronne. Un grand salon blanc et or servait de mess et communi'piait avec un café-fumoir et une salle de billard. Le service y était fait par un maître d'hôtel en tenue d'apparat aidé de deux valets de chambre en grande livrée. Là venaient souvent dîner des artistes et des hommes de lettres comme Lambert Thiboust, le joyeux vaudevilliste, le chansonnier Guslave Nadaud, Clésinger, Caipeaux. On parla longlemps d'un dînei' offert au colonel des Horseguards où le menu se fit remarquer par une finesse

Le Mot d'ordre — Grenadiers de la Garde impériale

/Jiijjrcs le ttdilfdii li Vvoii

rare et où Ton Inil abondammenL à la Reine et à l'Empereur.

Dans les dernières années de l'empire, l'escadron des Cent-gardes passa sous les ordres du colonel Verly, magnifique soldat et écuycr accompli possédé d'un véritable fanatisme pour le cheval. Secondé par un autre cavalier hors ligne, le capitaine Schiïrr, il était arrivé à faire exécuter tous les mouvements sans bride. Grâce à ces excellents instructeurs qui avaient apporté au corps les grandes traditions hippiques de Saumur, les Cent-gardes faisaient florès dans les carrousels. Ils obtinrent notamment le plus brillant succès dans celui qui termina le concours hippique de 1870, au Palais de l'Industrie. Le colonel Verly y remporta pour son compte une piquante victoire. L'Empereur lui ayant fait dire de venir devant sa tribune pour recevoir ses félicitations, son cheval, magnifique'pur-sang, se cabra, pirouetta, se livra à toute une série de dangereux caprices et ce n'est qu'après avoir employé toute sa science d'écuyer que le colonel put s'approcher de son souverain. Le lendemain, un journal de l'opposition baptisa le cheval récalcitrant du nom d' « IrréconciliaJjle ^ ».

On se montrait exigeant sur le service aux Gentgardes. Le recrutement s'opérait, comme celui de nos gendarmes à cheval, parmi les sous-officiers et les soldats des régiments de cavalerie. Quand un homme arrivait au corps, il était remis aux classes à pied et à cheval comme une simple recrue, même quand il avait porté les galons de gradé sur les manches. Tel un fils de famille <jui va débuter dans le monde, on lui faisait prendre des leçons de maintien et de correction. Ghaque jour, le service de garde aux Tuileries comprenait un maréchal des logis, deux l)rigadiers et douze hommes.

L Baron ALBERt Verlv, L'Escadron des Cent-gardes. lil irt

Le poste se Iroiivail placé près du pavillon de Flore. Les cenl-gardes s'y rendaient un peu avant onze heures en grande tenue, sans cuirasse, marchant d'un pas lent et cadencé, la carabine sous le bras droit. Ils entraient dans la cour des Fuileries parle guichet ditde « l'Empereur » donnant siu- le ipiai. îl n'y avait que quatre factionnaires dans l'intérieur du palais. Jusqu'en i858, un officier couchait la nuit dans le cabinet de Napoléon 111, en travers de la porte de sa chambre. En 1870, au moment où rojjposition j)olitiquo devenait menac'ante, les officiers demandèrent à reprendre cette garde, mais l'Empereur s'y refusa affectueusement.

Durant les factions, les cent-gardes observaient une immol)ilité absolue, la mi(\u allongée sur le canon de leur carnl)ine. Au passage du souverain, ils devaient saisir rapidement larme jiar la poignée du sabre-ljaïonnette euimanchée au canon, étendre horizontalement le bras dans toute sa longueur, puis frapper la «rosse à terre. Ces mêmes honneurs étaient rendus aux monarques étrangers et aux princes de hi familh' impériale, avec, en moins, ce coup de crosse sur le plancher. Les factions duraient deux heures. Il n'existait i)as d'honneurs en dehors de ceux que nous venons d'indi(pier. Ce fut l'occasion d'une des plus violentes colères du vieux maréchal de Castellane. Peu de temps après la formation du corj)S, il se rendait chez l'Empereur, quand il vit devant la porte du cabinet de Sa Majesté un superbe cent-garde figé dans une immobilité dont il paraissait bien décidé à ne pas sortir. Couiroucé, il reproche au factionnaire son oubli des devoiis les plus élémentaires, mais le soldat s'obstine, sans mot dire, dans son impassibilité marmoréenne. Le maréchal s'emporte, tempête, son visage s'empourpre, ses yeux flambent, sa bouche se répand en invectives. Enfin il finit par faire appeler le capitaine ^'erly qui se trouve de service, il exige une peine exemplaire pour l'indisci-

XA GAHOF. IMPKHIALR 195

pliné cenl-gardc. Il fallul une explication respectueuse cl même l'intervention de lEmperenr |)Oiir le calmera Sur cetle transformation du cent-gardcî en statue muette el d'apparence insensible, il courait bien d'autres histoires. Un jour le Prince impérial venait de i-ecevoir une boîte de drainées de baptême qu'il ne put se tenir d'aller monti'er de suite à sa mère. En arrivant à l'entrée des appartements de la souveraine, la vue du factionnaire vêtu de rayons et d'azur et casqué d'or comme Apollon, lui donna une idée cocasse, et l'espiègle vida tout Je contenu de sa boîte dans l'une des bottes du soldat, qui ne broncha pas sous cette avalanche de douceurs. Une autre fois, l'Impératrice traversant un vestibule avec le colonel Verly, s'arrêta devant un centgarde en faction et dit :

— Avouez, colonel, que cette parfaite immobilité est un Irompe-l'œil et qu'un rien en ferait départir vos hommes.

— Que Votre Majesté s'en assure.

— Oh ! si on adressait à celui-ci quelque grave injure...

— Je n'ai rien à répondre à Votre Majesté. Qu'elle voie par elle-même.

Devant ce reproche sur une question de discipline, le soldat n'a pas modifié par le plus léger tressaillement la position réglementaire. Piquée au jeu, l'Impératrice s'a[)proche et, se laissant aller à un geste spontané, lui donne un retentissant soufflet. Sto'îque, admirable de sang-froid, le factionnaire demeure inébranlable et silencieux comme un guerrier de pierre. La souveraine s'éloigna un peu confuse. p]lle fil aussitôt demander le nom du cent-garde cl lui envoya un billet de cinq cents francs. Il refusa pai- la voie hiérarchique, en déclarant (|u'il s'estimait trop heureux

Page 1