‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 71 sur 133 · GapiLiiiii' Hk.iiaiu), La darde iinpiiriale · texte numérisé non relu

GapiLiiiii' Hk.iiaiu), La darde iinpiiriale

LA GVHOE IMPERIALE

Clairons, trunipellcs, tambours sonnent et battent aux champs, puis les musiques, toutes excellentes, font retentir Parlant pour la Syrie. Leurs chefs, Sellenick, Paulus, Hemmerlé, Mohr, Arban, Magnier joignent au talent d'harmoniste consommé celui du compositeur.

\if1i iL:i-ur (le la j^ardc im|ii rialc. Dessin de Lalaisse.

Aucune musi([ue européenne ne peut rivaliser avec celle des guides où des virtuoses de l'Opéra et des Italiens ligurent comme gagistes et qui est subventionnée [)ar l'Empereur. Avec un ensemble merveilleux, cette ' magnifique foule guerrière présente les armes. Là-bas, de l'avenue aboutissant à la Cascade, débouche l'étatmajor impérial précédé d'un |)eloton de ccnt-gardes. Il arrive au petit galop. L'Lm|)ereur a ci-dé à l'Impératrice

le côté des troupes. Elle passe sur leur front, en s'inclinant avec un délicieux sourire devant le salut des aigles et des chefs de corps. V^ision rapide et charmante : un voile qui s'envole autour d'un chapeau d'aniazono, un visage aux lignes pures animé par la course, une taille souple et élancée, une ample jupe coquettement drapée, tout un inlini d'élégance, de beauté, de majesté superbement campé sur une selle... Et la vision est déjà loin, masquée par les cuirasses et les ci iiiièics ondoyantes du peloton d'arrière des ccnl-gardes et par cinq ou six pitpu^urs dont les pur-sang bondissent aux accents des cuivres.

Puis voici l'inslaid du tiélilé devant les souverains. Du fond de l'horizon verdoyant s'avancent les superbes tètes de colonne des régiments, ces tètes de colonne pour les(|uelles les colonels rivalisent d'elTorts et de sacrifices d'argent. Voici les vieux sapeurs barbus jusqu'à la ceinture, chevronnés jusqu'aux épaules, le tablier blanc tout étoile de croix et de médailles. Entête, marche le caporal-sapeur représenté (|uelquefois par un nègre magnifique, car c'est là un luxe recherché. Puis voilà les resplendissants tambours-majors, géants charaai'rès, galonnés, soutachés d'or, arborant des épaulettesde colonel, des panaches grandioses et lan- (*ant avec une imperturbable maestria la canne à pomme d'argent en tète de leurs « tapins » qui battent éperdumeni le pas redoul>lé à la mode. La foule connaît leurs noms: Dclplace, du i"'' grenadiers, qui mesure 2 m. 12; lieymès, du 3" voltigeurs, décoré à l'assaut de MalakolT; Duchemin, des zouaves de la garde, un (luadeloupéen au teint fortement basané. Les régiments passent avec des alignements impeccables, des intervalles soigneusement observés, un étonnant « tact des coudes ». Les tenues rivalisent de netteté et de pimpant, révélant un chic militaire spécial devenu une forme d'esprit de corps, et rappelant par l'aspect les

immortels bataillons du premier Empire. Quelles martiales attitudes ! Quels beaux masques de brisquards, moustachus et creusés, tannés par le simoun d'Afrique, lèvent glacial de Crimée, le soleil de Lombardie ! Les officiers se redressent fièrement dans leurs uniformes splendides. Du colonel au plus jeune soldat, tout le monde, parmi les grenadiers et les voltigeurs, porte la moustache effilée el l'impériale. Les zouaves tirent orgueil de leurs barbes de fleuve; les chasseurs à pied revendiquent la barbiche. Et de ces rangs marchant d'un même pas de victoire s'envole une longue acclamation : « Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! »

Puis c'est l'artillerie qui ébranle ses {)ièces et ses caissons, tandis que les officiers trottent en tète dans leur étincelanle lenue noir et or. Derrière elle, galopent les guides, le corps favori des souverains, où les premiers écuyers de l'époque propagent la science du cheval, les chasseurs et leur colonel écrivain Paul de Gondrecourt, les lanciers en kurtka blanc faisant joyeusement flotter au vent les llammes claires de leurs lances, les dragons de l'Impératrice sous le commandement du colonel Pajol, un nom de cavalier qui a de qui tenir, la brigade de cuirassiers, le premier régiment bleu foncé, le deuxième bleu de ciel, et les carabiniers, colosses vêtus d'azur au casque de héros grecs. Chaque régiment possède trente trompettes qui sonnent à toute volée et quarante musiciens, les uns et les autres portant un uniforme aux couleurs difierentes de la troupe et encore plus vives. Ici aussi, les corps se font i-emarquer par des traditions, un chic militaire, un port de moustache particuliers. Dans chaque peloton, tous les hommes du premier rang portcnl un chevron, souvent trois. Sur les cuirasses, les dolmans, les plastrons, étincellent les croix et les médailles. Et quand la charge se rue à toute bride, sabres haut, clameurs enthousiastesauxlèvres,pours'arrèter net devant lecouple

impérial, la foule salue de ses vivats IransporLés celte chevauchée de splendeur et de gloire.

Maintenant, la revue terminée, les troupes se répandent comme d'énormes serpenis aux éclairs d'acier à travers les allées du hois de Boulogne. Pendant les haltes sous le feuillage percé de joyeux rayons d'avril, c'est le tour des cantinières qui vont le long des faisceaux, vidant le schnicU oiile champoreau de leur tonnelet à garnitures de cuivre où sonl peintes au centre les armes impériahîs avec couronne et manteau. Une de coquetterie martiale chez ces cantinières delà garde, celles des guides en talpak noir et dolman à hue collerette blanche festonnée el retombante, celles de l'artillerie en spencer de drap blanc orné de brandebourgs écartâtes et jupe bleu de roi, celles des zouaves en turban blanc rayé de soie jaune, vesle chamarrée de jaune et large |)antalon boullani que rccouvr*^ la jupe el le j)elit lablier de soie noire ! Dans ces corps d'élile où l'élévalion de la solde permettait davantage aux hommes de jouir des douceurs de la cantine, le nombic de ces v(?rseuses de cœur el (rcnirain allait à des chilVres anormaux. Les régiments de grenadiers et de voltigeurs en complaienl jusqu'à vingt. Et (pi'on ne pense pas que leur tenue d'opéra-comique rendît ces femmes impropres à la rude vie de campagne. On s'en aper(;ut en Crimée, en Italie, au j\Iexi(pie, à Metz où on en vit plus d'une prodiguer son dévouement aux blessés et faire vaillamment le coup de feu.

Dans la garde im{)ériale, le moral répondail à cette magnifique allure physique. Les traditions de bravoure, le culte de l'honneur et du drapeau, le désir de se inon- Irer digne du corps choisi où l'on servait primaient tous les autres sentiments. (( Comme dans la garde » était une expression courante dans la ligne pour indi- (picr le summum de l'élégance et de la correction militaires. Tous les cœurs avant battu sous ces uniformes

LA GARDE IMPEHIALE

qui oI)liiJfeaienl en ont gartlc l'incomparable fierlé. « La vivacité et Iasouplcs.se étaient nos <iiialiLés maîtresses », dit un ancien ofticicr de chasseur à pied. « Partout où

Cuirassier de la garde iinpcrialu.

Da[<rès une u(iuarelle du cai)ilaine Lalialle.

il fallait passer, nous passions » se, vante un i^renadicr. Les voltigeurs se déclaraient inlatigables. A Saint- Gloud, aux Tuileries, les zouaves conservaient leurs habitudes d'Afrique, leur crâne rasé comme celui des Kabyles et seulement couronné à sonsommel d'iiii boucpu'l

de cheveux, (» le Mahomet ». Ils gardaient aussi leur petit <<sa])in),ce langage algérien mêlé d'arabe et de provençal, auquel un argot spécial au corps ajoutait encore plus de piquant. Un civil, c'était un Maltais, une i'emme une moiif/nère, un prêtre un marabout. L'artillerie apportait un soin jaloux à ses défilés. Les cuirassiers s'efiorçaient de dépasser tous leurs camarades dans la manœuvre à rangs serrés. Guides et chasseurs recherchaient surtout les succès de manège etde carrousel. Et il fallait voir fanatiser les dragons de rimpératrice, quand celle <l()iil ils portaient le nom, montait à cheval, au cours de ses séjoui-s à Fonlainel)leau, ])our aller les voir manœuvrer sur le terrain de la Solle !

i^t quelle coquetterie raflinée et cocardière, quel souci de la tenue chez les simples soldats aussi bien que chc/. les of(iciei-s 1 Omix-c! faisiiienl tlorès aux bals des TniliMics, les guides eu (idylle collante galonnée «l'or sur h's cuisses et bottes à la Souvarow à gland d'or, les (b'agoiis en habit vert foncé avec épaulettes et aiguillettes, culotte et bas de soie blanche, souliers découverts à l)Oucles. épée en vermeil et chapeau chupie, les artilleurs la poitrine striée d'or comme le corselet d'un insecte géant. C'étaient ces mêmes artilleurs qui allaient dans leur omnibus, debout, de N'ersailles aux bals des Tuileries, ])our ne pas froisser leur tenue de gala. Ils pouvaient prendre comme modèle d'élégance leur colonel Le François qui avait inspiré ce dicton dans la garde : « Brave comme Le Fi'ancois » et dont Canrobert disait : o Persoime n'est élégant comme Le François au feu. )) Cette élégance atteignait à celle des héros de la guerre en dentelles. N'avait-on pas vu en Crimée le brave officier se plaindre parce qu'un boulet en éclatant près de lui, avait noirci ses gants blancs ^ ?

D'un niveau intellectuel souvent assez élevé, surtout

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