Capitaine Riciiaiu), Iai Garde impcriale
dans l'artillerie et la cavalerie,ne versant qu'exceplionnellement dans ce type soudard moins général qu'on ne s'imagine dans la vieille armée, les sous-officiers ne se préoccupaient pas moins du chic militaire. Ils savaient faire passer de l'esprit de corps dans le pli d'un pantalon ou le port d'une coiffure. Les simples soldats suivaient aveuglément ces exemples. Il fallait que la galerie vît tout de suite qu'ils étaient de la garde. Jamais un guide ou un carabinier ne portait le sabre au crochet quand il allait à pied. Pour rester dans une tradition distinguée, il fallait le tenir à la main ou sous le bras gauche. On pense que, dans ces conditioHS, la fantaisie régnait à son aise-. Elle alla même jusqu'à empêcher le régiment des dragons de l'Impératrice d'assister à une revue, parce qu'il avait complètement modifié de lui-même la tenue de ses sapeurs. Ah ! l'obsession des têtes de colonne sans rivales ! Elle forçait quelquefois les généraux à sévir et tout bientôt rentrait dans l'ordre. Faute bien vénielle ! Les régiments ressemblent aux coquettes : le goût de la parure ne peut que mieux les disposer à la victoire.
Lorsqu'un officier était nommé dans la garde, il touchait une indemnité de première mise pour l'achat de sa brillante tenue. Dans les mess dont la coutume toute nouvelle avait été importée d'Angleterre par lui-même, l'Empereur avait payé les frais de première organisation, mobilier, vaisselle, argenterie, toujours l)eaucoup plus luxueux que dans le.s autres corps de l'armée. Ces mess servaient souvent de théâtre à de fort belles réceptions où la musique du régiment se faisait entendre ainsi que des chanteurs ou artistes dramatiques en renom. Cela arrivait environ une fois par mois, à un jour fixe où tous les officiers, célibataires ou mariés, se trouvaient réunis. Les domesticpies. vêtus ordinairement de la livrée aux couleurs du régiment, prenaient, à cette occasion, la culotte courte, les bas blancs et les
souliers à boucle. A l'heure du repas, la porte de la salle à manger s'ouvrait à deux haltanls et, très rorrect dans son habit noir, le maître d'hôtel s'avançait eu annoneant à haute voix : a Le colonel et ces messieurs sont servis. »
Les invités civils étaient fré([uents à ces réceptions. C'est ainsi (pion a rcMeini certain dîner à la caserne de la Nouvelle-France où les olficiers des zouaves de la garde avaient invité Alexandre Dumas père. Tout se passa avec la plus grande cordialité. L'excellente mn. siquc d'Hemmerlé lit entendre les plus beaux morceaux de son répertoire. On passa ensuite à la salle de café. L'illustre romancier y devisait avec entrain de cape et d'épée au milieu d'un cercle «le p;inlalons rouges, quand tout à coup nu planton Ip.iiIhi. chevronné, silencieux, imperturbable, se j)lanle devant Dumas et. la main au turban, les talons joints, lui tend une immense enveloppe. L'auteur des 7'/o/.s inoii'^qiu'ldircx Va décachette et lit :
Les sous-oClicieis punis du régiment des zouaves le la garde vieniuMit d'apprendre que Monsieur Alexandre Duuuis honorait de sa présence la table de leui-s ofliciers. L'illustre ronuincier voudra bien, ils l'espèrent, implorer \)o\\v eux la clémence du colonel et leur faire ouvrir par son iniluenceles portes du petit château d'If où la discij)line militaii-e les tient maintenant enfermés. Alexandre Dumas a déjà bien souvent charmé par ses récits leurs moments de loisir, ils ont souvent admiré son talent, mais ils seraient fiers de lui devoir personnellement de la reconnaissance. »
Si(/né : « Edmond Dantks. »
— Vous voyez, mon colonel, dit Dumas, en lendant en souriant la lettre au colonel Lacretelle, on m'attaque par mon faible, le cœur et l'esprit. Le héros de Monte-