oir dans noire Inino l" : Le Camp de Clidlons
nolle. Le major Kampf, du ?>" voltigeurs, avait représenté une émouvante défense du drapeau. Les zouaves avaient contié l'emblème sacré à la main d'un chacal géant et barbu. Mais le chef-d'œuvre du genre se trouvait, à coup sûr, détenu par les chasseurs à pied où un caporal à l'art gracieux ot galant avait sculpté l'image d'un des braves du bataillon couronnant de lauriers le busie de l'Impératrice.
Celle-ci, ainsi que son mari et son fils, faisait de fréquentes visites aux baraquements de Mourmelon ou de Saint-^Liur. Elle s'intéressait à la vie calme et régulière de ces durs-à-cuire qui occupaient leurs loisirs en se racontant des histoires, toujours les mêmes, précédées du sacramentel « Cric ! Crac ! », ou en se livrant aux douceurs du vieux jeu de la drogue ou de celui du chat et du rat. Le colonel Lahalle, alors lieutenant d'état-major staofiaire aux zouaves de la o-aj-do, nous alaissélerécitd'une de ces visites du couple impérial à Saint-Maur, au lendemain de la guerre d'Italie. On y trouve, comme sténographiés, les propos que tint la belle souveraine.
« Je faisais fonction d'a<ljudnnl-major de semaine. Deux heures et demie, .l'entendais bien raboter un peu du tambour dans le l)alaillon de grenadiers voisin, mais je n'y j)rèlais aucune attention. Soudain, un zouave du poste de police se précipite sous ma tente :
— Mon lieutenant, voilà l'Empereur !
— Dites qu'on rappelle aux tambours pour rendre les honneurs et prévenez le colonel.
— 11 n'y est pas, il est allé chez le général commandant la place.
Patatras 1 Je boutonne ma tunique et me précipite aux faisceaux, sur le front de bandière. Je vois alors venir du camp des grenadiers un petit groupe où je reconnais l'Empereur en costume civil donnant bourgeoisement le bras à l'Impératrice en toilette très simple. Derrière eux et autour, sont groupés quelques
LA GaDDE IMPERIALE
civils parmi lesquels je disling-ue un officier général on tenue. Franchissant la ligne des faisceaux, je salue militairement et en silence.
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r.hasseur à pied de la garde impériale. D'après iin menu d'Adolphe Willrlle (''dilé par la maison Uewambez.
— Marchez avec nous, me dit le général (|iii éhiil le général Soumain. Vous nous répondrez.
.l'aurais dû me porter en deiiors. à gauche et à la hauteur de Leurs Majestés, mais, en conscrit interloqué, je me bornai à les suivre du plus près possible. Nous passions devant les faisceaux derrière lesquels les zouaves étaient accourus en nombre.
L'iMPÉRATRrcE. — II? oiit l'air bien portant, ces soldats.
Moi. — Tout prêts à recommencer, madame.
L'Impératrice. — II a fait bien chaud pourtant en Italie.
Moi. — Ouaranle-six degrés à l'ombre.
Pendant ce colloque, un petil vieux en civil me serrait de près et même me montait un peu sur les éperons. Je me retourne furieux et, tout bas :
— Faites donc attention, sacrebleu !
L'Impér.atrice à l'Empereur. — J'ai eu à accorder des
autorisations à des hommes de tout âge qui voulaient s'engager. N'est-ce pas, maréchal?
Et mon petit vieux civil de répondre :
— Oui, madame.
C'était le maréchal Randon, ministre de la Guerre !
Quelle mine je lis ! Il était connu sous le nom de ('hilpéric par contre-coup, parce que sa femme, fort peu aimable, avait mérité le surnom de Frédégonde.
L'Impér\trice. — Il y a justement aux zouaves de la garde un homme (h> cinquante ans qui était cocher de fiacre et a voidn à (otite force se t»altre contre les Autrichiens.
Moi. — Je le connais. Il est grotesque en zouave mais il a admirablement fait son devoir.
L'Impératrice. — Il n'a pas été blessé?
Moi. — Non. madame.
Nous arrivons ainsi au drapeau planté devant les faisceaux de la garde de police, sous l'œil du factionnaire raidi qui présente les armes.
L'Impératrice. — h\\ ! le drapeau des zouaves ! Estce qu'il a reçu des balles?
Moi. — Je n'en suis pas sur, mais à Magenta il a été à la peine.
L'Impératrice. — El l'officier qui le portait ?
Moi. — Mon camarade lleintz. Il n'a pas été touché.
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Là-dessus, les zouaves se pressent plus nombreux derrière les faisceaux, et le sergent-major Mimerel vienl, sa chéchia à la main, haranguer Leurs Majestés' qui l'écoutent patiemment. Pour moi, l'aplomb du gaillard m'a coupé toute éloquence et je préfère montrer à Tlmpératrice notre ménagerie. Nous franchissons les faisceaux et, prenant une rue de compagnie, nous passons devant les tentes enlr'ouvertes où Sa Majesté pouffe de rire en faisant fuir une famille de cochons de Barbarie. A l'extrémité du camp, le couple impérial s'arrêta et je le remerciai au nom du régiment '. »
Souvenirs triomphants dllalie, aigles auréolées de gloire, entrain joyeux des soldats chevronnés, tout cela devait s'abîmer onze ans plus tard dans l'angoisse et le désespoir du drame de Metz. Moins heureuse que sa devancière qui avait expiré sur le champ de bataille de Waterloo en refusant de se rendre, la seconde garde impériale ne put mourir et <lul subir, la moit dans l'âme, une humiliante capitulation. Mais, du moins, elle brûla pieusement les drapeaux qui avaient vu Malakolï et Solférino et si la défaite fut immense, l'honneur demeura sauf. Jusqu'à la tin, la garde se montra digne de ses aïeux de l'épopée, digne d'elle-même. Donnons de cette vaillance suprême une image réconfortante.
C'est à Rezonville. Le colonel Sautereau-Dupart vient de recevoir l'ordre de lancer ses dragons de l'Impératrice contre une division de hulans. Il brandit son sabre et, enfonçant ses éperons dans les lianes de son cheval, il s'élance seul en avant de la ligne des officiers.
— Allons, mes dragons, s*écrie-t-il, il y en aura un pour chacun de nous !
Le choc est terrible. Nos cavaliers, malgré l'énorme