Souvenirs ir.cdils du colonel Lahalle
LA GVHDE IMPÉRIALE 223
infériorité de leur nombre, frappent des coups épouvantables, portent la terreur el le massacre au milieu de l'ennemi terrorisé. L'aile gauche de la cavalerie prussienne qui n'a pas été eni^agée dans la mêlée tente, au travers des bois voisins, un mouvement tournant pour envelopper le brave régiment qui oppose une résistance héroïque sur son front comme sur son flanc. Le colonel Saulereau-Dupart tombe frappé de deux coups de lance. Son cheval s'enfuit à travers la charge. Désigné par les insignes de son grade, le cavalier démonté se voit entouré par des nuées de uhlans. Mais, au milieu de ce furieux tumulte, quelqu'un veille avec sang-froid : C'est le maréchal des logis Boinard. 11 saute à bas de son cheval, court à son chef blessé.
— Mon colonel, lui crie-t-il, prenez mon cheval.
— jNon, répond l'intrépide Sautereau-Duparl, un cavalier garde sa monture. Nous sommes tous égaux ici devant la mort. Ma vie ne vaut pas plus que la vôtre.
— Non, mon colonel, réplique Boinard, la vôtre est plus précieuse.
Et, le dévouement décuplant ses forces, il saisit l'officier blessé et le campe sur sa propre selle. Quant à lui, il s'en va seul, à pied, au milieu de la furieuse chevauchée prête à le fouler aux pieds, le sabre haut et rapide à la main, parant ici un coup de pointe, assénant là un coup de taille, allongeant ailleurs une sûre estocade. Il traverse ainsi le champ d(î bataille el revient au ralliement '.
N'est-ce pas toute l'àme de la garde impériale avec son idéal d'abnégation et de discipline, son audace tranquille et chevaleresque, sa coquetterie (\c courage
1. Relalion du lieulenanl P. liemtc, des dragons de Vlmpéralrice, citée par le capitaine lliciiAiU), La Garde impériale.
aussi bien que de lenue au milieu du danger, n'est-ce pas cette âme si française que l'on retrouve dans l'acte héroïque de ce sous-officier obscur et dans celte noble Inlle enlre le supérieur et l'inférieur refusant l'un et l'autre de céder sa place devant la mort ?