l.a reine Ilortense
LE DUC ni-; MORNY 2:îii
crÉlal, il n'avail pas craini de diio au Prince président : « Quoi qu'il anive. vous èles sur demain malin d'avoii' une scnLinelle à voire poi'Ie. » 11 excellai! dans lart paradoxal et piquant de traiter en pi'opos ]éi>ers les sujets graves et de parler des choses lég-èi-es avec gravité. Aussi le recherchait-on dans le monde autant pour son charme que poui' l'éelal de son nom et de sa réputation. Il y promenait assidûment son habit bleu à boutons d'or et son pantalon gris perle, recherchant de préférence les milieux diplomatiques, particulièrement celui de l'ambassade d'Autriche-Hongrie, et h^s salons de la haute société russe avec lai{uelle il se trouvait tout naturellement en relation par sa l'emme, descendanle des Troubetzkoï. Il recevait lui-même à merveille. Avec son g-i-and air et ses façons exquises, nul ne s'entendait aussi bien à faire les honneurs d'un palais. On dînait et l'on dansait souvent à la Présidence du Corps législatif. Les contemporains ont retenu particulièrement une fêle de nuit du 20 mars i855 où l'on admira dans toute sa rayonnante beaulé la nouvelle impératrice en sa robe de crêpe rose à volants de points d'Angleterre et sous son chapeau de Heurs ruisselant d'émeraudes, ainsi que la merveilleuse réception offerte, au cours de riiivcr i85(>, à la reine d'Espagne Marie- Christine. Mais l'entrain se donnait encore plus librement carrière aux fêtes costumées, où le maître de la maison, tout en conservant une tenue irréprochal)le, permettait à ses invités un laisser-aller indulgent, ainsi qu'aux petites réunions intimes où l'on faisait chanter Arsène Houssaye et l'Emile Augier et oi'i la conversation s'alimentait de ces trois inépuisables sujets : l'art, le théâtre et les femmes.
Sur le troisième, Morny ne nuïiiquait assurément ni de souvenirs ni d'expérience. 11 était né avec le goût de la galanterie, l'amour de l'amour, et ou lui a prêté des aventures sans nombre. Sans doute a-t-on exagéré,
mais les femmes n'en ont pas moins tenn une place importante dans l'existence fortunée et fleurie de celui qu'une charmante comédienne, Alice Ozy, appelait dans ses lettres : « Mon cher Lauzun ». Comme toutes les légendes, la légende amoureuse du frère de Napoléon HI est née de l'idéalisation de réalités plus ou moins nombreuses que nous n'exposerons pas ici. La seule de ces conquêtes à évoquer pour nous, c'est la compagne aimée et dévouée de ses dernières années, cette blonde et fine princesse Troubetzkoï (|u'il épousa au cours de sa mission extraordinaire en Russie '. Elle charma vite la société parisienne par cet attrait composite et particulier des étrangères qui commencent à s'acclimater en France. Contrairement à l'humeur et aux désirs de son mari, elle n'aimait pas la repi'ésentation. Dans les réceptions officielles de la Présidence, on la voyait traverser les salons et réunir quelques intimes, « son monde », comme elle disait, à qui elle donnait ce mot d'ordre :
— Venez donc un peu là-haut.
Elle moulait alors la première dans ses appartements du premier étage, suivie de ses élus, et laissait au duc seul les devoirs de l'hospitalité, dont il se chargeait à merveille. C'était une nature primesautière et gaie qui se plaisait aux gamineries parisiennes, aux charges de Marcelin et de Grévin, aux chansonnettes, aux petits théâtres et aux imitations d'acteurs. Elle avait tout ce qu'il faut pour être Française et Française de son époque.
Par ce côté de son caractère, la duchesse de Morny pouvait s'entendre à merveille avec son mari. Comme plusieurs autres hommes politiques de son temps tels que le prince Napoléon, ^^'ale\vski, Nieuwerkerke, il aimait les artistes et les gens de lettres, mais il éprouvait