‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 85 sur 133 · Elle appartient à M. l'abbé Misset · texte numérisé non relu

Elle appartient à M. l'abbé Misset

3. Pour donner une idée plus précise de cet original logis, empruntons quelques détails à Théophile Gautier. « Au centre

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Le prince Napoléon inaugura celle luxueuse inspiration de l'anlique par une IV-le où l'on représenla une comédie non moins évocalrice des temps païens et qui s'harmonisait à merveille avec le décor. Celait le Joueur de flûte, d'Kmile Augier. L'inlerprélation avait été confiée à l'élite de la C.omédie Française et comprenait les noms de Madeleine Brohan, Gol, Geolî'roy, Samson, Maillard. A plusieurs reprises, on répéta sous les plis de la tunicjue et du péplum dans l'élégant tri-

de l'atrium, écrit-il dans la description i|u'il donna à l Artiste, se trouve rimpluviuin, c'est-à-dire l'ouverture par laquelle la salle prend jour : quatre colonnes d'ordre ionique, cannelées jusqu'à la moitié du tùt et enveloppées de là jusqu'à la base d'un ton rouge comme d'une étoffe de pourpre, soutiennent sur leurs chapiteaux polychi'onies, dont les volutes sont rattachées par des guirlandes de feuillages verts, un entablement richement orné et bordé de mufles léonins à langues rouges, vrais sinécuristes ayant pour fonction de vomir l'eau qui ne tombera pas sur la terrasse, protégée par une immense vitrine appuyée à un premier étage en retraite qu'on ne peut apercevoir ni d'en bas ni d'en haut... Un bassin de ([uelques centimètres de profondeur paré de marbres variés et entouré d'une double grecque sur fond blanc, correspond exactement à l'ouverture supérieure, et, si le vitrage était enlevé, recevrait les eaux pluviales. Au bord du bassin, entre les deux colonnes du fond, s'élève une sorte d'autel à guirlandes peintes et dorées soutenant un magnifique buste de Napoléon en marbre blanc. Au milieu de cet atrium anticjue, il a naturellement l'air d'un Olympien cm d'un César divinisé. » Ajoutons qu'autour de l'atrium les images de la famille gardaient le foyer, bustes de marbre légèrement rehaussés d'or et posés sur des colonnes tronquées en marbre cipolin. C'étaient Jérôme et sa femme Catherine de Wurtemberg, Lœtitia et Charles Bonaparte, Joséphine et Marie-Louise, puis les frères et les sœurs de Napoléon. Les parois de l'atrium étaient décorées de fresques allégoriques ou mythologiques ainsi que celles du Iriclinium ou salle à manger. Toutes ces peintures étaient dues à M. Sébastien Cornu, mari de Mme Ilortcnsc Cornu, la correspondante intellectuelle de Xapoléon III, alors qu'il était [irisonnier à Ham. Le salon situé au fond de l'atrium était peint en rouge avec une plinthe noire. Ue cette maison où il donnait parfois des réunions iidimes le prince Napoléon se dégoûta assez vite et la vendit en 18()(i. Un musée y fut installé après la guerre. On la détruisit en 1891 pour faire place à un innaeuble de rapport.

clinium de la maison pompéienne. Ces répétitions inspirèrent au peintre Boulenger un tableau célèbre qu'on trouvera reproduit ici. La représentation attira une aflluence considérable, un étalage opulent de toilettes et de parures. Les crinolines tenaient tant de place, assure un témoin, (juc l'assistance eut toutes les peines du monde à se caser. (A^peudant le blanc et le noir avaient été seuls admis, en raison du deuil de la grandeduchesse Stéphanie de Bade, (\ue la Cour portail encore. L'Empereur et l'Impératrice occupaient la place d "honneur. Dans le vestibule, au j)ied de l'autel de la déesse Panlhée, les ofticiers de service recevaient les invités et les conduisaient à la princesse Clotilde (pii send)lail (pichpie patricienne de Rome, avec sa robe blauche à plis droits et le liandcau d'or qui ceii^nait ses cheveux.

On se montrait beaucoup la jeune maréchale Pélissier, mariée dei)uis peu et dans tout l'éclat de sa beauté. Le maréchal de Mac-Mahou, h^ comte de Kisselel', ambassadeur de Russie, les j^ersonnalilés les plus en vue de la cour impériale voisinaient avec les amis particuliers du prince >ia|)<)léon, l'Emile de fiirardin, Arsène Houssaye, Paul de Saint-Mclor, Sainle-Beu\ (\ Rixpieplau. Le spectacle commença par un prologue dit par Mme Favarl et l)ar son auteur, Théophile Gautier, que le goût des planches ta([uinait fort. Ce prologue entonnait le dithyrambe en l'honneur des grands personnages de l'assistance et célébrait la résurrection d'une maison de i^ompéi sous le règne de Napoléon 111. (Juant au Joueur de fh'ile, il faut convenir (ju'il excita plus de curiosité que de fervente admiration. Menue et traitée en tons de grisaille, l'œuvre fondit ipielque peu dans la splen deur du décor.

P;)rnii laiil de sanglants griefs adresses à la cour impériale parles ennemis du régime, on lui a l'ail un crime monstrueux et impardonnable d'avoir joué la comédie, de s'être divertie aux charades en action et surtout d'avoir partagé le goût de son époque pour les tableaux vivants. Des fables, le plus souvent niaises ou grossières, coururent alors, vite grossies, exploitées par des adversaires perfides ou naïfs, par des esprits chagrins ou des pamphlétaires peu scrupuleux, puis passées à l'étal delégondes et conservées pour l'édilication des siècles futurs en des mémoires hostiles ou des relations apocryphes. Que de racontars les envieux ou les détracteurs systématiques n'onl-ils pas prodigués sur des apparitions mythologiques d'une liberté à faire frémir, des exhibitions de dryades « vêtues de feuillage », de Phrynés, de ^'énus, de ballerines aux formes provocatrices moulées par un audacieux maillot ! Oue de turpitude et de bassesse au fond de ces vertueuses indignations et où donc, grand Dieu, la rage du dénigrement politique va-t-elle se fourrer !

L'Impératrice soulfrait beaucoup de ce colportage organisé et intéressé de méchants bruits à l'origine duquel il fallait bien deviner des trahisons d'invités. « Quand je pense, écrit-elle à une amie, à celte innocente charade dévoilée dans les journaux 1 Se voir livrée à celte publicité malveillante des partis et même à la curiosité publiipie, i)eul-êlre par un ami, tout au moins par un hôte, c'est une chose à laquelle je ne puis m'habituer... » Seuls, l'esprit de [)arli le plus aveuglément passionné et l'hypocrisie la plus assoillée de dehors puritains peuvent expliquer chez les censeurs- de

la Cour ces accès (rindigiialion et de pudibonderie. Par quelle disgrâce l'atmosphère d'une résidence impériable transformait-elle donc en objet de réprobation ce même tliéàlre d'amateurs réputé inofTensif et même recommandablc dans le faubourg Saint-Germain comme dans le monde des lettres, dans la grande bourgeoisie comme dans la petite, dans les collèges laïques aussi bien qu'ecclésiastiques? Des princesses et même des reines de presque toutes les maisons régnantes, notamment au temps de la France monarchique, n'avaienl-elles donc jamais joué la comédie ? Les tableaux vivants ne jouissaieul-ils pas un peu partout de la faveur po|)ulaire ? N'étaieul-ce pas les mêmes scènes classiques tirées de l'histoire et des mythes qu'on donnait à l'Ermitage el dans les palais des grands-ducs à Saint-Pétersbourg? Pouvait-on exiger (pie l'étroit rigorisme d'un quaker présidât à une œuvre d'art et de beauté ? Si desplisd'unedraperie émergeaitune rondeur d'épaule nue ou une naissance dégorge, si même lirréprochal)le modelé dune jambe se laissait apercevoir, il y avait assurément plus à admirer qu'à se choquer. L'odieux des accusations se doublait de ridicule. Dans ce chœur de la calomnie, la voix de M. Prudhomme se trouvait à l'unisson de celle de Basile.

D'ailleurs, sur la tenue de ces fameux tableaux vivants on se sent rassuré rien qu'à en connaître les metteurs en scène. Ils s'appelaient Camille Doucet, Octave Feuillet, Emile Augier, l^onsard, Viollet-le-Duc, Hébert. Ce sont là des noms qui lleurent un parfum de respectabilité bourgeoise et d'irréprochable moralité. Il est vrai qu'ils trouvaient à la Cour de nombreux collaborateurs et collaboratrices. Plus que tout autre, le cerveau inventif du prince de Metternich s'ingéniait sans trêve à découvrir quelque distraction, quelque amusement nouveau pour distraire pendant les soirées de loisir le couple impérial et son entourage. Mais l'âme

mr'mo, (Ml même temps que la lôlc de la pelile Iroupe de Compiègiie, c'était sa femme, cette pétulante, pétillante, étourdissante ambassadrice dont on a dit qu'elle n'était pas jolie mais qu'elle était pire. Nous l'avons vue se poser en Bradamante du drame wagnérien '. Sans doute, son zèle, puis son indig-nation avaient été sincères, mais, au fond, elle préférait de beaucoup au genre sérieux les lion lions de la musique bouffe i-1 les pièces hilarantes des petits théâtres. Elle alla voir plus de cinquante fois le Punch Grassol au Palais-Royal. En petit comité, elle s'amusait volontiers à chanter la Femme à barbe avec beaucoup d'entrain et de drôlerie. Ce fut l'inspiratrice et la principale inlorprèle de ce ballet-panloiniine du Diable à qiialre qui devait devenir le grand cheval de bataille des censeurs quinteux. Celte étrangère de grande race n'en était pas moins une Parisienne de l'esprit le plus fin et de l'élégance la plus raffinée. Le couturier U'orth devait à ses conseils beaucoup de ses plus heureuses créations et plus d'une coquette, à la Cour, copiait soigneusement et colportait dans le monde les trouvailles de celle qu'on y avait irrévérencieusement surnommée <- Mme Chiffon )).

La princesse de Metlernich prêtait aux tableaux vivants non seulement sa grâce et son falenl (rcxpios sion, mais de véritaldes splendeurs de costumes et les plus merveilleux diamauls du monde. Tout un essaim d'aristocratiques el séduisanis modèles joignaient leur concours au sien. Les jjIus l)eaux succès avaient été remporlés par .Mme de Gallitlct. Mme Waleweska, les deux piiiicesses Mural, M nies de Persigny, liarlho Idiii. (le i^)l^•|alès. Le lion, de Poiljy, de \ airv, etc. Oiiaiit aux sujets, ils ('laienl taid(M dciiiand-'s aux dil'férentes écoles de peiuluie et de sculpture, lanlùl com-

1. Noir dans notif toinc II L'Opéra el les Ihêùlies lyrique)^. 111 18

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posés spécialement par les aiiisles le plus souvent reçus à Compiègne, coninie Hébert, Carpeaux ou Viollet-le- Duc. C'étaient la Toilelle crEslher, Herculonum, Jiiclil/i et Ilolopherne, la Cruche cassée, de Greuze, le Déjeuner cliampélre, de Watteau, tous épisodes dont il ne paraît pas (pie la pruderie la plus austère ait pu avoir à s'alarmer. Parfois la musiijue ajoutait ses enchantements à l'harmonie des lii^iies et à la plastique du geste. Dans la coulisse, Auber conduisait un ensemble de violons ou Félicien David chantait à l'orgue. Lorsqu'il s'agissait d'une scène de chasse, des piqueurs sonnaient de la trompe derrière le théâtre.

r. était généralement la princesse de Melternich qui se chai'geait de la distribution des rôles et du choix des costumes. Cela n'allait pas toujours sans difticullé. Si, dans le monde des théâtres, le ca[)rice et l'humeur indépendante des artistes amènent nombre de discussions. (■ond)ien celles-ci éclatent plus Fréqueides encore daris les milieux d'ainalcurs! En veul-on un (exemple? Un S(jir. la duchesse de Persigny reiusa tout net le Iravestissemenl (pii lui était attribué dans un lableau de l'école du dix-huitième siècle. Elle déelaia (pi'elle s'habillerait à sa guise et laisserait dénoués et llotlanls sur sesépaides ses splendides cheveux blonds.

— Je veux (pion voie mes cheveux, répétait-elle de sa voix légèrement zézayante.

— Impossible, ré|)liquail Mme de Metternich. Il faut, au contraire, une |)elite coilïïire relevée et poudrée.

Mais Mme de Persigny ne voulait rien entendre, et, l)eu soucieuse de la couleur locale, elle allait répétant que (( tout ça c'était pour s'amuser » et que ça l'amusait de faire tomber ses cheveux. Régisseur inllexible, Mme de Metternich menaça l'indisciplinée de ne pas la laisser parailic dans le tableau. Ou eu léféra à l'Impératrice (piij s'égayant de l'incident, voulut persuader i'ainliMS-^alrici^ de cédei", car, expliquail-elle, l'idée de

Mme de Persigny était une nouveauté qui obtiendrait peut-être un certain succès.

— Ce n'est pas possible, Madame, s'obstinait-l'ambassadrice dépitée. Elle ferait tout manquer.

— ^'oyons, ma chère princesse, insista la souveraine, ne vous tourmentez pas ainsi. Elle sera toujours jolie... Soyez indulgente...

Puis, baissant un peu la voix :

— Cette pauvre Mme de Persigny, vous savez bien que sa mère est folle...

— Ah ! sa mère est folle, reprit vivement la princesse, (|ui avait peine à se contenir. Eh bien, moi, mon père est fou et je ne céderai pas '.

Presque aussi débordante d'idées que son contemporain Emile de Girardin, la princesse de Metternich montrait également la plus biillante initiative dans l'invention des charades qu'elle organisait ensuite avec une activité un peu despoti({ue. 11 lui fallait alors s'entendre avec le meneur le plus attitré du jeu, Octave Feuillet. Très recherché pour sa connaissance de la scène aussi bien que pour sa belle humeur et son alîabilité, celui-ci comptait parmi les hôtes les plus assidus des résidences impériales. Il avait su se gagner la sympathie et la confiance de l'aristocratique troupe d'amateurs par ce tact et cette patience si nécessaires pour quiconque est appelé à vivre au milieu des fantaisies, des exigences, des jalousies du grand monde. A Fon-

1. Le comte Saridor (''1911 en elïct plus (iiroi-igin;iI. Passionné pour les clievaux, i! avait fait les paris les plus invraisemblables, et aussi les chutes les plus extraordinaires. Sa raison s'en était ébranlée. On avait fait un albinn composé de plus de cinijuante dessins représentant toutes les eid reprises équestres du comte Sandor el l'im s'étonnait (|u il s'en l'ùl tiré vivant. Sa dernière gageure ne fut pas favorisée du même succès ; il avait parié de sauter dans le Danube avec son drag attelé de i|ualre chevaux. Il sauta, mais se cassa les reins el mourut sur 1 heure.

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tainebleaii comme à Conipirgnc, il jouail le rôle d'homme aimable et érudil, tenu de répondre à mille demandes. Les jeunes femmes de la Cour prenaient ses conseils, pour leurs lectures. 11 lui fallait raconter sans cesse des anecdotes sur le château. A Fontainebleau notamment il était oblig-é de refaire trois ou quatre fois par jour le récit du inctirlrc de j\lonadelschi. Le petit Prince lui-même le considérait à la façon d'un autrure ayant réponse h tout. Au vrai, l'écrivain savait s'en tirer avec esprit.

— Monsieur Feuillet, combien vaut un roi? interrogeait l'enfant de l-'rancc.

— Monseigneur, pas tout à fait trente deniers, j)uisque ce fut le prjx donné pour payer le bon Dieu.

— Monsieur Feuillet, faut-il dire combats navals ou combats navaux ?

— Autant que possible ni l'un ni l'autre, Monseigneur : cela se gagne mais ne se dit pas...

Dans l'élaboration des charades, pres(iue toutes représentées à Compiègne, le romancier montrait beaucoup de zèle et d'entrain. 11 les préparait à sa maison de campagne des Palliors et c'est là ipril les faisait répéter, d'abord devant tout le pays, par Mme Feuillet et quelques amis du logis. A la (lour il jouail lui-même et se réservait modestement les rôles grimés et ridicules, dans lesquels il remportait d'énormes succès. Parmi les autres interprètes, il y aurait, en dehors des triomphatrices des tableaux vivants déjà nommées, une foule de noms à énumérer. P>appelons seulement, (\u côté masculins, ceux du comte de Nieuwerkerke. du prince de Melternich, du comte d'Arjuzon, du marquis de Galliffet. du comte Olympe Aguado. du comte de Clermont- Tonnerre, du comte <le Jaucourt, du marcpiis de Caux, du comte de L Aigle, du marquis de Cadore, du baron de Talleyrand, de M. de Saulcy, de M. Delessert et surtout du baron Lambert, excellent acteurplein de verve etde

naturel qui, à Compiègne, ne manquait jamais une charade quand il faisait partie de la« série ». L'élément féminin était merveilleusement représenté a vccla princesse de Baulïremont, la princesse Czartoryska, la duchesse de Morny, la comtesse de la Bédoyère, la comtesse de la Poèze, la marquise de Cadore, Mme Barrachin, la coiutesse de Clermont-Tonnerre, la comtesse de Tascher, Mme Dubois de l'Etang, la baronne Philippe de Bourgoing, Mme Carette, MmeLéopold Magnan, Mme Uainbeaux, Mme Emile de Girardin, et condjien d'autres dont l'éclat, pour être moins habituel, en produisit souvent une sensation d'autant plus retentissante. A Compiègne les hommes se travestissaient derrière deux grands paravents dans le grand salon (jui précédait le théâtre, pendant que les dames s'habillaient dans le salon voisin. Ce salon des hommes servait de foyer et tous les personnages y circulaient en costumes comme dans des coulisses. L'Empereur aimait à y venir pendant les entr'actes et la joyeuse animation, la pittoresque bigarrure des costumes avaient le don de le mettre engaité. « Je l'ai vu, écrit Octave Feuillet, sauter comme un écolier sur un fauteuil pour voir, par-dessus le paravent, les hommes s'habiller. »

Gertainesde ces charades présentaient un grand luxe de mise en scène et de costumes. Voici, à propos de l'une d'elles représentée àGompiègneen i8(>2, ce qu'écrit Octave Feuillet : « La princesse de BaulTremont et Mme Rainbeaux étincelaient sur leur balcon à tentures rouges, comme deux châsses. La princesse, couverte de diamants, les cheveux pleins de dianuuits, le cou ruisselant de diamanis, la robe constellée de dianumls. La soubrette avait une longue robe véniliennc ;'i ramages, et un immense collier de grosses perles d"or loinbanl en triple étage sur la poitrine. Mme de BaulVrcmont n'était |)as moins éclatante sous son costume de fée, et Mnu* de Vatry, eu jiaysanne Louis X\' , était aussi fort

avouante. Le dernier tableau représentait la tenlalion (le saint Antoine figuré par Nieuwerkerke avec Mmcs de Morny et de Girartlin en dialdesses, entourées de petits diablotins. Il s'en est tiré fort spirituellement. ) A Toccasion d un anniversaire de l'Impératrice, il vini à l'esprit fertile de la princesse de Metternich l'idée de représenter en charade ce mol Anniversaire. Elle organisa de tontes pièces le spectacle qui ravit d'aise les invités de la série. Au pi-emier tableau, Anne, la fameuse sœur Anne de Barbe-bleue, se lainenlail au sommet de sa tour. La comtesse de la Poèze se souvenait d'avoir figuré |t;irnii les ('•j)ouses assassinées par le terrible maii. On les avait juchées sur des colonnes mas- (piées par un»- Icnliiic, cl, tandis qu'elles semblaient ainsi pendre inanimées dans le vide, elles é|)rouvaient une peine énorme à réprinuM' un accès de fou rire. Le deuxième tîddeau. Hiver, symbolisait la froide saison par une scène de patineurs au cours de laquelle le marcpiis de (lallilTct, après avoir évolué en tous sens, tombait sur la glace el ne pouvait {parvenir à se relever. Le troisième, Serre, se combinait avec le tout ponr olTrir à la souveraine un hommage Jlcin'i. La princesse de Metternich venait choisir des lleuis dans la serre d'Octave Feuillet, poudré à blanc et grimé en " vieux pittoresque )). lîepliant un paravent, il lui présentait, dabord, un groupe dhommes grotesquement alTublés de fleurs ridicules. Puis, lorsque s'étaient calmés les rires de l'assistance, le jardinier découvrait derrière un antre paraveni un groupe admirablement posé de jolies femmes enguirlandées avec beaucoup de fraîcheur et de grâce. L'ambassadrice offrait alors à l'Impératrice ce vivant bou(|ucl dans lequel Mme Le lion lîgurait le coquelicot, Mme de Vatry la marguerite et Mme de Persigny le bleuet. Le compliment se chantait en trois couplets rimes par Octave Feuillet et mis en musique par le prince de Metternich, qui joignait à ses

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nombreux talents de société ceux de pianiste consommé et de compositeur adroit '.

Les ciiarades de Compiès^ne faisaient appel à tous les g^enres dramalitiues. Les uns louaient de l'à-propos comme cet Anniversaire de Feuillet ou comme Adieu,

L;i marquise d • ('■.-illilTel.

D'après le porti'.iit, de Cahnncl

composé par le marquis de Massa pour l;i veille du dé-

1. Un autre << Anniversaire » fut éj^aleinciit ilonné à Compiègne, et, cette fois, Legouvé en était l'auteur. Au cours des répétitions une des interprètes, la duchesse île Tarejite, qui avait un fort joli iiied, perdit on scène un de ses souliers de satin. L'académicien galant réclama pour lui seul le droit de le remettre en place et improvisa ce quatrain :

Vénus perdit un jour son sotdier anuiranic.

Si petit, si roipiel. fpi'il étail à cro(|uer,

— Qui (lune, demanda-l-elle. osa -me l'escroiiuer?

L'amour lui répondit : — Madame de Tarenle.

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part (l'une série. On y vit. en Diane splendidc. la baronne Pliilippe de Bourgoing portant dans ses cheveux le grand croissant en diamants de l'Impératrice, Les autres appartenaient au genre boufle comme Fourbu. œuvre d'Albéric Second, où Ion voyait, au premier tableau, le baron Lambert en boulanger, tout entouré de mitrons, ot où In lioupe au complot entonnait, au second tableau, le retVain alors si on vogue de la Belle Hc'lène :

Le roi b«i'liu (|ui s'avaiicCj

r.ll qui -;',')V/MU'P...

Dans le c tout », dos rliasseui*» on uniforme de vénerie se déclaraient foui-lnis par un long débucher. Le Prince impérial y paraissait, accompagné do ses petits compagnons Louis Conneau, Pierre do Hourgoing, Maurice et Adrien Floury ol, comme los aulres, il s'appli(piait le mol iW la charade, ('ola mil tort en colère son vieil écuyer, M. Bachon, «|ui no voulait pas admettre que son élève fût fourl)u et qui, tout marii, s'en alla faire ses doléances à la [uincosso do Mollernicli '. Certains tableaux de charades consliluaiont de véritables ballets-pantomimes pour lesipiels exécutants et exéculanles s'exerçaient sous la direction du maître de ballet de l'Opéra et travaillaient longtemps à l'avance leurs ])ointes et leurs jetés-bal lus. 11 y en avail pour évoquer riiisloire comme celui où la marcjuise de (ialliU'et, belle

I. Le petit Prince parut d'autres fois dans les cllarades de (^oinpiègne. Dans l'une d'elles qui s'intiliilait Porlniil et qui avail pour auteur Éniilo Augier, on lui donna même une vingtaine de vers à réciler. Lt grand jour arrivé, le petit acteur de neuf ans s'énerva, et la raénioiro lui fit défaut au beau milieu de son rôle.

— Eh bien, Louis .' lui demanda doucement l'Empereur de sa place.

— C'est qu'il n'y a pas de souffleur, répondit ingénument l'enfant.

Puis il recoHuuença sa petite tirade, et cette fois sans se tromper.

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comme un lève d'anlique en Cléopâlre., àvalail une énorme perle sous \eè yeux émerveillés du prince Joa. clîim jMural cliarj^é du rôle de Marc-Anloiné. Il y en avait aussi pour rappeler la teèrie ou la pièce â spectacle comme ce u tout » qui symbolisa ambitieusement les cinq parties du monde. Pour les représentants de rAfric[ue et de l'Océanicle savant directeur du Muséum, M. Milne-Edwards, avait Consenti à prêter comme accessoires une pleine caisse d'oiseaux empaillés. La plus belle pièce était un paon superbe faisant la roue. « A forcé de passer dé mains en mains et surtout par celles dès enfants, confesse le baron Pierre de Bourgoing, la belle roue n'exista plus. Pour réparer le dommage, on la reconsiruisit bien fragilement avec les épingles à cheveux de ces dameS, en riant de la stupéfaction des employés du Muséum lorsqu'ils reverraient le paon en si piteux état ^ »

Parfois aussi, les charades servaient à produire de façon piquante un u numéro » sensationnel de diction ou de chant. C'est ce qui arriva en 1866 à une jeune et charmante Américaine, Mrs Moulton ' qui possédait une voix superbe et protégeait les arlistes. On lui avait conlié un rôle de poupée mécanique et chantante dans une charade dont le nïot était Exposition. La princesse de Metternich l'avait entièrement enveloppée de papier de soie maintenu par de larges nœuds de rubans ([ui la dissimulait des pieds à la tète. On Temporla immobile et raidie et on la posa sur un socle où, libérée de sa soidisant enveloppe d'endjallage, elle apparut costumée en Tyrolienne. Barnum plein de verve, le comte de Vogue expliqua alors à l'assistance le mécanisme de cette poupée envoyée d'Amérique et capable d'imiter à s'y tromper la voix humaine. Le prince de Mellernich l'aidait à

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