Marquis de Massa, Soiinenira el Inipressioiis
LA coMcnii: m: société
conceplion 1res jusle du genre sp«H-ial de lliéAlre qu'est la revue. Elle redoulail, d'ailleurs, à l'avance, que sa troupe manquât d'exacliliide et de sérieux.
Le iiiariiuis IMiilippc de Massa eu leiiiic tie jiala.
Elle écrit encore à roi'licier au leur : « Vous verrez les ennuis et les misères que vous aurez avec acteurs et actrices, .le connais cela, c'est une rar(> arfrcuse 1 Je puis le dire puisque j'en suis... Tout le monde couii du malin au soir, et, à l'heure de la répétition, pas àme
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qui vive î >> Craintes lieureusement vaines, car, à i'cn- Irée de Taulomne, chacun se rendit fidèlemenl au rendez-vous donné pour les études préparatoires et, dès l'arrivée de la série à Compiègne, le travail des répétitions d'ensemble commença.
Ce fut le 21) novembre que les artistes, forlement émus, donnèrent leur première devant la plus brillante assistance. La pièce débutait par un prologue. Avant le lever du rideau, on entendait dans la coulisse la cacophoniedesonneriesetdemusiques militaires quiaccueU. lait habituellement l'Empereur, lorsqu'il se rendait à une prise d'armes au Champ de Mars. C'est qu'une parade avait été commandée en l'honneur de Jules César qui, récemment exhuuié, allait passer en revue nos légions modernes et leurs centurions. Charmante de gracieuse cràncrie en cantinière des turcos, la commère, Mme de Metternich, apprenait cette étrange solennité au comi)ère, le baron Lambert, brave provincial tout juste débarqué de Landerneau. Mais le général romain lai'ilait à paraître et l'on était forcé de transformer la revue militaire en une revue de fin d'année.
Alors commençait l'ordinaire détilé des actualités personnifiées parla beauté et le charme les plus accomplis, la finesse et la distinction les plus rares, les tailles les plus avantageuses. Couvertes d'étofTes et de bijoux du |dus grand prix, elles étincelaient à l'envi de diamants, de perles, de brillants, de paillons. Les costumes de fantaisie avaient été dessinés par le directeur de la Vie parisienne Marcelin. Ceux de genre allégorique avaient été demandés à Emile Perrin, directeur de l'Opéra. Quelle délicieuse et somptueuse guirlande de sourires et de séductions : la marquise de Galliiïet en Industrie, éblouissante dans la soie blanche qui la drape, la tête nimbée de rayons d'or comme la statue qui domine le Palais de l'Industrie l)àti dix ans auparavant; la comtesse de Pourtalès, en Motel des \'entes, écla-
laiile de ce charme exquis el Iriompliaiil qu'on a comparé à celui de Mme Récamier; la baronne de Poilly, magnifique Selika de V Africaine dont la beauté Ijrune s'accommode à merveille des couleurs éclatantes, des plumes ondoyantes et des feux de pierreries qui la parent; Mme Bartholoni à la plastique splendide ressortant k souhait dans l'incarnation de Deauville, la nouvelle création du duc de Morny, qu'on voit se chamailler avec sa rivale Trou ville représentée par la baronne de Poilly ; enfin, étourdissante de mouvement et d'entrain, brûlant les planches, la princesse de Metternich, toiu' à tour canlinière, cocher et chanson endeuillée d'ellemême, en jupe et coilïure parsemées de croches et demicroches en diamants, qui commence par pleurer sur sa décadence et finit par se déclarer immortelle. De sa petite voix aigrelette, avec une mahce fine et enjouée qui sait, à l'occasion, se muer en émotion, elle détaille :
Enfin je mets mon Ijonnet de i^riseltc, (\-M', tour à tour, il faut savoir changer ; Regardez-moi : (-'est moi. je suis Lisette Oui pleure ici notre vieux liéranger !
Pauvre chanson, sœur du gai vaudeville.
Enfants tous deux du Français né malin, Moi qui régnais sur la cour et la ville, Pauvre chanson, j'arrive à mon déclin.
Et quel autre succès pour la spirituelle diseuse dans les couplets du cocher de l'Urbaine, un cocher fort coquet en élégant gilet à rayures, haute cravate blanche et bottes à revers ! Peu de temps auparavant, avait éclaté une grève des cochers de fiacre et, larmée commençant déjà son rôle de remplaçante à tout faire, les directeurs des grandes compagnies s'étaient entendus avec le maréchal I>audon, ministre de la Guerre, et l'on avait vu Paris sillonné de voilures de place conduites par des trainglots et des artilleurs. La princesse de Metternich racontait au compère que, son mari s'étant
mis en grève, le pain manquait à la maison et (juelle avait pris elle-même le fouet pour tâcher d'en rapport-er un peu. Elle ne se plaignait pas du métier:
Quant tout oomnienoe à s'aiiinier J'ai déjà fait plus d'une course; A midi, je jette à la Bourse Les pigeons qui s'y font plumer.
Parfois, en modeste toilette, Je conduis d'assez grand matin De belles dames en cachette Dont le l)ul parait mcertain.
N'allez pas, ce serait fâcheux, N'allez pas autrement l'entendre, Ce sont des dames qui vont rendre Visite à (jnelcjne malheurenx.
Tantôt sur la place on m'arrête Et je charge un couple amoureux :
La dame a ia jamhc bien faite.
Le monsieur parait fort heureux.
11 est assez pi({uant de retrouver en i865 ces couplets de la cochère tant ressassés par les revues parisiennes d'il y a cinq ou six ans. Mais, ce qui prouve bien combien la nouveauté fait défaut sous le soleil, il y avait aussi la scène de l'Entente cordiale. Une rencontre récente des escadres française et ani^laise dans la rade de Plymouth en avait fourni le sujet. L'Angleterre était représentée par Mme Bartholoni, la France par la comtesse de Pourtalès. La première était accompagnée d'un matelot vétéran et d'un soldat en habit rouse; la seconde, d'un invalide médaillé de Sainte- Hélène et d'un fantassin du 99'' de ligne, régiment qui s'était distingué à Puebla. L'auteur avait choisi ces deux derniers figurants avec la certitude que leur personnalité notoire produirait quelque sensation. Ils attendaient tous deux le moment d'entrer en scène dans le salon
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qui servait de i'oyer des artistes, quand l'Empereur vint y l'aire un tour durant Tentr'acte, car la revue comportait deux tableaux. Occupés devant une glace à donner un dernier coup d'ceil à leur travestissement, ces deux figurants n'aperçurent pas ou plutôt feignirent de ne pas apercevoir le souverain qui entrait.
— Qui est-ce? demande celui-ci au marquis de Massa.
— Un homme de troupe et un invalide, sire, que j'ai été autorisé à (MTiployer pour leprésenter deux personnages muets. Ils viennent d'arriver de Paris.
— A-t-on eu soin, au moins, de les faire dîner?
— Je le pense, sire.
Pour s'en assurer, Napoléon III, avec sa bonté habituelle, s'approche doucement du fantassin qui se trouve le plus à sa portée, mais au moment où il va lui adresser la parole, celui-ci se fait aussitôt reconnaître à l'aide d'un demi-tour par principes et d'un salut militaire particulièrement désinvolte.
L'Empereur éclate de rire.
— Oh ! oh : Gallitïct! s'exclame-t-il.
Puis, montrant l'invalide toujours immobile etledos toiu'né.
— Et celui-ci ?
Il va frapper sur l'épaule du vieux soldat pour l'obliger à se retourner. Le bonhomme pivote sur les talons. Une profonde cicatrice creuse sa joue. Napoléon III reconnaît un de ses plus vaillants généraux :
— Oh ! Mellinet ! '
11 serre cordialement la main des deux tiguianls, en disant :
— Deux glorieux blessés !
Puis, S(? toui-nanl vers l'auteur :
— Je vous fais mon compliment. Vous choisissez bien vos comparses ^