‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 90 sur 133 · CHAPITRE IX L ACADÉIYIIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX L ACADÉIYIIE FRANÇAISE

Opposition .-yslémali((ue derAcadémie rrancaii-e. — Lo discours de Montalerabert. — Élection d'Alfred de Musset et Berryer. — Une élection agressive.— Un coup d'État académique. — Réception du duc de Broglie. — Élections de Falloux, Augier, Laprade. — Une candidature de combat. — Élection du Père Lacordaire. — Sa réception. — Élections dOclave Feuillet, Dufaure, Camille Doucel, Prévost-Paradol. — Élection de Jules

. Favre. — Nombreuses vacances académiques. — Élections d'Auguste Barbier, Emile Ollivier, Jules Janin. -L'apaisement.

(( Les classes supérieures ne se rallient point, écrivait M. Guizolà lord Aberdeen, quelques mois après le coup dÉtat. Le gouvernement ne gagne rien sur les anciens partis, mais ils ne l'ont rien contre lui.., ils causent. Nous savons conserver au moins la liberté de la conversation. Le pouvoir actuel ne la détruira pas de plus forts que lui y ont échoué. »

C'est surtout à lAcadémie française qu'on causait, ainsi, d'ailleurs, qu'au sein des autres classes de l'Institut. On élevait raènic 1;\ voix au mibeu de ce que les adversaires de l'Empire appelaient un « désert moral » et de ce que les autres dénommaient une réconrorlanle accalmie. 11 ne s'agissait guère d'entraîner les masses; les épigrammes, les allusions sous-enlenchws ne pou-

valent guère prétendre à ce résultat. Néanmoins, Toppositlon acatlémique goûtée des beaux esprits, des femmes à <( salons », répandue dans les milieux politiques élevés, exagé'rée comme importance dans les loyers royalistes et orléanistes, occupa, inquiéta même, dans une certaine mesure, le gouvernement de Napo léon 111 surtout pendant la première phase de l'Empire. Ce fut assurément une faute d'avoir l'air de s'émouvoir parfois de ce que ljeaucou[> de membres de l'Institut ne traitaient eux-mêmes que (ramusemenls littéraires. Un écrivain de talent ' (pii, lui, ne brigua jamais les sutï'rages de l'Institut, écrira en 1870 : « Maintenant que l'Empire est tombé, nous pouvons l'avouer franchement, quoi de plus puéril ou de plus sénile que cette monomanie d'opposition furieuse, contraire à l'esprit et aux origines de Tlnstilut, ridiculisée par le contraste de l'Age et de limpuissance des frondeurs avec leurs violences dangereuses pour eux si Je gouvernement les avait vraiment prises au sérieux ? »

Les anciens partis vaincus au coup d Etat se vengeaient. Le premier averlisscment donné au gouvernement du Prince-président *avail été — même avant le '2 décembre — le choix de Moidalembert jiour le fauteuil de iJroz. (l'était moins l'historien de sainte Elisabeth de Hongrie que le défenseur zéh' du pou^ oir temporel et de la liberté religieuse que l'Académie française voulait appeler dans son sein. Sa réception sous la coupole éveilla les suscejUibilités de la Présidence. « L'Académie, écrivait M. Guizotà sa fdle, aura une petite querelle avec l'Elysée. On m'assure qu'il ne veut pas laisser imprimer le discours de Montalembert tel (piilaété prononcé, même dans l'édition in-quarto que l'Académie fait distribuer à ses mendjres. Si je ne

I. AriMAND DE PoNTMAP.TiN, .S'ow(.'e;?//'.s d'«« u/Vwx critique, L III. p. 377.

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me Irompe, elle ue se prêtera pas à cette uuililalion. » De plus en plus, les choix de Tillustre compagnie pour remplacer ses membres perdus se mirent à prendre une signification hostile. Bien plus que les titres littéraires semlilaient compter les souvenirs constitutionnels et politiques. Dans les élections, la majorité était surtout acquise à d'anciens ministres, à des homines influents du parti clérical qui s'étaient rendus utiles dans les coalitions parlementaires. De la sorte, « l'Académie française payait toutes les vieilles dettes des anciennes alliances et des fusions nouvelles ' ».

Alfred de Musset et Berryer furent élus dans la même séance le 12 février i852. Musset remplaçait un poète d'une autre école, Mercier-Dupaly, auteur oublié des Voitures versées et de Ninon chez Mme de Sévigné. Le poète des Nuils avait toujours dédaigné la politique. Ne. venait-il pas d'écrire :

La politi(iue, hélas ! \ oilà notre inisére.

Mes meilleur? ennemis me conseillent d'en faire.

Être rouge aujourd'hui, hianc demain... Ma foi, non'.

Je veux quand on m'a lu qu'on puisse me relire.

Si deux noms, par hasard, s'embrouillent .sur ma lyre,

Ce ne sera jamais (pie Ninette ou Ninon "-'.

De politique, pas (luestion. Si l'Académie savait gré à Musset de n'avoir point brigué de faveur du gouvernement nouveau, elle ne pouvait lui garder rancune d'avoir à la lin du régne de Louis-Philippe, accepté le titre de bibliothécaire du ministère de l'Intérieur, que lui avait fait donner le duc d'Orléans, son ami. On plaisantait cette sinécure que le poète n'avait pas i)rise au sérieux, atïectant, a-t-il été raconté, de faire toucher ses émoluments par un mandataire '.

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