‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 91 sur 133 · Poésies nouvelles · texte numérisé non relu

Poésies nouvelles

3. Alfred de Musset bibliothécaire, par M. Victok Cloi aud. [Nouvelle Revue, 1.") janvier 18!)!).)

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Du moment où l'ancien étrange pensionnaire de la Liste civile restait pur de compromission avec l'Empire, on voulut bien se rappeler que le poète méritait quelques égards. Les Burgraves eux-mêmes lui pardonnaient les peccadilles qui les avaient fait, partir en guerre contre lui et reconnaissaient son talent. Patin. Ancelot ', Tocqueville étaient bien disposés, et la bonne Mme Ancelot ([ui se piquait d'élections académiques, en apprenant à Musset la bonne nouvelle, ajoutait :

(( Quelques égards sont nécessaires. L'Académie est une confraternité. On y vit en bonnes relations. Il faut donc èlre poli et aimable. J'y ferai de mon mieux, et j'ai quelques amis, mais ceci bien entre nous. »

Sans doute Alfred de Musset suivit le conseil i]ue lui donnait Mérimée de porter sa carte aux trente-neuf, surtout à ceux <]ui avaient volé conire lui. Le récipiendaire paya sa dette à ses protecteurs. Comme il n'avait pas connu Dupaty dont il prononçait l'éloge, il s'en prit au hasard des révolutions ({ui « brisent les rapports entre les gens de lettres' ».

Nisard qui reçut le nouvel académicien admirait franchement en lui, non seulement le poète, mais l'homme à qui il savait gré de ne s'être pas enrôlé dans les rangs des ambitieux et des séides de la politique. En le célébrant sous ce jour, sans doute, il se donna la joie de morigéner en |)assant d'autres poètes qui s'étaient laissés envahir par le désir elïréné de la vie publique <i pour arriver à la gloire d'échouer misérablement au pouvoir ». Avant le jour de la réception, il vint voir

1. Le même Aucolol avéïil pourtant écrit à son éditeur: « Ce brave .Xlfred est un charmant garçon, mais, de vous à moi, il n'a jamais su faire un \ers. i^ {Calalogiie dune collection d'aulographes, Et. CnAiiAVAV, n" 20, 29 janvier 1888.)

2. Victor Hugo, du fond de son exil volontaire, écrivait à Musset : « Je suis votre de la tète aux pieds... Je voterai effrontément pour vous à la face de tous les Falloux et de tous les Montalembert possible. [Calai. Cuaravay, 2t) janvier 1888.)

LACADKMIE FnANCAISE

le poêle dans son moclesle logis, pour lui lire son discours. « Au physique comme au moral, écrira-l-il plus tard, Musset semblait avoir perdu la larullé de l'expression. Dans mon discours je le louais beaucoup, avec Taccent d'une conviction ancienne, et sans y mêler

Le comle de Monlalennberl.

D'après une caricature de Dniunier.

de réserves. 11 écouta d'un air embarrassé et déliant qui voulait dire : u Nisard me trompe-t-il, ou se trompel-iî lui-môme? d Quand j'eus tini : « Dois-je croire, me dit-il f^ravement, toutce que vous dites de moi? — Jeu pense encore plus que je n'en ai dit. répondis-je. — Bien vrai, reprit-il, en me prenant la main comme pour me faire i)rèter le serment ! ce n'est pas de l'eau Iténite

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académique quo vous me donnez là? — Bien vrai, disje à mon tour, el si je n'en ai pas dit i)lus, c'est par égard pour quelques contradicteurs très respectables dont vous êtes devenu le confrère. » Enfin, il parut persuadé, et la joie qu'il en témoigna me lit penser à un homme auquel on rapj)orterait un objet de grantl prix qu'il croyait perdu. Je venais de lui l'endre la foi en lui-même qui s'en allait, dès ce temps-là, avec le don des vers et avec l'activité de la pensée. Sa joie était de la modestie. La modestie va bien avec cette noble incurie de la l'épulation. Ces deux grâces sont sœurs. »

L'élection de Bcrryer, qui remplaçait le comte de Sainl-Priest, offrait une significalion plus importante. L'Académie française l'avait fait attendre longtemps. Qu'allait dire le gouvernement? Berrvor avait défendu autrefois le prince Louis-Napoléon de\ont la Chambre des pairs, mais il faisait plus que fronder l'Empire. L'illustre avocat restait le chef incontesté du parti légimisle, le représentant en France du chef de la branche aînée des Bourbons. De plus, il avait un des premiers adhéré au projet de fusion des deux branches. Les ministres de l'Empereur voyaient un danger dans cette fusion projetée. Aussi le choix de l'Académie leur semblait-il une sorte de défi personnel à Napoléon IIL Tous les délais possibles furent invoqués, si bien que la réception de Berryer ne put avoir lieu qu'en février iS,J5, près de trois ans après son élection. Sa réception l'ut sensationnelle. 1\L de Salvandy répondit au récipien-. daire. Dans les deux discours de celle séance de guerre, les drapeaux d'opposition de nuances différentes se rapprochèrent et se confondirent. Réflexions et commentaires allèrent leur train. « Il a prononcé, note Viel-Castel, un discours rempli de phrases et d'allusions hostiles et a été fort applaudi par toutes les vieilles femmes politiques du faubourg Saint-Cermain l'éunies aux femmes

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L'Impératrice et le Prince impérial

iJ'djirt's une ijivtvurc de l'époque

L ACADEMIE FnANÇAISE 305

(les (ioclrinaires. Dites après cela ({ue les partis ne se rapprochent pas ! »

La princesse Mathilcle. en son cénacle littéraire, se montra fort violente à l'égard de Berryer, enveloppant Falloux dans sa sortie passionnée. Hisde Butenval défendit noblement Falloux ; le marquis de La Rochejaquelein, fraîchement entré au Sénat, fit chorus avec la princesse et les détracteurs de Berryer. On colporta des brochures qui contenaient des discours de Salvandy et de Berryer. La Cour et la ville, les cercles politiques et littéraires s'entretinrent longtemps des lettres échangées entre Berryer et M. Mocquard, chef du cabinet de l'Empereur. Le gouvernement les avait laissé circuler.

Il était d'usage presque constant que tout académicien élu allât porter aux Tuileries son discours de réception. Berryer se déroba, pensant « que la situation qui lui avait été faite en décembre i85i ' rendait cette démarche de sa part tout à fait impossible ». Il ajoutait môme qu'il m croyait avoir acquis quinze années auparavant le droit de s'abstenir d'une formalité qui ne serait peut-être pas pénible pour lui seul ». A ce refus susceptible de créer un dangereux précédent, i\I. Mocquard lit une fière réponse :

« L'ancien confrère s'est empressé de se rendre à l'appel de M. Berryer; la réponse suivante en est la preuve. L'Empereur regrette que, dans M. Berryer, les inspirations de l'homme politique l'aient emporté sur les devoirs de l'académicien. Sa présence aux Tuileries n'aurait pas causé l'embarras qu'il semble redouter. De la hauteur où elle est placée, Sa Majesté n'aurait vu dans l'élu de l'Académie que l'orateur et l'écrivain, dans l'adversaire d'aujourd'hui que le défenseur d'autrefois. »

1. Berryer faisait partie des députés protestataires réunis à la mairie du X' arrondisscnienl pour uroclanior la dérliéancc du prince I^ouis-Napoléon, cl (jui furcnl euiprisonncs quelques jours.

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Malgré rélection à rAcadémie des Sciences morales et politiques d'Odilon Barrot, ancien ministre du Princeprésident devenu son adversaire, le gouvernement impérial semblait disposé à fermer les yeux sur la guerre d'épigrammes et l'hostilité par quoi se signalaient tant de membres de Tlnslilul. Le refus de licrryer de se présenter aux Tuileries allait reculer la conclusion de la paix.

Auprès de Napoléon III, des conseillers jaloux de son prestige ne manquèrent pas de souligner celte atteinte à son prestige et à l'usage acquis. Pour déplacer la majorité et imposer une digue aux velléités frondeuses de la classe le plus récalcitrante de l'Institut. le ministre Fortoul, bienque nouvellement élu, soumit à la signature de l'Empereur un décret qui parut à (piel([ues-uns un coup d'État. Sous ce titre : Polilique, administration, finances, le décret du \\ avril i8d5 créa unenouvelle section de l'Académie des Sciences morales où dix membres, tou^ hauts fonctionnaires nommés par l'Empereur, devaient être introduits. Cette mesure, sévèrement critiquée par les opposants, pouvait se justifier par un précédent : Louis XVIII s'était, en 1816, servi des mômes movens pour faire entrer certains de ses amis à l'Institut. Des observations furent présentées au ministre ; le bureau de l'Académie française, présidée alors par le duc de Noailles, profitant du privilèg'e dont jouit cette compagnie d'être directement protégéepar le chef de l'Etat, demanda et obtint une audience de l'Empereur. Le duc de Xoailles plaida dignement la cause de l'Institut. L'Empereur répondit avec une fermeté bienveillante et promit d'examiner les observations qui lui étaient soumises. Le récit de cet entretien courut les salons politiques et littéraires et fut co-mmenté en tous sens.

Sur certains points secondaires, le gouvernement

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