‹ La société du second empire (volume 2)Chapitre 93 sur 133 · L. DE BiîOTONNR, notes inédites · texte numérisé non relu

L. DE BiîOTONNR, notes inédites

L'Enipereui' rerut à merveille le comte >le Salvandy, chancelier de r.Académie, qui était venu lui présenter les deux derniei;^^ immortels nommés. « Il exprima à Salvandy le plaisir ([uil éprouvait à les voir aux Tuileries, à quoi Salvandy a répondu que les opinions politiques ne mettaient aucun obstacle aux devoirs littéraires. L'Empereur a aussi félicité l'.Académie d'avoir fait un choix dans les rangs du clergé, qui méritait cette distinction par ses talents et ses lumières ; puis il a complimenté également l\i. de Sacy, dont la polémi([ue tians le Journal des Débals a toujours été pleine d'atlicisme. Il a appuyé également sur les travaux de M. de Sacy connue écrivain correct et dont la i)lace était marciuée à l'Académie. <c Je vous lis assidûment, a-t-il ajouté, et je suis charmé de trouver en vous le continuateur des bons prosateurs framiais. » lloiiACE DE Viel-Casti-.l. t. 111.' Sacy devait publier plus tard (les articles très remarqués sur VJIisloirc de Jutes César pai' Napoléon III.

au duc ^'iclortle Broglie. c'était de son propre aveu c le dernier produit du libre échange enlre les lettres et la politique, le dernier vestige de ce qui n'élail plus ». Aussi; la presse opposante Tavait-elle subi sinon loué, et l'élection du gendre de l\lnie de Staël, de l'ancien ministre de Louis-Philippe, s'était faite sans polémique blessante.

La réception du vieux duc de Broglie eut lieu en avril i85li. Ce fut un événement parisien en même temps qu'académique. Au cours de son discours, le duc parla de >< l'anivre réparatrice du Consulat ». Il (it ensuite l'éloge du roi Louis-Philij^pe, dont il avait été le ministre, et termina par une péroraison qui évoquait 1 histoire romaine: « L'Empereur Sévère surpris par la mort, voyant s'avancer le centurion qui lui demandait le mot d'ordre, se leva sui* son séaid, disant d'une voix ferme: « Lahorcnni^ ! travaillons. » i'.e fut sa dernière parole. Oue ce soit aussi la nôtre aussi longtemps qu'il sera donné à chacun dé nous de vivre et d'élever une voix entendue de noire pays. » Dans cette péroraison les chefs des anciens partis voulurent voir une critique du régime impérial et triomphèrent bruyamment dans les salons. « S'ils avaient pris Sébastopol, disait d'eux le maréchal de Cast(dlane, ils n'eussent pas été plus glorieux. « Napoléon 111. en cette circonstance comme en beaucoup d'autres, sut avoir le dernier mot. Le jour où, suivant l'usage, le duc de Broglie lui fut présenté, il l'accueillit fort gracieusement, le complimenta avec délicatesse sur ses ouvrages, puis ajouta :

— J'espère, monsieur le duc, que votre petit-fils sera aussi académicien et qu'il fera l'éloge du -i décembre comme vous venez de faire celui du i8 brumaire '.

1. Parlant de cette élection, le maréchal ranrobert disait : « Pour nous autres soldats, le duc de Broglie était un homme d'honneur et, par-dessus tout, un brave. Lors du procès du maréchal Xey, il n'avait i>as crai.i! de dire à la l'ace des rené-

L ACADEMIE fuan<;aise ;}u9

Il va sans dire que l'auleur de la loi de i85o sur Tlnstruclion publique ne pouvait s'al tendre à autant de conciliation dans l'accueil, quand il brig-ua la succession du coniic Mole. Entre l'institut et les journaux d'opinion avancée la rupture fut complète. Le Siècle, qui marchait à pas mesurés lorsque la politique se trouvait en jeu, ne se piquait pas de modération quand le terrain devenait religieux. C'étaient alors de violents assauts où, répudiant toute circonspection, il prenait d'éclatantes revanches. Le comte de Falloux se vil en butte aux sarcasmes du journal démocrate. Les brevets nobiliaires de l't'crivain catholique n'étaient pas moins épargnés que ses titres académiques. Entre l'ancien ministre de l'Instruction publique et son concurrent l-^mile Augier, la lutte s'affirma vive et serrée. Sainte-Beuve et Mérimée, qui d'ordinaire se désintéressaient des élections, entrèrent exceptionnellement dans la lice, rompirent des lances pour Augier et tentèrent sérieusement de mettre Falloux en échec. Guizot surtout se vit l'objet des plus pressantes sollicitations. « Lisez l'histoire de saint Pie V, lui écrivait un île ses amis, et vous verrez si un piotestant peut voter pour M. de Falloux. » Ce à quoi Guizot répondit avec dignité : « Comme j'ai résolu de voter pour lui, je ne lirai jioint ses livres '. «

ifiil-s de rEiupirc el des ultras de la royauLé iiue c'était une laute et une iniquité de condamner à mort le l)rave des braves. Presque seul, au milieu d'une assemblée aussi violente (jue la Convention aux pires moments de la Terreur, il avait voté contre la cuipaldiité du maréchal. Comment M. .Xapoléon- Désiré Xisard qui recevait le duc de Broglic n'a-t-il pas rappelé ce fait dans son discours ? H y aurait trou\é matière à un l)eau morceau d'éloquence. » .Maréchal CAMjoiiEirr, Souvenirs il'iin Siècle par M. (jermain Hapsl, t. III.

1. Un instant, le tîouvernemenl impérial avait eu l'idée de mettre en avant la candidature de Troplong : « Je coimais si l)ieii nos faiblesses, écrivait Toc<|uevilIe à .Vmpère, que si le i^iMivernement veut faire de cela une grosse alfaire, je ne réponds pas qu'il ne forme une majorité. » {Correspondance d'Ampère, t. II.

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Le siège de la compagnie était fait. Falloux fut élu par 19 voix, tandis qu'Emile Augier n'en recueillait que i5. Se préoccupant peu alors de la fameuse politique d'équilibre qui, de tout temps, semble avoir été sa dominante et le secret de sa force contre les courants trop accentués, l'Académie qui avait toujours recherché les bonnes grâces du parti catholique, allait, dans l'embellie olTerte par l'élection de Falloux, affirmer de nouveau une pareille orientation. Des candidatures nettement cléricales s'instauraient au moment où l'on y pensait le moins. Le génie de Lacordaire imposera sa nomination, mais ce sera au seuil de la tombe. Sa cendre à peine refroidie, on pensera au Père Gratry. Colère des lil)éraux qui ne voulaient pas voir l'Académie revenir aux usages du dix-huitième siècle. Déjà, au moment de la nomination de Falloux, un libéral avait posé ce principe <|ue lélection suivante devrait être purement littéraire, u Je suis très peu disposé à nommer le dévot Carné, trois jours après avoir reçu le saint Falloux, » écrivait, en iBdO, Tocqueville à Ampère. 1\L de Carné, historien non sans mérite et l'un des rédacteurs attitrés de la revue où se préparaient les sci-utins académiques, dut ajourner ses espérances.

Bien que correspondant du comte deChambord, Victor de Laprade n'inspirait pas un aussi fort ombrage à Tocqueville. Il se présenta, mais ne fut pas élu d'emblée. La coalition qui, cjuelques mois auparavant, avait fait échouer Emile Augier, se reforma bien sur son nom. Il y eut lutte sérieuse, mais Augier l'emporta avec igvoix contre 18 à Laprade. Alfred de Musset, déjà touché par la mort, se traîna àl'Instilut et assura parson vote l'élection de son ami. Finalement, Laprade fut élu en l'emplacement du chantre deJiolla.

Les résidtats de la guerre d'Italie devaient modifier dans une certaine mesure les rapports devenus courtois entre l'Institut el le gouvernement impérial. En

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