L ACADÉMIE FRANÇAISE
indemnes d'amertume. « Nous allons nommer demain à l'Académie le Marseillais Aulran ou Jules Janin, le premier selon toute apparence. Mon candidat sera battu. Je me promets de ne plus aller à l'Académie que pour toucher mon indemnité, 8.3 fr. 3.3 centimes loiis les mois. »
Prosper Mrriniée.
11 ajoutait cette sombre prédiction en laquelle il semblait se complaire. « D'ici à deux ans, nous allons avoir une mortalité eflVoyable. J'ai contemplé hierles ligures de mes confrères, sans parler de la mienne. On dirait des gens qui attendent le fossoyeur. Je ne sais pas qui Ton prendra pour les remplacer. » Ajournée, l'élection ne devait se faire ([u'un an plus lard en faveur du troisième candidat, Camille Doucet, qui l'emporta de trois suf-
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frag-es. Au Iran ne fui élu que le 5 mai 1868 en lemplacemenl de Ponsard par -i?* voix contre 9 données à Théophile Gaulier qui, conlre loule justice, ne devait jamais entrer à l'Académie.
Jules Janin posa de nouveau sa candidature quand devint vacant le fauteuil d'Ampère. Il se vit battre par un adversaire un peu inattendu, Prévost-Paradol. 0 Avouez, mon cher ami, écrivait Doudan à Piscatory que vous n'auriez pas cru que Paradol pût èlre ('-hi ni cidle année, ni dans le siècle présent. Je crois vraiment (pie c'est ime opération du Saint-Esprit, comme on en remai'que dans rélection de quelques papes. » L'élection de Prévost-Paradol était avant tout politique. Par l'ironie de ses polémiques, le charme de son style, la profondeur de sa crilicjue, il s'était placé en tète des écrivains de l'époque; sa plume trop liljre au Coiin-icr du Dimanche s'était attiré les poursuites du gouvernement inq)érial ; ceci plus encore que cela l'avait désigné aux sullVages académiques '.
1. l'oui' égayer celle fin de chapitre un peu sévère, voici uiu' anecdote peu connue, sur Pi-évosl-Paradol. Celait au nionienl de son entrée à l'Académie française. Prévost-l'aradol possédait une jolie villa à Etretat qui clait devenu le rendez-vous du monde artislitpie et littéraire. Il ne s"y imstallait guère mais y coiu-ail retrouver les siens, dès ([u'il en avait le loisir. Pour éviter les démonslralions populaires du 15 août, il avait pris le M un train de nuit. « 11 se félicitait, raconte un Anglais hahitanl Paris, d'avoir échappé aux hourrahs impérialistes, lorsque retentit le cri de : << Xivc l'Empereur'. » prononcé avec le roulement particulier de Ir et la- suspension de la seconde syllabe, familiers aux faubouriens de Paris. Le zélé orléaniste sursauta. Il était seul dans son wagon, et les quelques paysans de la petite gare où le train venait de stopper s'affairaient autour de leurs paniers de volaille ou de beurre. Était-ce une hallucinalicn, les suites d'une mauvaise position ?
— \ive l'Empereur ! » répéta la voix.
<■ Cette fois, M. Prévost-Paradol se leva et, ce faisant, heurta une cage. L'horrible vérité lui apparut : son propre perroquet était devenu iiupérialiste 1
u Le mystère s'expliqua. Un de ses amis intimes, (pi'il avait
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