Docteur Véron, Nouveaux Mémoires d'un bourgeois de Paris
2. Histoire anecdotique du Second Empire, par un ancien fonctionnaire.
que grandissaient ses chances d'avenir, ces légitimistes, amis peu sincères de la veille, qui n'avaient envisagé en lui qu'un rempart contre les dangers de la démagogie, acceptaient de moins en moins l'idée de s'associer au mouvement populaire qui, en lui donnant près de six millions de voix, l'avait sacré empereur. Quand le vaisseau va sombrer, l'on reçoit le salut d'où qu'il vienne. Mais le beau temps revenu, chacun veut reprendre le gouvernail. Si le ministère, composé en grande partie des lieutenants des divers partis parlementaires et monarchiques se réservant l'avenir, donnait certaines garanties conservatrices à la France et à l'Europe, il était loin de répondre aux aspirations déçues de l'Assemblée.
Battue dans la personne de son candidat de prédilection par le vote écrasant du lo décembre, mais restée puissante par sa majorité, cette Assemblée ne voulait ni désarmer ni se dissoudre. Elle ne pouvait admettre que le Président eût choisi plusieurs doses ministres en dehors d'elle, ne voulant pas comprendre que la minorité de la Chambre représentait la majorité dans le pays. De là une incompatibilité et un antagonisme profonds entre un pouvoir acclamé de la veille et une assemblée <^ieillie depuis dix mois dans le piétinement de la défaite \
En même temps qu'augmentait la popularité du Président, grandissait l'impopularité de l'Assemblée Constituante. Une foule de pétitions et de propositions demandaient qu'elle se reliriît pour faire place ù une représentation plus fidèle du vœu populaire. Le 27 mai i<S^i<), elle se S'-parait, et, le lendemain, l'Assemblée Législative venait siégera sa pLice. Peu de temps après, le 3i octobre, un nouveau ministère était constitué. Louis-Na|)oléon s'en réserva la j)r(''si(leiice.Ce ministère se composait en majeure partie d'honuiies nouveaux ])aiini lesquels figurait celui qu'on devait plus tard