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province, la chute du général fut envisagée avec satisfaction et avec l'espérance que, l'antagonisme cessant, Louis-Napoléon allait reconquérir la plénitude de son influence et de ses forces. Chez les parlementaires, la destitution du général protecteur avait, au contraire, avivé toutes les colères.
Aussi, le 10 janvier i85i, l'Assemblée entama-t-elle une attaque décisive contre le pouvoir exécutif. Le Président lui avait fait proposer de porter de 600.000 francs à 3 millions les frais de représentation du chef de l'État. Les royalistes s'allièrent à la Montagne pour amener le refus de cette dotation. M. Thiers se montra dans ce débat l'un des plus passionnés agresseurs. « Il y a, dit-il, dans un élan de singulière franchise, des moments où il faut craindre pour le pouvoir. Aujourd'hui, le mouvement des esprits est vers le pouvoir : on n'a pas à craindre pour lui. Il n'y a en face de lui que l'Assemblée qui n'a, elle, qu'une force morale. Si elle faiblit, c'en est fait d'elle, elle disparaît. 11 n'y a qu'un pouvoir. Après la chose, le mot viendra quand on voudra : l'Empire est fait. »
Une rage d'opposition aveugle s'est emparée des re" présentants. Ils ne cessent d'entraver le gouvernement dans sa marche et parlent de mettre le Prince en accusation. Ils sont tombés dans le plus complet discrédit auprès de l'opinion publique et le peuple ne les désigne plus que sous le terme méprisant de « vingtcinq francs ». En revanche, la popularité du Prince- Président s'accroît de jour en jour. Au lendemain du refus de la dotation, il reçoit des offres d'argent et d'avances de toute nature, témoin ce billet sans façon d'un marchand de vins enthousiaste :
(( IMonseigneur, « Je mets à votre ordre cinquante mille bouteilles des
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meilleurs vins de la Champagne et vous me payerez quand vous voudrez '. »
Le 21 janvier, surgit une nouvelle cause d'irritation contre le Président de la République. L'Assemblée nationale avait nommé une commission pour étudier la question du haras de Saint-Cloud. Comme cette commission traversait le parc de cette résidence louée au Président, un gardien s'opposa à ce que cette fraction de la souveraineté nationale déléguée pour visiter un haras passai par une allée réservée. Insistance de la commission qui tonne enfin par dix voix plus ou moins harmonieuses :
— Nous sommes des représentants.
A cette foudroyante accusation de qualités, le gardien répond sans se déconcerter :
— Raison de plus ^.
Pendant toutes ces querelles, pendant toutes ces agressions, Louis-iXapoléon reste impassible et paraît attendre du bon sens du pays une pression suffisanti* pour peser sur les décisions de la Chambre. On trouverait sûrement le salut dans la revision de la Constitution que demandent les Conseils généraux et que ne cessent de réclamer les pétitionnements envoyés des quatre coins de la France. Mais, pour que la revision soit votée, il faut, conformément à l'article 68 de la loi, obtenir une majorité des trois quarts de voix. Condition absurde qui met la représentation nationale en opposition avec les sentiments exprimés par la majorité de la nation- En apparence, tous les partis disent vouloir cette revision, mais au fond tous la redoutent, parce qu'ils sentent bien qu'elle tournerait contre eux, à l'avantage du Président.
Celui-ci fit, le ;>7 janvier, une dernière tentative de
1. Cité par le docfeiir Vkron, Nouveaux Mémoirex d'un hourgeois de Paris.