‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 26 sur 84 · BÉLOUINO, Histoire dun coup d'Etal · texte numérisé non relu

BÉLOUINO, Histoire dun coup d'Etal

paroles, cFinjures, d'accusations. Un jour le minisli-e de la Guerre Saint-Arnaud se leva de son banc et sortit, après avoir adressé un regard significatif au général Magnan qui assistait à la séance dans une tribune. Comme il arrivait près de la porte de la salle, le ministre de la Guerre répondit en riant à un collègue qui s'étonnait de le voir partir avant le vote : « On fait trop de bruit dans cette maison; je vais chercher la garde. » Et il y allait comme il le disait '.

Afin de fortifier l'autorité du général de Saint-Arnaud et de la rendre plus efficace, on l'avait entouré des officiers qui avaient été en Afrique ses plus zélés lieutenants. De ce nombre était le colonel Espinasse du 42* de ligne dont le régiment occupait l'École militaire. C'est à lui que fut dévolue, en cas de coup de force, l'occupation du Palais-Bourbon. Précisément il se trouvait en bons termes de camaraderie avec un des questeurs de l'Assemblée, le général Le FIô, qu'il avait connu en Afrique. Il alla le voir et, tout en gardant strictement secrète la consigne reçue, il se fit promener par lui dans tout le Palais-Bourbon, s'en fit bien expliquer la topographie et finit par demander au général si, en cas de la levée de boucliers dont on parlait de la part (lu Président, il avait songé à mettre en sûreté sa personne. Le Flù lui répondit qu'il comptait dans Ce cas sur sou camarade Ivspinasse et il le conduisit par un couloir souterrain jusqu'à un passage débouchant sur l'esplanade des Invalides. Le colonel le quitta alors, en l'assurant qu'en cas d'événement, ses sapeurs l'attendraient à cette issue. 11 disait vrai, mais ce n'était pas précisément dans le but que pensait le questeur (pie le passage devrait être gardé -.

Louis-Napoléon avait choisi le ?. décembre, anniver-

1. Granif.h de Cassa(;nac, ///s/o/re </e ht chute de Louis-Philippe.

2. Ilisloire (inecdoti(jae du Second Empire, par un ancien fonctiuiiiiaiic.

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L'Election du lo décembre i848

Lithorjraphie d'Adam. (Cahinet des EstarniJes).

saire d'Austerlitz, pour l'exécution du coup d'Étal. Le lundi soir i*""^ décembre, il tint sa réception habituelle à l'Elysée. La foule était considérable. Le Prince se montra à ses hôtes avec le calme inaltérable de son esprit et avec l'aménité ordinaire de ses manières. L'observateur le plus attentif n'aurait su découvrir ni sur son front un nuage, ni dans ses paroles une préoccupation. Deux des ministres qui ignoraient ce qui se préparait étaient mêlés aux confidents. Le nouveau chef d'étatmajor de la garde nationale, Vieyra, était là.

Adossé à une cheminée, le Prince lui fit signe d'approcher et lui dit assez bas pour n'être entendu que de lui :

— Colonel, êtes-vous assez fort pour ne rien laisser voir d'une vive émotion sur votre visage ?

— Prince, je le crois.

— Eh! bien I c'est pour cette nuit!... Pouvez-vou9 m'aflirmer que demain on ne battra pas le rappel?

— Oui, Prince, et j'ai assez de monde pour porter mes ordres.

— Voyez Saint- Arnaud.

— Il faut, ajouta Louis-Napoléon, que vous couchiez ce soir à Tétat-major.

— Mais, si l'on me voyait passer la nuit sur un fauteuil à l'état-major, cela étonnerait.

— Vous avez raison. Soyez-y à 6 heures du malin, vous serez averti. Qu'aucun garde national ne sorte en uniforme. Allez. Non, pas encore, vous auriez l'air de vous retirer par mon ordre.

Le Prince s'éloigne et le colonel va saluer des personnes de sa connaissance, sans qu'on pût se douter qu'il venait de recevoir une si terrible confîdenge.

Le premier soin de Vieyra fut de faire crever les caisses des tambours de la garde nationale, moyen efficace et sûr d'empêcher qu'on battît le rappel '.

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