CHAPITRE PREMIER LES PRÉLINIINAIRES DU COUP DÉTAT
Premières années de Louis-Napoléon. — L'élection du 10 décembre. — Installation à l'Elysée. — Miss Howard. — Le roi Jérôme et son fds. — Le comte de Morny. — Hostilité de l'Assemblée à l'égard du Prmce-Président. — La revue de Satory. — Le général Changarnier révoqué. — Lutte acharnée entre les deux pouvoirs. — Le spectre rouge. — M. de Persigny. — La veille du coup d'État. — Du côté du manche. — Conciliabule nocturne du 2 décemlire.
En i83'4, le prince Louis-Napoléon, alors âgé de ving-t-sixans, écrivait à un fidèle de la cause impériale: « Je signe depuis quelques jours avec mon nom de Napoléon, parce que mon grand-père et mon père l'ont voulu ainsi. Ce sera là un fardeau, il est vrai; mais je saurai le porter, n'importe dans quelle position que le sort me place ^ » Le prince devait se tenir parole avec la plus opiniâtre énergie. Son enfance s'était écoulée, paisible et songeuse, au château d'Arenenberg, auprès
l. Lettre à M. Belmontet, député du Tarn-et-Garonne, datée d'Arenenberg, 7 janvier 1&34.
de sa môrc, la reine llorlense, qui sut lui inspirer une foi ardente en l'éloile napoléonienne. Il y habitait un pavillon à part, où des arnnes, des cartes topographiques et stratégiques faisaient penser au sang du conquérant, sans le nommer. Chaleaid^riand, qui le rencontra, vers i83o, au cours d'une promenade aux environs du lac de Constance en compagnie de Mme Récamier, répondit à son compliment de bienvenue par ces paroles prophétiques : « C'est le passé qui salue l'avenir. » La vue du futur empereur l'impressionna vivement : « Le prince Louis, écrit-il alors, est un jeunehomme studieux, instruit, plein d'honneur et naturellement grave '. »
Après la mort du duc de Reichstadf et celle de son propre frère Napoléon-Louis, mort en 1887 dans les Romagnes, le prince Louis-Napoléon, devenu l'héritier de la couronne impériale, n'eut plus qu'une idée, qu'un but : se montrer le digne et actif représentant de la tradition napoléonienne, réveiller dans l'armée et dans le peuple les souvenirs de l'épopée et rendre aux Bonaparte ce rang suprême que leur avait arraché la coahlion de l'étranger. C'est de cette pensée tenace que sortirent les entreprises malheureuses de Strasbourg et de Boulogne. La seconde avait valu au fils de la reine Hortense une captivité de six années au fort de Ilam, à laquelle il avait su mettre lin par son audacieuse évasion. Six années qui ne furent pas perdues pour .sa carrière et poui- son futur métiei- de souverain. Plus tard, ù ceux qui s'étonneront de son instruction, de son expérience, de ses connaissances histoiitjues, de ses vues pratiques et neuves, il répondra en souriant:
« Oubliez-vous <[ue j'ai ('-ludié longtemps à l'université de Ilam-? »
Après son évasion, le prince Louis-Napoléon était