Général comte Fleuhy, Souvenir
en italien, le matin, au Prince : « Monseigneur, ce n'est pas tant que de commencer, il faut finir. » Dans le cortège, on remarque le général Magnan, le maréchal Exelmans, grand chancelier de la Légion d'honneur, le prince Murât en uniforme de colonel de la garde nationale, les généraux Daumas, de l'Etang de Bourjolly et plusieurs autres brigadiers ou divisionnaires, un grand nombre d'officiers supérieurs '.
De l'Elysée à la place de la Concorde, la haie est formée par l'imposante cavalerie de Versailles. Lorsque passe le Président, une immense acclamation part des rangs des soldais. La foule n'est pas moins enthousiaste. Elle rompt les lignes, se mêle aux cavaliers et pousse des cris de « Vive l'Empereur ! » Sur le trottoir circulent électrisés, les membres de la Sociélé du Dix-Décembre, mais aussi un certain nombre de membres des sociétés secrètes, dont les figures semblent menaçantes. Le prince Louis-Xapoléon, calme, ayant presque l'air indifférent à ce qui se passe, montant avec grâce son beau cheval anglais, marche, sans tourner la tête, accueillant avec le même imperturbable sang-fi'oid les vivats des amis, les cris sombres de « Vive la République ! » des autres. Place de la Concorde, même accueil chaleureux, en passant devant la brigade de Cotte. Les vivats redoublent, quand le cortège longe le jardin des Tuileries occupé par la brigade Dulac. Bien des gens purent croire, du haut des fenêtres de la rue de Rivoli, que le Prince allait prendre possession du Château. Après avoir traversé le Carrousel et le pont Royal, le Président revint ensuite à l'Elysée, par le quai d'Orsay et le pont de la Concorde ^.
1. Histoire anecdolique du Second Empire, par un ancien fonc- Ifonnaire.
2. Souvenirs du général Fleury : docteur \ébon, Nouveaux Mémoires d'un bourgeois de Paris; Histoire anecdolique du Second Empire, par un ancien fonctionnaire.
Durant toute la journée, malgré les nouvelles alar mantes qui lui arrivèrent à plusieui's reprises, le prince Louis-Napoléon conserva la même altitude calme et assurée, la même possession de soi-même. On lui annonce dans l'après-midi la visite de sa parente, lady Douglas, son amie de tous les temps. Il va la recevoir dans le premier salon, et, la conduisant dans son cabinet, il commanda un bouquet pour sa cousine. Il y eut parmi les aides de camp de service un certain étonnement. Mais l'un d'eux s'en fut chercher et rapporta bientôt un bouquet magnifique, non sans l'aire an geste qui disait à l'entourage : « N'est-ce pas là un moment bien choisi pour aller chercher des fleurs ? » Le Prince prit le bouquet, l'oflVit à sa cousine et, la visite achevée, il la reconduisit dans le même salon où il était venu la chercher. Il prit congé d'elle avec le plus aimable et le plus riant salut. Certes, à pareille heure, au milieu de si graves événements, on ne trouvait guère un sang-froid de cette trempe ^ .
Les occasions de s'alarmer ne manquaient pas. Dès le matin, une quarantaine de représentants, prolitant d'une porte qu'on avait oublié de faire garder, étaient parvenus à pénétrer dans le palais du Corps législatif. Décidés à siéger, ils se mirent à la recherche du président Dupin qui se trouvait prisonnier sans le savoir. Ils le trouvèrent dans son cabinet. Là s'engagea un dialogue. Les rej)réscntants sommèrent le président de se mettre à leur tète et de rentrer dans la salle, lui, l'hominc d<î l'Assemblée, avec eux, les hommes de la Nation. M. Dupin refusa net, tint bon, fut ti'ès ferme, se cramponna héroïquement à son néant.
— Que voulez-vous que je fasse ? dit-il, mêlant à ses protestations ellarées force axiomes de droit et citations latines, instinct des oiseaux jaseurs cpii débitent tout