Victor Hugo, Histoire d'un Crime
véritable Assemblée nationale non dissoute, ils prononcèrent la déchéance et la mise en accusation de Louis- Napoléon. Au milieu d'un tumulte inexprimable, ils rédio-èrent un décret convoquant une haute cour de justice pour juger le Prince et ses complices et nommèrent le général Oudinot commandant en chef des troupes et gardes nationales de Paris. Mais le trouble se mit sérieusement dans l'Assemblée, quand elle vit paraître, à la porte de la mairie, deux commissaires de police que vinrent bientôt rejoindre deux compagnies de chasseurs de Vincennes ^
« Quelques personnages légitimistes de l'espèce candide avaient une peur sérieuse, mais comique. Un marquis, mouche du coche de la droite, allait, venait, pérorait, criait, déclamait, proclamait et tremblait. Un autre député, suant, rouge, essouflé, se démenait éperdument : « Où est le poste? Combien d'hommes? Oui est-ce qui commande ? L'officier ! Envoyez-moi l'officier! Vive la République ! Gardes nationaux, tenez bon ! Vive la République ! » Toute la droite poussait ce cri. « Vous voulez donc la faire mourir ! » leur disait Esquiros. Quelques-uns étaient mornes; Bourbousson gardait un silence d'homme d'Etat vaincu. Un vicomte, parent du duc d'Escars, était si épouvanté qu'à chaque instant il s'en allait dans un angle de la cour. Il y avait là dans la foule qui emplissait cette cour, un gamin de Paris, enfant d'Athènes qui a été depuis un poète brave et charmant, vVlbert Glatigny. Il cria à ce vicomte ému : « Ah ! ça? est-ce que vous croyez qu'on éteint les coups d'Étal comme (juHiver éteignait les incendies ! »
Les motions se croisaient; c'était une rumeur continue coupée de profonds et solennels silences. Les parohîs d'alarme circulaient de groupe en groupe: « Nous sommes dans un cul-de-sac. Nous sommes ici comme