Docteur Thomas W. Evans, Mémoires
pose d'épouser la princesse Wasa. La grande-duchesse Stéphanie, alors veuve, élaiL restée française par l'esprit et par le cœur. Elle désirait vivement ce mariage. Les liens de famille et ce grand nom de Wasa, porté par Gustave-Adolphe et par la reine Christine, ne pouvaient qu'influencer favorablement le Prince. Il manifesta le désir de connaître les vrais sentiments de. la Princesse au sujet de ce mariage. Il était beaucoup plus âgé qu'elle, leur éducation n'avait pas été la même, et il craignait qu'elle ne fît que se prêter passivement à la réalisation du projet qu'avaient formé pour elle sa tante et sa grand'mère.
Le prince Louis-Napoléon entra en négociations avec sa tante, la grande-duchesse Stéphanie. Puis il songea à entamer des pourparlers plus avancés. Vers le mois de juin, il envoya le colonel Fleury à Darmsfadt porter la grand'croix de la Légion d'honneur au grand duc de Hesse, chez lequel cet officier devait rencontrer le prince Wasa et sa fille. L'aide de camp du Prince-Président était chargé de remettre en môme temps à son Altesse Grand-Ducale une letlre de la grande-duchesse Stéphanie (pii lui avait été remise à Bade. Il fut reçu avec beaucoup de courtoisie à Darmstadl |)ar les deux j)rinces. On l'invita à dîner. Avant de s(^ mettre à table, le grand-duc Louis III se retira un moment avec le prince Wasa pour confc-rer <Widemment au sujet de la missive apportée par le colonel Fleury. A l'air un peu gêné des deux princes en rentrant dans la chambre, l'envoyé de Louis-Napoléon devina que la réponse annoncée par le grand-duc pour le moment de son départ ne serait pas favorable. Le dîner fut néanmoins très agréable. Une fois le premier nuage passé, la convei'salion roula sur le coup d'Etat, sur le service immense que Na|»oléon venait de rendre non seulement à la France, mais à l'Iùn-ope. En remettant au colonel la r(''ponse à la 1(^1 Ire d(> la grande-duchesse Stéphanie, Louis III lui dit:
« Remerciez bien le Président de la République pour l'honneur qu'il m'a fait de m'envoyer son ordre. Dites-lui tous mes regrets de ne pas voir aboutir un projet dont j'aurais vivement désiré la réalisation. Mais l'on s'en est occupé trop tard. »
Et regardant le prince Wasa qui opina de la tête :
« Il y a presque des engagements avec le prince royal de Saxe sur lesquels il est impossible de revenir ' . »
On ne peut savoir si le Prince-Président conçut le moindre regret de cette déconvenue. Peut-être ne s'étaitil prêté aux négociations poursuivies par sa tante qu'avec une arrière-pensée. La princesse Caroline, bien que d'un sang illustre, n'étant pas d'une famille régnante alors, ne lui apportait qu'une force très relative au point de vue des alliances utiles. Peut-être aussi le prince Wasa, dont la réputation de sobriété était très discutable, souriait-il médiocrement comme beau-père au futur empereur. Toujours est-il que celui-ci ne fit paraître aucun désappointement lorsque son envoyé lui rendit compte de sa mission. Il fut convenu seulement que le silence serait gardé sur cet incident. Le résultat important de cette négociation avortée, c'est que le prince Louis Napoléon était, à partir de' ce jour, entré dans la voie du mariage.
Peu de temps après, on parla d'un projet concernant la princesse de HohenzoUern, sœur du prince fameux qui nous valut la guerre de 1870. A quoi tiennent les destinées des peuples ! Reau-frère du prince Léopold de Holienzollern, il est bien probable que Napoléon 111 ne se fût pas inquiété des événements d'Espagne et que la catastrophe qui nous a frappés n'eût pas existé. On proposa aussi la fille du prince de Wagram au Prince- Président, et il y eut, à IhiMel de la rue de la Roche-