‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 55 sur 84 · Augustin Filon, Mérimée el ses amis · texte numérisé non relu

Augustin Filon, Mérimée el ses amis

Si LA .-^CIliTE DU SIXlOiVl) EMI'llii:

anglaise, miss Flowers. Elles quillèrenL précipilamminil la France et Mérimée qui adorait leur société écrivait : « On ne saurait croire le chagrin que j'éprouve à les voir partir. »

La famille de IMontijo menait en Espagne une vie des plus brillantes. Aimable, spirituelle, pleine d'entrain et de gaîté, la comtesse de Monlijo s'intéressait à toutes le« nouvelles de Madrid et de Paris et sa conversation était toujours variée et animée. Elle aimait beaucou]) la musique, protégeait les artistes et les recevait chez elle avec bienveillance. A Madrid cl à Carabanchel où elle possédait un vaste domaine, elle donnait de petits bals et organisait des comédies de société. Mérimée mettait à la disposition de l'hospilalière comtesse ses talents de machiniste, de peintre de décors, de souflleur, de metteur en scène. Les deux fdles de la comtesse, Françoise (en espagnol Paca) et Eugénie excitaient l'admiration générale. Ce l'ut dèsl'année 18^4' à dix-neuf ans, que l'aînée épousa le duc d'Albe. Les deMx sœurs furent très remarquées lors des fêtes qui eurent lieu à Madrid pour le mariage de la reine Isabelle avec son cousin l'infant François d'Assise et celui de l'infante Louise avec le duc de Moidpensier, fils du roi Louis-Philippe. x\ la soirée que donna le comte de Bresson ambassadeur de France, le 7 octobre iS'|G, le duc d'Aumale qui avait acconq^agné son frère, le duc de IMontpensier à Madrid, eut une très longue conversalion avec Mlle Eugénie de Monlijoet resta sousle charme de son esprit et de sa beauté'.

Mesdames de Montijo voyageaient beaucoup dans le

1. Quelques années avant sa mort, le duc d'Aumalo.cn visite à Naples, ciie/. i'Inii)ératri(e, évoquait cette soirée du 7 octobre 1846. « Comme Notre Majesté, lui dit-il. était une belle Jeune lille 1 — Et ■fous, Monseigneur, réponditrinlortunée souveraine, comme vous étiez un beau cavalier 1 » (Imuliît de Saim- Amand, Louis-Napoléon cl Mlle de Monlijo,)

I,E ^MAIÎIVGE DE I. i:<>ll'KRElR .S5

midi (le la France. Le marquis de Dampierre, le comte de lîryas org-anisèrent plusieurs fois des chasses en leur honneur dans les mas^nifiques domaines qu'ils possédaient aux environs de Bordeaux. Mile Eugénie de Montijo y fit preuve d'un talent consommé d'écuyère, et l'on raconla que, chez le comte de Bryas, elle avait fait monter son cheval jusqu'au premier étage du grand escalier. Dans un dîner à Cog-nac, on conta également qu'un prêtre du pays, qui s'amusait volontiers à dire la bonne aventure, l'abbé Boudinet, lut dans la main de la jeune fille qu'elle porterait un jour la couronne. Déjà — mais à quelle souveraine arrivée par un coup de la fortune ne prête-t-on pas semblables prédictions ! — déjà, si l'on en croit vme tradition, un vieux mendiant à q\ii elle avait donné sa bourse, pendant un séjour qu'elle avait fait aux Eaux-Bonnes, étant toute jeune fille, lui avait prophétisé qu'elle serait reine. On eût pu croire que ces prédictions troublaient son intime pensée, à la voir refuser les plus hauts seigneurs et les plus belles fortunes de son pays, du duc d'Ossuna au duc de Sesto \

En iS-'if), après avoir occupé quoique temps à la cour d'Espagne la haute charge de camarera major la comtesse de Montijo revint habiter Paris avec sa fille Eugénie. Elles s'installèrent place Vendôme, dans l'hôtel appartenant à ]\1. Lebœuf de Montgerniont, qui était tout proche de cet hôtel du Rhin où logeait Louis-Napoléon, lorsqu'il avait été nommé Président de la République. La place triomphale devait porter bonheur aux deux futurs époux. Comme toutes les étrangères de distinction, Mmes de Montijo assistaient régulièrement aux fêtes de l'Elysée, à ces fêtes de plus en plus nombreuses et brillantes qui faisaient dire du Prince-Président: X II fait danser la République, en attendant qu'il la

1, M. Fp.édébeo LoLitE, /'/ Vie d'une impérmirice.

8fi l.\ SOCIi:TE du r-ECOXD KNIPUîE

fasse sauier. » Mlle Eugénie de Monlijo ii'étîtil pas moins assidue aux revues fréquenlesdu Chanip-de-Mars, du Carrousel et de Satory. Digne fille de son père, le colonel de Monlijo, elle semblait s'associer aux acclamations de l'armée saluant l'avènement prochain d'un nouvel empereur. Le Prince admirait tous les jours davantage cette ravissante personne, cette blonde du Titien, au col long et gracieux, à la taille souple, élégante et noble. Mais, bien qu'il se montrât galant ot empressé auprès d'elle, rien ne faisait prévoir qu'il en fût sérieusement occupé. En octobre, au retour de son voyage triomphal dans le Midi, il alla se réinstaller à Saint-Cloud, et, cette fois, sans miss Howard. C'est alors qu'on commen'ja à s'apercevoir du sentiment très vif que la belle Espagnole lui avait inspiré '.

En dehors de la beauté de la jeune fille, l'Empereur avait sur elle des informations éminemment propres à le toucher. 11 connaissait les sentiments bonapartistes que le colonel comte de Montijo avait inspirés à tous les siens. Il ne pouvait oublier ni un ancien projet de visite au prisonnier de Ilam, concerté, mais non exécuté, par Mlle Eugénie de Montijo, avec une de ses amies intimes ni surtout une lettre de i85o écrite au prince Louis- Napoléon, lorsque la Chambre, par son refus de voter sa dotation, l'obligeait à vendre ses chevaux, lettre dans laquelle, s'associant au projet d'une souscription populaire, sur le point de s'ouvrir dans les faubourgs de Pai'is, des cœurs généreux lui raisai<'nt spontanéuKMit l'ollVe de leur fortune -.

Invitée, en novembre i8r)'>., aux chasses de Fontainebleau, Mlle (le Monlijo montant un cheval des écuries du IMnce, y ajtparut comme une intrépide amazone. Elle suivit la chasse avec une haidiesse admirée de tous

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