Imdert de Saint-Amand, Louis-Napoléon et Mlle de Monlijo
quelle. Les galanteries qu'il avail pour elle élaienl toujours pleines de délicatesse el de discrétion '.
Par un beau matin, l'Empereur accompagné seulemenl de quelques personnes, parmi lesquelles se trouvaienl Mme el Mlle de Monlijo,se promenail dansleparc. Les pelouses étaient couvertes d'une rosée abondante et les rayons du soleil donnaient à toutes les gouttelettes qui chargeaient encore les herbes des reflets et des transparences diamantées. Mlle de Monlijo se plaisait à admirer les effets capricieux de la lumière. Elle avait fait remarquer, en particulier, une feuille de trèfle si gracieusement chargée de gouttes de rosée qu'on eût dit un vrai bijou tombé de quelque parure. La promenade finie, l'Empereur prenait à part le comte Bacciochi qui, quelques instants après, parlait pour Paris. Il rapportait, le lendemain, un délicieux bijou, qui n'était autre qu'un trèfle dont chacune des feuilles portait un supei'be diamant simulant des gouttes de rosée. Le comte avait fait imiter avec une rare perfection la feuille admirée la veille par sa future souveraine.
Le soir, une loterie fut tirée auchaleau. On s'arrangea de manière à ce que le trèfle fût gagné par Mlle de Monlijo. Dans la pensée de l'Empereur, ce bijou était l'équivalent d'une bague de fiançailles. Mais nul, excepté lui, n'attachait encore celte idée au poétique présent que la belle Espagnole venait de recevoir.
On pense bien que, dans l'entourage de l'EuqicM-eur, les conversations allaient leur train. Tout le monde voulait le voir se marier, mais beaucou|) considéraient comme funeste elimpolitique un entraînement du cœur. 11 se forma deux (■anq)s : d'un côté étaient les partisans des alliances dynastiques ; de l'autre, les hommes, généralement plus jeunes, cpii domiaienl la préférence aux unions conseillées parles convenances personnelles
1. Fmiif.rt de Smnt-Amand, Louis .Xapolcon el Mlle de Monlijo.
LE MARIAGi: DE L EMPEREUH
et déterminées par le choix réfléchi de l'esprit et «l'un tendre sentiment. Parmi les premiers, se faisaient remarquer le roi Jérôme, M. Troplong-, président du Sénat, M. Drouyn de Lhuvs, ministre des AlTaires
Mlle Eugénie de Monlijo, en costume espagnol, d'après une peinture du musée de Madrid. (Dessin de Gustave Doré communiqué par la Librairie Illustrée.)
étrangères, M. Abbalucci, garde des sceaux et U. de Persigny, minisire de l'Intérieur. C'était le clan de la tradition. A la tète des seconds étaient jM. de Morny, M. Fould, ministre d'État et les officiers de la maison militaire, les colonels Fleury et Edgard Ney, le lieu-
lenaiil-colouel de Touloiigeoii. C'élail comme le clan des amoureux et des chevaliers français, qui pensaient que pour être souverain on n'en est pas moins homme.
L'inclination dvi souverain pour la belle élrauii^cre n'échappa pas davantage aux regards et aux commentairesdes invités, parmilesquelsse ferouvaientplusieurs des membres de la famille impériale, entre autres les princesses Mathilde et Mural, les princes Napoléon, Mural et Lucien Bonaparte. Chacun se montrait naturellemenl très attentif à tous les développements, à ton les les p<''ripéties de celte romanesque aventure. !\L de Persigny, le premier, s'en expliqua avec Napoléon III. Il le suivit un soir dans sa chambre ;\ coucher au moment où il .^e retirait et commença à faire en plaisantant une allusion directe à la passion nouvelle de son souverain. La physionomie froidement sévère de Napoléon III l'arrêta surle-champ. Il vit que le cas était sérieux ^
Le lendemain, M. de Morny aborda ouvertement le même sujet. Les arguments d'ordre politique présentés avec la modération qui lui était ordinaire ne produisirent aucun eiîetsur l'esprit de Napoléon III. Ce dernier parla un instant de l'impératrice Joséphine, puis ne répondit plus. Ce qu'il ne disait pas et que son interlocuteur devinait très bien, c'était la passion violente qui le dominait.
Pendant les quelques semaines d'attente qni précédèrent la grande nouvelle, on observait et on se redisait tous les signes avanl-coureurs. Vrais ou inventés, les moindres mois avaient de riniporlauce. Après nn(> revue passée dans la cour des Tuileries, (ui racontait (pie l'h^mpercur, lançant son cheval M'rs l;i fenèlre dn re/de-chanssée pour saluer les dames, aui'ait dit à Mlle de Montijo : « (Juelesl, mademoiselle, le chemin qu'il faut prendre pour arriver jusqu'à vous? » A (juoi, la j(>une