‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 67 sur 84 · CL · texte numérisé non relu

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mille plus que ses goûts éloignaient de la Cour, à maint orléaniste qui ne pouvait ouvertement s'y montrer mais qui avait besoin des ministres de l'Enipire pour des questions industrielles ou économiques, il pouvait être agréable ou commode de trouver des terrains neutres. Celui des ambassades était tout trouvé; de plus les salons du ministère des Affaires étrangères s'ouvraient tout grandsà ceux qui, sans fréquenter les Tuileries, n'étaient pas mécontents d'en connaître les hôtes.

La ville autant que la Cour était en fête; le pays tout entier s'agitait d'allégresse, de la satisfaction de vivre heureux, de jouir de l'heure présen-te qui s'offrait belle, rassurante, grosse d'espoirs et de fortune. Le commerce et l'industrie réalisaient de grands bénéfices, les financiers ne cachaient pas leur optimisme cependant que le « bâtiment » marchait sans trêve — trop au gré de certains esprits chagrins qui reprochaient au baron Haussmann ses continuels coups de pioche. Le souci de l'hygiène publique, le goût des voies larges et rectilignes, des squares en pleins centres populeux exigés par l'Empereur et exécutés par le préfet de la Seine et ses aides de camp, firent-ils sacrifier, à côté de hideuses masures, quelques maisons à prétention historique, déterminèrent-ils d'inutiles hécatombes de pierre, cela est possible; il paraît bien difficile que des transformations semblables à celles qui se sont opérées dans Paris sous le second Empire se soient faites sans quelques égratignures. Pour s'enhardir à aller de l'avant, se sentant appuyé par le souverain, soutenu par la majeure partie delà population, le baron Haussmann ne manquait pas de poser règles et axiomes. Il avait proclamé : « que les dépenses extraordinaires ne sont pas les ennemies des })uc!i^'::ls', que si elles sont faites avec intelligence elles enrichissent, loin d'appauvrir, et amènent un accroissement général du revenu ». Il aimait rappeler le mot de Louis XIV à Mansart: « Bâtissez, bâtissez toujours, nous I 16

ferons l'avance, les étrangers nous la rembourseront. » Et en effet les étrangers accouraient en foule. Après le congrès de Paris comme après le traité d'Amiens en 1801, c'était à qui viendrait goûter les « douceurs » de la paix dans la ville des arts, des lettres et des plaisirs par excellence.

Quant au Parisien, après avoir d'abord critiqué les transformations qui crevassaient bien quelques voies, entravaient la circulation de certains quartiers, gênaient surtout SCS us et sa routine, il applaudissait au fait accompli ou sur le point de s'accomplir. En i856 il y a déjà beaucoup de fait, non pas tout ce qui est projeté. Le nouveau Louvre sera quelques mois encore couvert d'échafaudages, mais on devine le majestueux ensemble qui découlera bientôt de sa réunion aux Tuileries... Toute une percée de boulevards centraux en attendant ceux qu'on appelle encore les boulevards extérieurs, toute une éclosion de jardins et de squares déversant la lumière, la verdure, l'air et... par conséquent la santé publique ; des dégagements de vieilles églises, des restaurations de vieux édiiices épargnés, des rues nouvelles amenant tout un mouvement, mettant en valeur des îlots perdus, voilà ce que voit le Parisien conquis au système de l'amélioration. Ceci n'est pas tout, même à l'époque.

« Quand le temps était beau, a écrit M. Pierre de la Gorce, si peu suspect de partialité pour le Second Empire, volontiers le Parisien prolongeait sa promenade ; il la prolongeait pai'le Carrousel définitivemenldébarrassé des honteuses construtions (pii, si longtemps, l'avaient obstrué; les pbis vaillants poursuivaient leur route, et, à travers les longues avenues, gagnaient les Champs-Elysées, 1<; Bois de Boulogne même (ju'un art plein de gracieux désordre achevait d'embellir et qui imitait , dans un cadre plus beau encore, les splendeur.s tl'llyde Park. »

Dans ce tableau sur lequel se dessinent à peine des ombres, M. de la (îoi'ce dit eiicoie :

LE CONGRES. LA XALSSANCE DU PHIXCE IMPEIUAL 2i3

« Chemin faisant, on admirait le service de police réorganisé et accru, la voirie mieux organisée, le macadam se substituant aux pavés, le service des eaux amélioré et développé, la circulation publique par les omnibus qui commençaient à circuler dans tous les quartiers... Puis quand le soir conviait au retour, on s'émerveillait des interminables cordons de gaz qui s'allongeaient sur les deux côtés des voies régulières, et sous l'éblouissement de toutes ces choses nouvelles, dont il semble que nous avons toujours joui, les plus sages, les plus prévoyants, les moins enthousiastes se prenaient à oublier les soucis du présent, à admirer ce Paris de Napoléon III si brillant, si animé, si doré, à souhaiter que, malgré des signes contraires déjà visibles, le Second Empire égalât par son renom de sagesse le séduisant prestige qu'il devait à son éclat. »

Il serait trop long de donner la liste des fêles données en l'honneur des plénipotentiaires du Congrès de Paris. Celle du 7 avril, qui avait pour théâtre l'Hôtel de Ville, semble avoii- été une des plus brillantes. Dans la galerie des fêtes, une scène est dressée; au programme : le Concert à la Cour, d'Auber, avec rz\lboni, Mmes Caroline Duprez, Jourdan et Wicquier; des danses avec la Rosati et .Alérante; l'orchestre est dirigé par Pasdeloup, qui devait plus tard instaurer les concerts périodiques qui eurent depuis tant d'adeptes.

Des flots de lumière, des ruissellements d'élégance, un souper magnifique.

Un témoin, la comtesse de Danrémont, écrira: « Nous avons magnifiquement traité les plénipotentiaires, et, ce qui m'étonne, c'est qu'ils aient résisté à ces batailles de fourchettes et de bouteilles. Il paraît qu'ils ont été surtout émerveillés de la splendeur avec laquelle nos fonctionnaires sont établis. L'Hôtel de Ville est elTectivement le premier du monde, et la fête qu'on leur a donnée ne pouvait être d'une magnificence aussi extra-

ordinaire qu'à la condition d'être payée par la Ville de Paris. »

Douze cents personnes assistaient, le lo avril, au bal donné par l'ambassadeur de Turquie, Méhémet-Djemil-bey et la fête fut magnifique, honorée de la présence de l'Empereur, qui répondait ainsi à la présence du Sultan à une fête donnée à Constantinople par l'ambassadeur de France.

Deux jours après, aux Tuileries, c'était un grand banquet offert par Napoléon III aux membres du Congrès. Avec les ambassadeurs et ministres étrangers y assistaient: les cardinaux, les maréchaux, les ministres, les présidents des grands corps de l'État, les grands officiers de la Couronne. Lord Clarendon et le comte Orloff, le comte de Buol et Aali pacha, grand visir occupaient les places d'honneur... Pendant le repas on entendit alternativement les chœurs du Conservatoire et la musique des Guides et, à la fin du dîner, l'Empereur porta un toast à « l'union si heureusement établie entre les souverains ». Tout était à la concorde, à la joie de la paix, à l'espérance en l'avenir. Avec l'ennemi de la veille les relations s'étaient faites franchement amicales ; les Russes ne demandaient qu'à venir reprendre leur place au banquet parisien, leurs hommes politiques se félicitaient du nouvel état de choses: (( Voilà une belle paix, éi-rivait le général duc de Mortemari, commandant la division de Bourges, au maréchal de Castellane, voilà une belle paix, et ce dont je puis vous assurer, c'est que mon vieux voisin de tente pendant la guerre des Balkans de 1828, le comte Orlotf, est dans l'enlhousiasmedc notre empereur. Je le déclare rarjjitre du juste et du vrai dans le monde. »

Après les hôtes de marque, les hôtes royaux. Au commencement de mai arrivait le roi de Wurtemberg (|iii était logé au pavillon de Marsan, dînait en pompe elle/. l'Enipercur, et au Palais-Uoyal chez son beau-frère

le roi Jérôme. Promenades dans Paris, galas. Le jour même où le Roi fêté rentrait dans ses Etats, la Cour s'installait à Saint-Clou d.

C'était la première fois que l'enfant impérial sortait de la capitale... La cérémonie du baptême devait avoir lieu en grande pompe à Notre-Dame le i^ juin. « La paix signée sur le berceau d'un enfant » suivant le mot du maréchal Pelissier au ministre de la Guerre, était d'un bien heureux présage ; en Crimée, Russes et Français devenaient de véritables frères d'armes. De la lutte opiniâtre et sévère il semblait qu'on ne voulût garder — répudiant toute animosité persistante — que les souvenirs d'héroïsme et de valeur.

Et ce n'est pas un fait fréquent dans l'histoiie des guerres que cette réconciliation immédiate et sur place. Dès le i3 avril — le traité de paix n'est pas encore promulgué au Moniteur, — le général Luders, commandant en chef des troupes russes, allait trouver les commandants en chef des troupes alliées au pont de Traktir et les conduisit sur la hauteur d'où ils assistèrent à une revue de lo.ooo hommes sur le plateau de Makenzie. Après la revue, grand banquet offert par le général Luders aux deux chefs d'armée.

A cet acte de courtoisie il fut répondu comme il convenait par le maréchal Pelissier et le général Codrington, nouveau commandant en chef des troupes anglaises et, le 17 avril, à gauche du col de Balaklava, eut lieu par un temps magnifique une revue de loo bataillons, de 3o escadrons de cavalerie, de 200 bouches à feu. « Le maréchal Pelissier, écrit le général Fay dans ses intéressants Souvenirs de la guerre de Crimée, fit au général Luders les honneurs de ces magnifiques troupes qui avaient si vaillamment combattu, et qui, avec leurs vêtements usés et rapiécés, étaient cependant aussi présentables qu'un jour de parade en garnison. Derrière les généraux en chef galopait un groupe considérable

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(l'olTiciers <le toutes les armées offrant le spectacle le plus pittoresque. Les drapeaux français, noircis par la poudre, déchirés paj'les projectiles russes, s'inclinaient successivement devant le général naguère notre ennemi, aujourd'hui les saluant avec respect, et applaudissant ceux qui n'avaient arraché au combat que la hampe et quelques lambeaux. Après le défilé, l'armée anglaise forte de So.ooo hommes d'une admirable tenue, fut présentée à son tour par le général Codrington au général en chef de l'armée russe. »

L'année se termina par la visite, au mois de décembre, d'un prince à la venue duquel Napoléon III attachait beaucoup d'importance.

Frédéric-Guillaume de Prusse, régent, plus tard roi de Prusse après son frère Frédéric-Guillaume IV dont la santé était plus que précaire, était attendu avec empressement. Celui qui, adolescent, avait envahi la France en i8i4, qui, vieillard, devait l'envahir de nouveau en 1870, avait des manières charmantes et il fit très bonne impression. Nul n'était plus empressé auprès de l'Empereur, qui d'ailleurs se montrait fort aimable à son égard, croyant trouver en lui un auxiliaire précieux pour le jour où il pourrait mettre à exécution son projet d'aider le Piémont à se libérer du joug de l'Autriche ; nul n'était plus galant près de l'Impératrice que ce prince de près de soixante ans qui avait les vieux usages de cour et se montrait à la fois très prince, très militaire plein de simplicité aussi et de courtoisie.

Le prince Napoléon, le 11 décembre, reçut en grande pompe à la gare du Nord le prince Guillaume qui arrivait d'Osborne, et que le colonel de 'l'oulongeon, aide de camp, et le comte de Hiencourl, écuycr de l'Empereur, avaient été chercher à Calais. Quatre voitures de la Cour et un escadron de Guides conduisirent le prince et son escorte ;ui pa\ilIon de Marsan où il

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devait être l'hôte de TEmpereur. Dîner le soir même en son honneur aux Tuileries. Le surlendemain dans la cour du château, aux côtés de Napoléon III, le prince passait en revue plusieurs régiments ayant fait la campagne de Grimée, tandis que l'Impératrice accompagnée de sa maison se tenait au balcon de la salle des Maréchaux. Et les témoins de cette revue se rappellent le Prince Impérial sortant des Tuileries en voiture dans les bras de sa nourrice passant devant le front des troupes qui le saluaient de leurs acclamations.

Pendant les deux jours passés à Fontainebleau par le prince de Prusse, il y eut revue des troupes de la garnison et chasse à courre. Le 17, nouvelle revue, sur la place du Carrousel, de la garde impériale. L'Empereur porte le grand cordon de l'Aigle noir, il a auprès de lui les maréchaux Magnan, de Gastellane, Baraguey d'Hilliers, Pélissier, Canrobert et Bosquet, le marquis de Villamarina, ministre de Sardaigne, les généraux prussiens. Au balcon des Tuileries, malgré le froid, se tient l'Impératrice ayant à ses côtés lady Covley, la comtesse de Hatzfeldt, née Gastellane et femme du ministre de Prusse. Le soir même, le comte et la comtesse de Hatzfeldt donnaient en l'honneur du prince un dîner de gala auquel étaient conviés les maréchaux. Le maréchal de Gastellane dans son Journal traçait ce portrait : « Le prince de Prusse cause bien et volontiers ; il s"est entretenu militaire de manière à faire voir qu'il savait son métier et qu'il l'avait étudié ; il est grand, blond, joli garçon, très poli, il a des manières distinguées, chacun en fait l'éloge. »

Le lendemain, bal aux Tuileries dans la salle des Maréchaux, suivi d'un souper dans la salle de spectacle. Le 19, le prince Guillaume visitait l'École de Sainl-Gyr, assistant aux manœuvres du jour, passant ensuite en revue les élèves officiers et le soir allait applaudir la Rosali dans le Corsaire.

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Les deux derniers jours, le prince dîna aux Tuileries, passant la seconde partie de la première soirée avec les souverains à la Gomédio-Franraise. Il ne tarissait pas d'éloges sur les attentions dont il était l'objet ainsi que les membres de la légation de Prusse. Sur le second dîner nous avons Topinion de la comtesse de Hatzfeld écrivant à son père, le maréchal de Castellane : « Nous avons été invités à dîner aux Tuileries ; on nous a gardés jusqu'au moment du départ du- prince pour le chemin de fer. Tl a quitté Paris et je crois qu'il était content de ce qu'il a vu ; du reste, on est fort content de lui. Les hommes et mon mari sont partis, et puis l'Empereur, après s'être longtemps consulté avec l'Impératrice, est venu dire qu'on mette une table pour faire une loterie. Il y avait des lots magnifiques, et ce qui n'était pas tout à fait du hasard, j'ai gagné un charmant bracelet en or avec « souvenir » écrit dessus en diamants. C'était une très aimable façon de me faire un présent. On ne peut pas avoir été plus charmant qu'ils l'ont été tous les deux pour nous en cette occasion, car, tout en étant ti'ès poli, on pouvait bien ne pas nous voir autant. »

L'Empereur voulait être très agréable au prince de Prusse pour les raisons déjà dites, et le prince s'était montré charmant. De plus. Napoléon III appréciait sincèrement la fille du maréchal de (castellane qui s'employait tant qu'elle pouvait à opérer un rapprochement sincère entre ses deux patries. Beaucoup ont cru, ont répété que la retraite, puis la mort du comte de Hatzfeld avaient été un grand malheur, puisqu'il aurait fait, a|)pnyé par sa femme, tout au monde pour empêcher une rupture entre la France et la Prusse. Ceux-làoublientque s'il avait été ministre aux environs de 1869, le comte de Bismai'ck aui-ait passé par-dessus sa tête comme il passa sur celle d(^ M. de (iollz, prédécesseur de M. de Werther.

Entre les réjouissances de la paix el le baptême du prince Impérial, une ombre au lumineux tableau du printemps de i856.

Le 3i mai des nouvelles sinistres arrivaient des bords du Rhône. Inondations terribles 1 A Lyon plusieurs quartiers sont menacés d'une ruine complète, les Brotteaux, la Guillotière, les campagnes voisines sont sous Teau ; la vallée du Grésivaudan, au-delà de Grenoble, la plaine de Vaucluse, les faubourgs d'Aix, sont submergés, la Camargue n'est plus qu'un lac. L'Empereur est parti le lendemain même de Saint-Cloud, pour aller présider en personne à la distribution des secours. Il est accompagné des généraux Miel et Fleury, ses aides de camp, de M. Kouher, ministre des travaux publics, de M. de Franqueville, directeur des Ponts et Chaussées, du capitaine de Puységur, officier d'ordonnance ; quatre cent-gardes pour toute escorte.

L'Empereur, qui a couché à Dijon, arrive à Lyon à lo heures et demie. Il est en uniforme. Le maréchal de Castellane, gouverneur, et le sénateur Vaïsse-, chargé de l'administration du département, le reçoivent à la gare. Déjeuner rapide à Ihôtel de l'Europe. A ii heures et demie, l'Empereur et sa suite militaire sont à cheval. Un aide de camp du maréchal de Castellane et une petite escorte précèdent le souverain. L'Empereur marche lentement au milieu des quartiers inondés, il arrive aux Brotteaux, à la Guillotière. Il est là au milieu de 60.000 ouvriers, de leurs femmes et de leurs enfants, victimes du terrible fléau. On l'entoure, on l'acclame, tandis que lui, pâle d'émotion, puise sans discontinuer dans deux sacoches pleines d'or, attachées à Tarçon de la selle... Et quand les sacoches sont vides, car il distribue sans trêve, l'officier d'ordonnance rapporte d'autres sa-

coches. Il ne fait pas que donner de l'arf^ent, ce sont aussi des paroles d'encouragement, des promesses pour l'avenir — promesses qui seront tenues. — Partout sur son passage des ovations sans fin, des cris de: « \"\\e l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Vive le Prince Impérial ! Vive le Père du Peuple ! » Les plus endurcis, les plus hostiles au gouvernement se sentent émus ; même ceux qui luttent le plus contre eux-mêmes sont gagnés, vaincus par cette attitude courageuse et simple à la l'ois. « Jamais, écrit le maréchal de Castellane, on ne vit pareille ovation. » Le soir, à son retour du camp de Sathonay, chaque fois que l'Empereur se met à la fenêtre, c'est un enthousiasme indescriptible, un tonnerre d'applaudissements.

L'Empereur quitte Lyon le 3 juin et continue son voyage. Dans Valence inondée, c'est sur le dos d'un portefaix qu'il arrive à la mairie... Entre Orange et Avignon, la voie du chemin de fer est coupée par les eaux... L'Empereur et ses aides de camp montent sur une mauvaise embarcation et parcourent ainsi une immensité liquide... Sur le parcours les rames se heurtent parfois au sommet d'arbres fruitiers, ou au toit d'une maison.

Les autorités d'Avignon sont venues à sa rencontre en bateau. L'embarcation sur laquelle il fait son entrée est si petite que seuls le maire et le rameur trouvent place aui)rès de lui.

« Le spectacle si pénibhî que nous avions rencontré sur notre route, a écrit le général Fleury \ était rendu plus navrant encore lorsque nous vîmes à Avignon des quartiers ensevelis sous l'eau jusqu'au premier étage ef, dans d'autres, une foule de maisons dont on n'apercevait plus ([ue la loiture. Les femmes, les enfants dans leurs bras pleuraient. Les hommes, inertes, impuis-

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