‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 68 sur 84 · m'ral coiiitc Flvvuy, Soiireiiira · texte numérisé non relu

m'ral coiiitc Flvvuy, Soiireiiira

LE CONGRES. LA NAISSANCE DU PRLNCE L\IPERL\L ■JÎA

sants à combattre la ruine et le fléau, semblaient des statues de la douleur. L'Empereur, attendri, se tenait debout dans sa barque, donnant des poignées de main aux malheureux inondés, bénissant le prince qui venait, au péril de ses jours, partager leurs dangers et leur affliction. »

L'Empereur pousse jusqu'à Arles, dont il visite les quartiers inondés, et, sa distribution faite de secours et de consolations, il rentre à Lyon par Avignon et V^alence, Son bel exemple stimule le zèle et le dévouement des fonctionnaires comme des soldats. Ceux-ci l'acclament en même temps que la population, alors qu'il passe en revue les troupes réunies sous le commandement du maréchal de Castellane. « Vive l'ami, vive le bienfaiteur du peuple ! » sont les cris répétés qui alternent avec celui de vive l'Empereur. — Journées d'émotion intense qui laissèrent un souvenir ineffaçable. Grâce à la présence immédiate de l'Empereur, grâce à sa générosité et à son exemple, les secours furent plus vite répartis, le fléau endigué... Rentré le 5 juin à Saint-Cloud, Napoléon III y trouve l'adresse émuedela ville de Lyon.

« Sire, c'est dans votre cœur que vous avez trouvé l'heureuse inspiration de venir visiter nos soutTrances. Naguère vous disiez aux Lyonnais de vous aimer. Aujourd'hui vous êtes venules y contraindre. Vous avez conquis les âmes les plus froides, on ne peut pas faire un pas, dans nos rues, sans entendre bénir votre nom, sans être ému des expressions vives et touchantes que trouvent la reconnaissance des malheureux et l'admiration de tous. »

A peine Napoléon III est-il rentré à Saint-Cloud qu'il apprend que la Loire, elle aussi, vient de faire des ravages, qu'à Orléans, à Amboise, à Blois, à Tours les désastres sont immenses. Le 6 au matin, l'Empereur part accompagné de M. Rouher, des généraux Niel et Fleury ; il apporte des secours personnels dans les villes

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inondées; partout sa présence produit une impression profonde, son arrivée inattendue inspire une gratitude spontanée. L'Empereur n'iiésitait jamais à payer de sa personne dans les catastrophes publiques. Le général Fleury, qui l'accompagnait la plupart du temps comme premier écuyer chargé de toute l'organisation des voyages, fait ces réflexions à propos de ces excursions rapides en pays inondé : « C'est toujours avec émotion que je me reporte aux péripéties de ces pointes hardies et généreuses que l'Empereur savait si bien faire lorsqu'il s'agissait de payer de sa personne et de répandre des bienfaits. Ce n'est pas la recherche d'une vaine popularité qui le guidait. Quel prince était plus populaire à cette époque? Non, c'était l'amour du bien, c'était l'élan de son cœur qui le guidait. »

Vision de splendeur, de solemiité religieuse, de puissance monarchique, telle fut la cérémonie du baptême du f^rince Impérial, le i5 juin. Le premier sacrement donné dans un cadre admirable au fdleul du Saint-Père, au fils de l'Empereur, on peut deviner l'émotion qui saisit l'âme de tous ceux admis à assister à cette solennité. Les comptes rendus officiels, les dithyrambes, les témoignages officiels abondent et les fastes les plus connus ne sont sans doute pas ceux sur lesquels il faille le plus s'attarder. Tout au plus veut-on fixer quelques points, donner quelques détails sur une cérémonie dont la semblable depuis tantôt cincpiante-cinq ans ne fut pas donnée en pays de France et dont on ne saurait guère de longtemps entrevoir le renouvellement. Au moins s'y intéresseront les quelques survivants d'entre les invités et ceux qui, par tradition et par louable opinion, aiment à connaître les grands jours d'antan.

Le baptême ne doit avoir lieu à Notre-Dame qu'à

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6 heures du soir. Plusieurs heures avant, Ies4-ooo invités ont pénétré dans la cathédrale resplendissante de lumières bien qu'il fasse grand jour. Il y a pour les assistants une impression d'éblouissement et de surprise à la fois ; c'est fantastique ,en même temps que religieux. Devant les yeux chatoient, sous le pLifond aux abeilles d'or, les oriflammes des grandes villes qui descendent du haut des colonnes, les tentures de velours rouge sous les voûtes peintes en bleu et parsemées d'étoiles d'or. Les hommes sont tous en uniforme, les femmes en robes décolletées avec voile de dentelle sur les épaules. Au fond du chœur, dans le ruissellement de mille bougies qui font comme un nimbe d'or en fusion, sur une estrade, en mitre et en habits pontificaux se tiennent tous les archevêques et évêques de France.

Tu es Petriis est entonné par la musique au moment où le cardinal Patrizzi, légat du Pape, parti des Tuileries à 4 heures et demie, fait son entrée dans la basilique etestreçu avec les mêmes honneurs que recevrait le Pape, parrain de l'enfant impérial, et qu'il représente, L'Empereur, l'Impératrice, le Prince Impérial sont sortis à 5 heures des Tuileries... Sur tout le parcours doubles haies de la garde impériale et de la garde nationale; la cavalerie est massée sur la place de la Concorde.

Le cortège va suivre le jardin des Tuileries, la place de la Concorde, la rue de Rivoli, le pont et la rue d'Arcole, la place de Notre-Dame. En voici l'ordre :

La musique du i*^' carabiniers, le général Korte et son état-major, deux escadrons du i*^'' carabiniers avec son colonel, deux escadrons du u'^ dragons avec le colonel et la musique ; deux escadrons des Guides, avec également le colonel et la musique en tête.

Puis huit voitures à six chevaux suivies chacune de deux gansons dattekige. Dans les six premières se trouvent : une dame du palais de l'Impératrice, la dame

d'honneur de l;i grande duchesse Stéphanie de Bade, un chambellan de l'Empereur, un chambellan de l'Impératrice, la grande maîtresse de sa maison (la princesse d'Essling), sa dame d'honneur (la duchesse de Bassano), les grands officiers de la couronne ; quatre piqueurs de l'Empereur précèdent la septième voiture qui contient la princesse Mathilde et la princesse Marie de Bade, duchesse de Hamilton ; dans la huitième se trouvent la grande duchesse Stéphanie de Bade, le roi Jérôme, le prince Napoléon, le prince Oscar de Suède. Maintenant voici, précédés par six piqueurs de l'Empereur, deux splendides carrosses de gala attelés chacun de huit chevaux menés en main par des garçons d'attelage.

Dans le premier de ces carrosses — celui qui a servi au mariage de Napoléon I"' et de Marie-Louise — l'amiralc Bruat, gouvernante des enfants de France, tient dans ses bras le petit Prince Impérial couvert d'un manteau doublé d' hermine ; à ses côtés Mmes Bizot et de Brancion, sous-gouvernantes, et la nourrice ; les maréchaux Canrobert et Bosquet, un aide de cam[), l'adjudant général du palais, un écuyer, un officier d'ordonnance sont aux portières. Derrière, tous les écuyers de l'Empereur.

Vient en dernier lieu le magnifique carrosse, embelli de peintures, ayant servi au sacre de Charles X, et qui vient d'être redoré et orné des armes impériales : il est traîné par huit carrossiers bai brun, lesplus beaux qu'on puisse voir en Eui'ope. A travers les glaces, toute la population vibrante d'enthousiasme peut voir l'Empereur en uniforme de général de division (il a la culotte courte Idanche et les bas de soie); l'Impératrice est en sonij)lu(Hise loiletle blanche, le Bégenl placé au milieu du diadème.

Aux i)ortières : les maréchaux Magnan, Baraguey d'Hilliers, de Castellane ; le général Regnaud de Saint- .lean d'Angély,comuiaudanl la g;u'de im[)ériale ; le gêné-

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rai de Lawœsline, commandant la i^arde nalionale; le général Fleury, premier écuyer ; l'aide de camp de service ; derrière, les aidesde camp et officiers d'ordonnance, l'escadron des cent-gardes, deux escadrons de cuirassiers de la garde, deux escadrons de l'artillerie à cheval de la garde, deux escadrons de cuirassiers de la ligne, deux escadrons du 2** régiment de carabiniers...

Au bruit du canon, sous des tempêtes d'acclamations, le cortège est arrivé au parvis de Notre-Dame, lequel est jonché de feuillage et de fleurs, piqué de mâts et de bannières aux armes du souverain. A peine si les huit chevaux peuvent faire avancer le massif carrosse qui porte les souverains tant il a été jeté de sable sur la place ; un instant les valets de pied sont obligés de se mettre aux roues...

L'archevêque de Paris a reçu l'Empereur et l'Impératrice au portail principal et leur a présenté l'eau bénite. Les souverains baisent la croix, puis sont conduits jusqu'à leur prie-Dieu sous un dais soutenu par des chanoines. Les dames du palais désignées pour porter les honneurs les prennent de la main d'un aide des cérémonies sur la table où ils ont été déposés. Les honneurs du parrain et de la marraine sont portés : le bassin par la comtesse de La Bédoyère, l'aiguière par la comtesse de Rayneval, la serviette par Mme de Saulcy ; la comtesse Gustave de Montebello portera le cierge, la baronne de Malaret, le chrémeau, la salière est donnée à la marquise de la Tour-Maubourg.

Au centre de la croisée, on a dressé une estrade entourée d'une balustrade et ouverte du côté de la nef. Sur cette estrade on a placé l'autel élevé de trois marches à l'entrée du sanctuaire ; en face de l'autel, on a placé le trône de l'Empereur et de l'Impératrice avec prie-Dieu, élevé de trois marches; les fonts baptismaux, élevés d'une marche se trouvent entre le trône et l'autel. Le vase du baptême en cuivre damasquiné passe

pour être celui que Saint-Louis avait rapporté de Palestine. Le trùne du cardinal-légat, élevé de deux marches à l'entrée du sanctuaire, fait face à l'autel et au trône impérial. En arrière, un fauteuil pour l'archevêque de Paris, des sièges pour les archevêques, les évêques, les membres titulaires du chapitre métropolitain. A droite et à gauche du trône des souverains sont rangé? des sièges avec carreaux pour le Prince Impérial porté par l'amirale Bruat, pour la grande duchesse Stéphanie de Bade qui représente la reine de Suède, pour le prince Oscar de Suède (le futur Oscar II, roi de Suède, mort il y a trois ans), pour les princes et princesses de la famille de l'Empereur. A gauche, du côté de l'Évangile, des sièges sont placés pour les cardinaux. L'Empereur et l'Impératrice sont arrivés à leur trône et s'agenouillent à leur prie-Dieu tandis que le cardinal-légat entonne le Veni Creator exécuté par l'orchestre. Il est ensuite procédé au baptême, et la gouvernante, amirale Bruat, remet le Prince Impérial entre les mains de l'Empereur. Un aide des cérémonies s'est avancé au milieu du chœur et crie par trois fois: « Vive le Prince Impérial ». L'Empereur se tient debout, son fils dans les bras, et il le présente à l'assistance; dans un geste plein d'émotion tendre et joyeuse. L'orchestre joue le Vivat composé j)ar Lesueur pour le roi de Rome ; c'est un moment solennel ; toute l'assemblée vibre à l'unisson des souverains et les voûtes antiques retentissent d'une immense acclamation... C'est un véritable éblouissement pour les yeux et pour les oreilles,

L'enfant impérial est reconduit aux Tuileries dans une voiture à huit chevaux précédée d'un escadron de Guides. Le cardinal-légat'entonne le Te Deiim, puis le Domine salviini far impcratorem et au nom du Saint- Père donne la bénédiction solennelle qui termine l'imposante cérémonie.

L'archevêque de Paris, que précède le chapitre

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métropolitain, reconduit l'Empereur et l'Impératrice jusqu'à la porte de la cathédrale. Le cortège impérial traverse le pontd'Arcole, se rend à THôtel de Mlle pour assister au banquet offert par le Conseil municipal.

Quatre cents convives réunis dans la salle des fêtes : les archevêques et évêques, les hauts dignitaires de rÉlat, les chefs de corps, les officiers de la couronne, beaucoup de dames. D'une table plus élevée où ils sont entourés des princes et princesses, les souverains voient toutes les tables dressées pour les autres convives cependant que successivement plusieurs orchestres se font entendre. Soirée radieuse oii l'Empereur et l'Impératrice, après la solennité du jour, reçoivent de nouveaux et ininterrompus témoignages d'enthousiasme. C'est au milieu d'ovations sans lin que se fait la rentrée aux Tuileries. Le retour devant s'etfectuer au trot, le général Fleury a fait remplacer les voitures à six et à huit chevaux par des berlines de demi-gala, c'est-à-dire vertes et à train doré. Dans ses Mémoires, le grand écuyer de Napoléon III a expliqué le pourquoi de cette modification très pratique, ayant soin d'exposer : « Rien d'ailleurs de plus richement élégant que ces belles berlines à glaces, éclairées intérieurement, et livrant l'Impératrice et les princesses resplendissantes de diamants à l'admiration de la foule. Ces berlines à quatre lanternes, menées par d'énormes cochers, montées derrière par quatre valets de pied, traînées par des carrossiers gigantesques, ne le cédaient en rien aux grands carrosses dorés, menés au pas cadencé... » '

1. Général comte Fleury, Souvenirs, t. I. Duc de Conegliano, La Maison de l'Empereur. Baron de Saint-Amand, La Cour du Second Empire. Papiers des grands officiers de la Couronne. Relations officielles, etc.

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