CHAPITRE VIII RÉSIDENCES IMPÉRIALES
Séjours à Fontainebleau sous la Présidence et au début de l'Empire. — Premières séries d'invités. — Le comte de Hiibner. — Le peintre Isabey. — Le grand duc Constantin. — Le roi Maximilien de Bavière. — Compiègne au début de l'Empire. — Portraits et anecdotes. — Chasse à courre. — Biarritz. — Mme Octave Feuillet à Compiègne.
« Voilà la vraie demeure de.s rois, la maison des siècles », disait Napoléon à Sainte-Hélène en parlant du château de Fontainebleau. Pour cette demeure royale où cependant avait sombré son oncle, Napoléon III ressentait une mystérieuse attraction. Dès son accession au pouvoir, le Prince-Président viendra avec quelques amis au printemps ou à l'automne se reposer à Fontainebleau et y réimplanter les vieilles traditions monarchiques de la vénerie.
D'historique proprement dit de cette admirable demeure des Valois restée intacte et que n'a pas ternie le souffle des révolutions, il ne saurait être question ici. Tout au plus, d'après les impressions des contemporains, veut-on donner un aperçu de ce que là fut la vie de Cour, avant et sous l'Empire.
Le jeudi 1 1 novembre i852, le Prince-Président quit-
lait Sainl-GIoud pour Fontainebleau où il devait résider quelques jours avec un certain nombre d'invités. L'Empereur arrivait accompagné de M. Fould, ministre d'Etat, du général comte Roguet, premier aide camp, du duc de la Force, sénateur, du général Vaudrey, gouverneur des palais impériaux, du lieutenant-colonel Fleury, premier écuyer, du baron de Pierres, écuyer.
Adulations dithyrambiques à l'arrivée du Prince, discours enthousiaste du maire d'Avon à la descente'du train. Dans la cour de la gare était rangé le 6'' régiment de hussards commandé par le colonel Edgar Ney. A l'entrée de la ville on avait élevé un grand arc de triomphe devant lequel s'arrêta le cortège. La ville de Fontainebleau avait alors pour maire le général comte Héraclius de Polignac, qui, malgré sa proche parenté avec le dernier ministre de Charles X, n'hésita pas à prononcer un discours très flatteur. Il terminait ainsi : « Aujourd'hui, Monseigneur, la ville de Fontainebleau ne forrne plus qu'un seul vœu, c'est qu'après avoir été la dernière à saluer l'Empire, elle soit des premières à saluer Napoléon III empereur ! » — L'allocution de l'archiprêtre Charpentier fut plus lyrique encore : « ... Votre avènement à la couronne impériale sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie, et le jour où sa voix reconnaissante aura placé le diadème sur votre auguste front, l'Église entonnera un hymne de bonheur et d'espérance ^ ! «
Foule immense, théorie de jeunes fdles vêtues de blanc et offrant au Prince des corbeilles de fruits et de fleurs, bouquets pleuvant par les fenêtres, enthousiasme indescriptible, rien ne manqua pendant le trajet. A 4 heures seulement, le cortège arriva devant la grille du. ch;\leau. Après avoir traversé la célèbre cour des
1. Moniteur officiel; Journal de Fontainebleau ; Journal du maréchal de Castellane. I.Miii.nr dk Sant-Amand. Louis Napoléon et Mlle de Monlijo.