‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 70 sur 84 · RÉSIDENCES IMPÉRIALES · texte numérisé non relu

RÉSIDENCES IMPÉRIALES

Adieux, le Prince gravit l'escalier du fer à cheval et se retira dans ses appartements — ceux qu'avait habités Napoléon P'.

Le lendemain, arrivée des invités. Parmi eux, la princesse Mathilde, le prince Napoléon, le général de Saint- Arnaud, ministre de la Guerre et Mme de Saint- Arnaud, M. Drouyn de Lhuys, ministre des Affaires étrangères et Mme Drouyn de Lhuys, l'ambassadeur d'Angleterre et lady Cowley, M. de Maupas, ministre de la police, le général et Mme Magnan et l'une de leurs filles, la marquise de Conlades, tille du maréchal de Castellane, enfin la comtesse de Montijo et sa fille — dont personne alors ne prévoyait le destin pourtant si proche.

« Le soir, écrit, le i4 novembre, Mme de Conlades à son père, il y a eu grand dîner et réception des dames du pays, et ensuite nous avons été prendre le thé chez la princesse Mathilde. Hier matin, après déjeuner, nous sommes partis en poste pour la chasse. Au rendez-vous, nous sommes montés à cheval et nous avons fait une très belle course dans la forêt. A 4 heures, le cerf était hallali à l'eau. C'était un très beau coup d'oeil; la forêt était pleine de monde, ils criaient tous à qui mieux mieux : « Vive l'Empereur ! » Il a été admirablement reçu ici. La ville entière est pavoisée; l'arc de triomphe est charmant ; il a été dessiné par des artistes qui habitent Fontainebleau. Hier soir sont arrivés M. et Mme Bineau et Mme Abbatucci. M. de Saint-Arnaud est assez souffrant de l'estomac... Le château est admirablement beau. Nous avons dîné hier dans la galerie du Primatice qui est restaurée à neuf. Elle était éclairée «^/o/vîo. Impossible de voir un plus beau coup d'œil. Le Prince se porte à merveille ; il est très gai et si bon et si facile à vivre qu'il ne tiendrait qu'à chacun de nous de se croire chez soi. Tout cela sans que jamais personne soit tenté de prendre la moindre familiarité avec lui. »

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Le dimanche i-',, on enlondil la messe dans la chapelle de la Sainle-Trinilé bàlie ])ai' François l""", sur l'emplacement de l'oratoire de saint Louis. Entre les colonnes de Tautel, apparaissent, dans des niches, les statues en marbre de Charlemagne et de saint Louis, et au-dessus quatre anges en bronze qu'on attribue à Germain Pilon. Au-dessus de l'autel, deux anges qui supportent les écussons de France et de Navarre. En face, la tribune aux armes des Bourbons et des Médicis. C'est dans cette chapelle où eut lieu le mariage de Louis W, et de Marie Leczinska, que le lo novembre 1810 avait été baptisé le Prince-Président.

La comtesse Eugénie de Monlijo avait suivi la chasse avec ardeur. Comme le i4 novembre était la veille de sa fêle, le Prince lui oflVit le soir un bouquet. 11 lui lit cadeau en même temps du cheval qu'elle avait monté la veille. Pendant quatre jours, Louis-Napoléon témoigne à la jeune Espagnole les égards les plus empressés, mais sans aucune atrectation et nul ne put soupçonner qu'il eût l'intention de demander prochainement sa main.

Avant de quitter Fontainebleau, le Prince fit de très grandes largesses aux pauvres. Il visita la maison des sœurs, l'école des frères, l'hospice, l'orphelinat et donna 200.000 francs sur sa cassette particulière pour la reconstitution de l'église paroissiale.

L'ambassadeur d'Autriche-IIongrie, le baron, depuis comte de lliibner, donne sur le séjoiu' d'automne de la Coui' à l'cMitainebleau. en novembre i8."")o, quel(|ues ilétails intéressants.

« Lundi \\ novembre. — Départ pour Fontainebleau par le train de 3 heures en compagnie de Drouyn de Lhuys. Il faisait presque nuit lorsque nous arrivAmes dans le plus riche et le plus fantastique de tous les châteaux des rois de France. A 7 heures et demie, les invités se réunissent dans les salons de l'Impératrice. Dans une de ces jùères, Louis Xlll a vu le jour.

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« Nous sommes fort nombreux : la grande duchesse Stéphanie de Bade ' avec Mlle de Mentzingen, jadis une beauté hors ligne; la princesse Maihilde, baron- et baronne de Seebach, le comte de Mollke, lord et lady Ely, le prince et la princesse Joseph de Caraman-Chimay •', M. Drouyn de Lhuys, M. et Mme Troplong, « Leurs Altesses » le baron et la baronne de Chassiron^ membres de la famille civile de l'Empereur, le peintre Gudin et sa femme, M. Thouvenel, M. de Lesparre •^, malheureusement sans sa charmante et jolie femme. Les charges de cour sont représentées par le duc et la duchesse de Bassano, le maréchal Vaillant (comme grand maréchal), et son substitut, le général Rollin, chargé de faire fonctionnel' la machine ; enfin par l'introducteur des ambassadeurs comte Baciocchi; la jeunesse dorée de la présidence par Edgar Ney, Fleury, Toulongeon.

'< En fait de grands seigneurs « du pays » il n'y a que le duc de BaulTremont. N'oublions pas un évêque et Isabey, célèbre peintre de la cour de Napoléon P', fils du peintre de ce nom attaché à la cour de Louis XVI ^\ Il compte maintenant quatre-vingt-dix ans et l'Empereur m'assure qu'il a fait le portrait de la reine Marie-

1. Née de Beauharnais, nièce à la mode de Bi-elagne de Joséphine, fille adoplive de Napoléon, veuve du grand-duc de Bade.

2. Ministie de Saxe; la baronne de Seebach était née Nesselrode ; leur fille épousa le comte de Moltke-IIvitfeld, ministre de Danemark.

3. Née de Montesquieu. Le prince, devenu prince de Chimay, fut longtemps après ministre des Affaires étrangères en Beigi([uc ; père de la comtesse (îrelïulhe.

4. La baronne de Chassiron était née princesse Murât et était la sœur des princes .Joachim, Lucien et Louis Murât et de la futui'C duchesse de Mouchy. Elle n'eut jamais de rang à la Cour où elle n'était que médiocrement vue ; nullemeut traitée en Altesse, quoi qu'en dise Ilidjner.

.">. Duc de Lesparrc, frère aine du duc de (iiamotil, devint général de division. Sa femme était néeSégur. (■). Krrcur. G'esl bien le même Isabev.

Antoinette. Le dîner de quatre-vingts couverts fut servi dans la magnifique galerie de Henri II.

« C'est le triomphe du style de la Renaissance française... Les fresques qui couvrent les murs sont l'œuvre du Primatice, pâle mais noble reflet des créations de Michel-Ange et de Jules Romain. Louis-Philippe a fait restaurer cette galerie '.

«... Une musique militaire trop bruyante et répercutée par le plafond admirablement sculpté, favorise les conversations entre voisins. J'étais celui de la princesse Mathilde que le prince Murât séparait de l'Impératrice, assise à la gauche de l'Empereur qui avait la grande duchesse Stéphanie à sa droite. Après le dîner, Napoléon se retira avec moi dans la salle de Louis XIII, où nous eûmes une longue et intéressante conversation sur les affaires d'Orient. J'eus ensuite l'honneur d'ouvrir le bal avec l'Impératrice. C'était la veille de sa fête. L'Empereur mena les hommes dans sa chambre à coucher et leur distribua des bouquets. Guidés par lui, nous nous rendîmes ensuite processionnellement dans la salle où se tenait l'Impératrice et lui remîmes nos Heurs en défdant devant elle. L'Empereur ne put s'empêcher de l'embrasser tendrement in conspeclu popiili. »

Chacun se retira à ii heures. L'ambassadeur occupe dans rancienne galerie des Cerfs une chambre où se lit une inscription rappelant la fin tragique de Monaldeschi assassiné à cet endroit par ordie de la reine Christine de Suède en 1657 -.

<( Mardi i5. — Tout le monde est persuadé à Fontainebleau que l'Ame en peine de l'infortuné favori de la reine Christine hante ces lieux. L'Impératrice a gra-

1. Cette rcst;im;ition des fresques fut poursuivie avec succt'S pai' M. Alaux, à parlii' de \HM.

2. Sur ce traiçique évéïieineiiL (|ui ensanglanta le palais, il esl d<; curieux récils cotd<'iiiporains, surtout celui du P. Lebel cliari^é de «oiifesser, uudgié lui, l'imprudent amant dont on voulait se débarrasser.

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cieusement offert à l'ambassadeur de changer d'appartement i< ce que, en esprit fort qu'il est, il décline ».

« L'Empereur, l'Impératrice, la princesse Mathilde et un grand nombre d'invités parurent au déjeuner dans le costume de chasse adopté par l'Empereur Napoléon sur un modèle fort en vogue à la cour de Louis XV. Le rendez-vous de chasse était à la Croix-de-Toulouse, à une lieue et demie du château. L'Empereur montait un cheval anglais pur sang, l'Impératrice un cheval blanc d'Andalousie...

« Les autorités du département et tous les ministres venus pour le Conseil de demain ayant été invités au château, nous sommes cent personnes à dîner... Après le festin, la curée, et après la curée, petit bal au son d'un orgue de barbarie manié alternativement par Rollin et Bacciochi, et cela pendant deux heures consécutives. Quelle rude épreuve pour les oreilles ! L'Empereur qui s'aperçut de mon étonnement, me crie : « Je « ne veux pas admettre de musiciens dans les apparte- « ments. Ils racontent ce qu'ils ont vu ou pas vu. Je pré- « fère la gymnastique de Bacciochi. »

« L'Impératrice laissetombersonéventail.Jeme baisse pour le ramasser. « Non, dit l'Empereur, ne faites pas « de la peine à ce jeune homme qui veut faire cet acte « de galanterie. » C'est un petit être, mince, fluet, au regard éteint, au visage pâle et comme momifié, mais agile malgré ses quatre-vingt-dix ans. Il porte les culottes courtes, et, sauf les broderies, l'habit français de la cour de Louis XVI. C'est un oublié de la mort : c'est le peintre Isabey, qui a fait le portrait de la reine Marie- Antoinette. De lui à Monaldeschi, il n'y a qu'un pas. Je commence à croire aux revenants de Fontainebleau. »

L'Impératrice s'est retirée dans un salon attenant à la salle de I.ouisXIII prèsde la grande cheminée qui en fait l'ornement. Au plafond, de belles boiseries. « Cette pièce, ni spacieuse, ni élevée, respire l'ère des Médicis

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elTàge d'or de la Renaissance. Malheureusement Louis- Philippe, zélé et savant, mais pas toujours heureux restaurateur, lui a imprimé le cachet du faux etde l'imilatiou en couvrant les murs de Gobelins modernes avec des sujets empruntés à Thistoire du seizième siècle. Je me suis rapproché de l'Impératrice qui avait réuni auprès d'elle lady Kly, Mlle de Seebach et la princesse de Caraman-Chimay et nous avons eu jusqu'à la fin (le la soirée une conversation des plus animées. »

I^e lendemain dnns la journée il y a séance de laltles tournanles. C'est déjà la mode à cette époque d'évoquer les esprits. Croyants et incroyants s'amusent à ce «jeu » qui avec des intervalles a subsisté jusqu'à nos jours.

« Après le déjeuner, l'Impératrice, lady Ély. la duchesse de Bassano et Mlle de La Tour-Maubourg s'évertuaient à faire agir leur tluide magnétique ou magique sur une petite table ronde qui ne tardail pas à se mouvoir et à frapper de petits couj»s.

(( (Vêtait sa manière déparier. Elle disait: >< Jelrouxc^ «la compagnie choisie mais bruyante ». Si c'est rcsj)ril malin qui inspire les tables, contrairement à sa uni me il a dit vrai. Puis il se mit à radoter et devint tout ;i fail pauvre diable, à la grande déconfiture des ci'oyants. Enfin je le ti'ouvai peu intéressant, et je préférai me mêler à un petit groupe d'hommes dont l'Empereur formait le centre... Il causait beaucoup et bien cl fascinait son petit auditoire composé de Drouyn, Thouvenel et moi p.ir l'oiiginalilé de ses observations et l'élrangeté des avenlines qu'il nous racontait. Quel singulier homme ! (Ju(d nu-lange de contiasies !... »

Ces séjours de la Cour à l-'ontainebleau avaienl lien fTordinaire en juin et juillet et dui-aient un mois ou six semaines. Sui'Iout dans les pi'einières aiméc< cl au iiiilicii de rMin|»ir(', Icsséries yélaicnl assez nombreuses, e((iii|ios(''e< (réléiiieiils plus mondains que ixililicpies et

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l'élégance y était fort grande avec ces charmantes jeunes femmes qui faisaient la parure de la Cour : outre les dames du palais, on y voyait la princesse de Chimay, la marquise de Contades, la princesse Poniatowska, la comtesse Walewska, la marquise de Cadore, la comtesse de Clermont-Tonnerre, les baronne Alphonse et Gustave de Rothschild, la baronne de Vatry, plus tard la comtesse Edmond de Pourlalès, la marquise de Galliflet, la princesse de Metternich avec son entrain, sa gaîté et ses toilettes sensationnelles, la jeune princesse Anna Murât.

A Fontainebleau comme à Gompiègne, jusqu'au déjeuner liberté absolue. On se réunissait avant le déjeuner et avant le dhier dans le salon Louis XIII donnant sur la cour ovale, puis on passait dans la galerie Henri II qui servait de salle à manger, après que la salle des gardes eut été délaissée.

La salle Henri II très éclairée et très vaste était fort agréable surtout pendant les grandes chalevu's. On passait la soirée dans le salon Louis XIII et dans les salles Saint-Louis.

Ces salons, tous très beaux et remplis d'objets d'art précieux, qui avaient servi de théâtre aux plus grands événements historiques, étaient assez sombres el peu agréables à habiter. Pour se rendre dans les jardins réservés il fallait descendre après le déjeuner et le dîner l'escalier extérieur qui de la salle des gardes menait dans la cour de la Fontaine et traverser toute celte cour. Le cabinet de l'Empereur donnait sur le jardin de l'Orangerie, c'était donc pour lui un véritable voyage que de se rendre au jardin anglais. '< L'Impératrice eut la très heureuse idée de créer au rez-de-chaussée de 'aile Louis XV sous les appartements du Pape une suite de pièces qui rendirent pour les souverains les séjours de Fontainebleau pendant la belle saison, aussi agréables que possible. »

D'abord un premier salon qu'on trouvait dans la galerie conduisant au théâtre. On y voyait le grand tableau de Winterhalter représentant l'Impératrice et ses dames qui est maintenant à Farnborough. Quittant ce salon, on entrait à gauche dans une pièce Louis XVI tendue en gourgouran vert ; les meubles de fond étaient anciens. On y avait mêlé suivant le goût du jour nombre de petits meubles modernes, de paravents, de tables et de sièges confortables ; dans un angle de cette pièce l'Impératrice s'était organisé un petit salon personnel avec de (juoi lire, écrire, travailler à Faiguille ; elle s'y plaisait infiniment et aimait à y rester le plus possible. Par deux portes vitrées on sortait de ce salon par un perron de peu de marches, et on se trouvait dans le jardin anglais. Vers 1860, à la suite de ce salon et à l'angle du pavillon Louis XV, on organisa la salle du Musée Chinois, où, dans des vitrines, se trouvaient les objets offerts à l'Empereur par le corps expéditionnaire de Chine. Dans ce salon se trouvait le traditionnel piano mécanique qui permettait parfois de danser.

Le cabinet do travail de l'Empereur avait été aménagé à droite du dit salon faisant vestibule. Napoléon III s'y plaisait beaucoup; il n'avait qu'à ouvrir une portefenêtre pour se trouver dans le jardin. Souvent on l'y voyait, seul, coilfé d'un chapeau de paille, fumant sa cigarette, s'asseyanl à l'ombre ou, s'embarquant sur une petite périssoire, faisant le tour de la pièce d'eau en rarnant. Un jour, raconte le duc de Conegliano, lEmpereur avait emmené avec lui M. Hillault, ministre d'Etat, et celui-ci, sur le périlleux petit bateau, n'était rien moins <jue rassuré. Une auti-efois, étant seul, l'Empereur chavire; très bon nageur, il fut bientôt sur la rive, riant de bon ccjmu- de sa petite nKvsavenlure.

Une des grandes disiractions de h'ontaincbleau était de se promener sur l'étang des carpes ; de nombreuses embarcations étaient mises à la disposition des invités

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et aussi une gondole avec son gondolier vénitien qu'avait fait venir le chevalier Nigra et un caïque du Bosphore avec son batelier en costume turc. Après le déjeuner et après le dîner, par les belles soirées on se livrait volontiers au plaisir du bateau, et on allait aborder au bout de la pièce d'eau dans une île où se trouvait un kiosque. Un joli salon rustique formait le centre de la petite maison flottante et les jours de fête ou réception princière un orchestre s'y faisait entendre. Avec l'écho se répercutant sur l'eau et les rives, c'était une véritable impression d'enchantement.

Une salle de spectacle pouvant contenir 3oo personnes fut aménagée par l'architecte Lefuel à l'extrémité de l'aile Louis XV. Elle était tendue de satin bouton d'or, et, aux lumières, produisait le plus grand efTet, mais comme les séjours à Fontainebleau avaient lieu pendant la saison chaude, les représentations n'y furent pas fréquentes.

Au printemps de i8581e palais de Fontainebleau recevait la visite des princes étrangers. D'abord le "grandduc Constantin, à la venue en France du([uel on attachait non sans raison une grande importance.

C'était en efTet la consécration des bonnes paroles échappées à Stuttgard que la venue de ce frère d'Alexandre II, grand amiral, ardent patriote, qui pendant l'expédition de Crimée avait été partisan de la guerre à outrance. D'abord, réception toute militaire à Toulon, arrivée à Paris où le prince Napoléon attend le grand-duc à la gare de Lyon entouré de tout un cortège militaire et civil. Le prince est logé au pavillon de Marsan ; en son honneur il y a dîner aux Tuileries, bal au ministère de la Marine où le prince fait le tour des salons, donnant le bras à la princesse Mathilde, revue du Champ de Mars

de la garde el de la garnison de Paris, l'Impératrici^ assistant au défilé sur le balcon de TÉcole militaire ; courses de chevaux sur le nouvel hippodrome du bois de Boulogne. Le soir de la revue il y a fête restreinte à l'Hôtel de Ville, les grandes fêtes étant réservées aux têtes couronnées, mais cette fête restreinte, car on n'a ouvert que la moitié du palais, éveille des souvenirs multiples. Le programme se compose d'un spectacle très attrayant. Un vaste théâtre a été dressé au fond de la galerie des fêtes : un paysage féerique éclairé par une lumière douce où un bouquet de palmiers apparaît sous un ciel bleu turquoise avec les Pyramides dans le lointain. L'orchestre est caché dans des massifs de verdure. L'iiymne russe salue l'entrée du grand-duc puis introduction de Moïse, solis chantés par Obin, Jourdan, Mlle Dressy, un hymne d'Adolphe Adam, mort l'année précédente, une scène de /?o/??eo, des fragments d'Armide avec Roger, Bonnehée, Mlle Lauters, le final d'Ernani avec Faure, le chœur des femmes de Psyché; enfin un divertissement où voltige la Rosati. Après le concert, souper ; le grand-duc ne se retire, enchanté de la réception, qu'à deux heures du matin. Ceci ne l'empêche i)as le lendemain départir de bonne heure pour Trianon où il déjeune ; il passe à Saint-Cyr la revue des élèves et le soir assiste à une réception de la princesse Mathilde.

Le lendemain, visite au tombeau de l'Empereur aux Invalides, dîner chez le roi Jérôme, bal aux Tuileries ; entre temps le Prince a visité le Louvre, le musée des souverains avec les souvenirs royaux. Les reliques napoléoniennes l'intéressent tout particulièremenL

Pour terminer ce séjour qui aura dui'é près île deux semaines, trois jours passés à Fontainebleau avec les souverains et la Cour. Chasse à courre et curée aux llambeaux, illuminations dans la ville, grand dîner dans la galerie des fêles, puis, le même soir, inaugura-

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lion (le la jolie salle de spectacle construite par l'archilecle Lefuel ; « les comédiens ordinaires de l'Empereur » jouent le Mai^i à la campagne et Une Tempéle dans un verre d'eau.

La ville de Fontainebleau est en liesse, ï Abeille de Fonlainebleau s'exerce au dithyrambe. « De mémoire d'habitant de Fontainebleau, l'on n'avait jamais vu pareille affluence de gens empressés à se porter à un rendez-vous de chasse, heureux de témoigner par leur présence de leur sincère afîection à Leurs Majestés. Disons aussi que les grâces et raiï'abilité de l'Impératrice qui daignait adresser avec une bonté toute charmante la parole à tous ceux qui avaient le bonheur de se trouver sur son passage, portaient jusqu'aux larmes l'émotion que ressentaient les cœurs à la vue de. cette jeune mère, de cette bonne Eugénie, la providence des malheureux, la consolation des affligés... »

Le 1^, mai, après un séjour si l)ien employé, le grandduc, accompagné par l'Empereur à la gare, ([uittail Fontainebleau.

La Cour ne connut guère en ce printemps de repos, car le i5 mai arrivait à Lyon le roi Maximilien de Bavière. « Le roi de Bavière a environ cincf pieds quatre pouces, écrit le maréchal de Caslellanc dans son journal. Il est obligeant, savant; il trouve des paroles aimables à dire. Il aime les arts. 11 est le petit-fils du roi Maximilien ([ui sous h; nom de prince Max avait conmiandé le régiment étranger des Deux Ponts au service de la France, sous Louis X\'I. La Cour était restée à Fontainebleau pour attendre le roi qui arriva le 17.

Promenades en forêt, en chars à bancs avec de nombreux invités dontla grande-duchesse Stéphanie de Bade. Bataille de dames iouce par la Comédie-Françjaise, dîner en plein airaux gorges d'Apremont, fête denuit féerique sur le lac pavoisé de barques, les chœurs du Conservatoire placés dans le petit pavillon du milieu de la pièce

d'eau alternant avec la musique des grenadiers de la garde, fête de nuit admirable et favorisée d'un temps magnifique, voilà le « menu » du roi Maximilien pendant les cinq jours passés au palais des Valois.

Au retour à Paris, glissons sur la représentation de gala à l'Opéra, sur les dîners des Tuileries, surles visites aux monuments de Paris et à Versailles, sur les deux revues passées à Longchamp. La visite officielle terminée, le roi demeura encore trois jours à Paris puis prit congé de T Empereur et de l'Impératrice à Saint- Cloud, Le 8 juin seulement le roi Maximilien rentrait dans ses États, enchanté de l'accueil reçu, chantant au baron de Méneval, notre ministre à Munich, les louanges de Napoléon III.

« Votre Empereur, dit le roi au ministre, n'est pas seulement le plus grand souverain de l'Europe, c'est aussi le meilleur des hommes. J'ai eu de longues et intéressantes conversations avec lui, et cela m'a donné l'occasion d'apprécier la bonté de son cœur et la sûreté de son jugement. Je l'aime autant que je l'admire, et j'ai la plus entière confiance dans l'élévation de son caractère et dans la noblesse de ses sentiments. »

A cette époque, les relations du gouvernement impérial avec tous les pays allemands sans aucune exception revêtaient un caractère très cordial. Qui eût pu se douter de ce qui allait se passer quelques années plus tard ? Personne alors ne pressentait la question italienne et les terribles conséquences du principe des nationalités !

«< Cette année, dit un chroniciueur de i858, les dames de la Cour ont adoi)té un chapeau de jardin des plus coquets et des plus faciles à porter ; à Fontainebleau le chapeau Diana-Vernon fait fureur, et cela pour trois raisons, sans compter sa parenté avec l'héroïne de W'alier Scott ; il sied bien, il garantit de la pluie et protège contre l'ardeur du soleil . La première de ces trois raisons pouirait bien être la seule ipii ait fait lo succès

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du chapeau Diana-Vernon ; quand il s'agit d'une mode nouvelle, les femmes consultent beaucoup plus leur miroir que le baromètre. »

Depuis l'installation de la Cour « les plaisirs se divisent en deux séries : la campagne et le salon. Dans la journée les excursions en voiture et à cheval dans les endroits les plus pittoresques de la forêt, les promenades à pied dans les jardins, les courses en petit bateau sur les lacs : l'Empereur est le premier à donner l'exemple. Le soir, les grands dîners, les causeries et le spectacle.

« Lestoiletlessuivent l'ordre du programme ; le matin ce sont de vrais négligés, de vraies vapeurs de mousseline blanche, bleues et roses qui glissent sur l'herbe et sur le sable, se mêlant aux fleurs des parterres et qui disparaissent derrière les arbres du bois. Le soir ce sont des robes de toutes les nuances, d'une élégance et d'un goût exquis ; elles passent et repassent avec de doux murmures de gaze et de soie dans les vastes galeries du château. »

Sur le théâtre du palais on a joué l'Héritage de M. Plumet, les Noces de Figaro, les Lionnes pauvres, la nouvelle pièce d'Emile Augier.

Le 25 mai la Cour visite plusieurs beaux sites de la forêt. Une fête champêtre, est organisée à la promenade Amélieet toute une jeunesse, sur la pelouse émaillée de fleurs du printemps, danse la Boulangère au son de la musique des Guides.

Le grand événement de la semaine fut la chasse à courre à laquelle assistaient l'Empereur et l'Impératrice, la reine des Pays-Bas, le 'prince royal de Wurtemberg, le prince Alexandre des Pays-Bas, le prince iNicplas de Nassau, le comte de Montijo,des ministres, et de nombreux invités. La curée aux flambeaux se fit dans la cour ovale. L'Empereur se montra au balcon donnant le bras à la reine de Hollande et fut acclamé...

Les princes partis, la Cour demeura. Le 18 juin, quatre voitures de la Cour, dont la première était conduite par l'Empereur ayant l'Impératrice à ses côtés, s'arrêtaient à la porte d'une maison de Fontainebleau rue Saint-Méry. Les souverains venaient voir le peintre Decamps et visiter son atelier. Prévenu quelques instants auparavant de la venue des souverains, Decamp mit en lumière les quelques toileset ébauches que contenait sa demeure et se vit chaleureusement félicité. Le lendemain c'était la visite à la salle d'asile, l'Empereur et l'Impératrice assistant aux exercices des jeunes enfants; le surlendemain, dans le jardin anglais, ils écoutaient avec bienveillance une cantate sur la chasse à courre chantée par la société chorale de Fontainebleau composée exclusivement d'ouvriers. La cantate implorait la clémence de l'Empereur, la pitié de l'Impératrice pour le cerf aux abois... Le souverain ne promit pas ce qu'il était impuissant à accorder, mais il fit apporter du vin de Champagne et porta un toast à ^ l'harmonie politique et musicale »! Ce long séjour à Fontainebleau, avec ses alternatives de vie tranquille et de jours de fêles, est de ceux qui ont laissé la plus grande impression dans la ville. « Si l'arrivée des souverains avaitété accueillie avec enthousiasme, consigne /'^l /^eiV/f', c'est avec les plus vifs regrets que la population tout entière assistait à leur départ, et en témoignait par son affluence sur le passage du cortège. Aussi Leurs Majestés elles-mêmes semblaient peinées de quitter notre ville qui leur est si sincèrementdévouée. Aussi ont-elles parcouru toute la rf)ule au petit pasdcis chevaux, recueillant sur leur chemin les témoignages du respect et de la sympathie qu'excite partout leur passage. «

Ce mois de repos apiès les heures sombres de l'hiver, suite de l'attentat dOrsini, avait été une trêve agréable aux préoccupations politi(jues... Quelques jours api'ès, tandis (pic riinp(''ralrice et le Princ(^ Impérial se

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réinstallaient à Saint-Cloud, l'Empereur partait pour Plombières où il allait se rencontrer avec le comte de Cavour. C'est, dans des temps bien proches, l'alliance avec l'Italie, tout un plan de libération de la moitié de la Péninsule à certaines conditions, le mariage projeté du prince Napoléon avec la princesse Clotilde de Savoie, tout un avenir brillant d'abord, bientôt nébuleux, hérissé de difficultés, que nous créeront le principe des nationalités et la question romaine.

Nous voici maintenant à Coinpiègne dont nous aurons l'occasion de parler à plusieurs reprises.

La Cour y séjourne d'ordinaire pendant six semaines à l'automne ; là défilent par séries les sommités du gouvernement, de la société, des lettres et des arts.

C'est un kaléidoscope vivant sur lequel ont beaucoup daubé ceux qui n'étaient pas invités et se complaisaient à forger des histoires fantaisistes.

Seuls ont une valeur les récits des témoins oculaires dans lesquels nous puisons quelques détails.

A peine réinstallée à Paris, la comtesse Stéphanie de Tascher est invitée en i85.3 au palais de Coinpiègne.

Elle fut à la fois ravie et intimidée de faire un séjour à Compiègne. « J'était très curieuse, je l'avoue, de voir par moi-même cette existence de château, au milieu d'une Cour comme celle de Napoléon III. Ma curiosité n'allait pas sans un certain trouble, car je songeais que j'allais me trouver au milieu d'une foule d'inconnus, d'étrangers, d'indifférents et peut-être d'ennemis, de ces ennemis de cour qui envient systématiquement toute position élevée autour du souverain et jalousent jusqu'à ses parents. Mais c'étaient là des inconvénients inséparables de notre situation et auxquels il fallait bien se faire. Le plaisir, d'ailleurs, d'aller à Compiègne, dans cet

endroit si vanté, si élégant, ot dont les amusements et les distractions ne faisaient que croître et embellir sous la baguette magnifique de la belle Impératrice, à l'apogée de sa gloire et de sa beauté, effaça bien vite toute autre impression. »

Dès le départ c'est un éblouissement : la voiture de cour <|ui vient les chercher et les mener à la gare où un train spécial attend tous les invités, puis la ville de Compiègne pavoisée, le palais bâti en triangle et qui paraît majestueux...

'< Je me sentais comme perdue au milieu de tout ce beau monde. Que de luxe, que de toilettes ! L'Impératrice en donnait l'exemple et comme il n'était pas encore d'usage d'imiter les modes anglaises, tout était du meilleur goût, un vrai régal pour les yeux. »

Mme de Tascher trace quelques portraits de personnages considérables se trouvant avec elle à Compiègne. « Je veux parler du maréchal de Saint-Arnaud avec lequel j'ai signé un pacte d'amitié, qui m'aimait et à qui je plaisais tout particulièrement, à ce que m'a assuré la maréchale.

« Le maréchal qu'une santé délicate et de grandes souffrances avaient ramené à Dieu après une vie pas mal légère et agitée, en avait pris l'expression ; tel a été mon sentiment en le voyant. Quelque chose de doux, de résigné, de serein, se lisait dans ses traits latigués et maladifs, sa figure reflétanl le type du paifait chevalier, était distinguée, de même ses formes et ses manières ; rien de cette rudesse qui caractérise paifois le militaire français de quelque rang qu'il soit. Le maréchal de Saint-Arnaud avait des formes charmantes et une politesse exquise pour les dames, quelque chose de touchant dans l'amitié que je lui ai inspirée...

(( On dit généralement que sa femme a été parfaitement heureuse, je le crois. Il m'a toujours paru |)arfait

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pour elle. La maréchale, née de Trazegnies, était une jeune femme pour lui; sa figure eût été bien sans une expression rechignée qui ne parlait pas en sa faveur ^ ».

Voici quelques lignes sur le maréchal Narvaez, duc de Valence (dont la femme était une Tascheri.

« Les annales d'Espagne parleront de la conduile politique du maréchal, il y a joué un grand rôle. C'est un homme assez inlluent pour s'être créé un parti pendant dix-huit ans qu'il a tenu les rênes du gouvernement comme premier minisire de la reine Christine. En le voyant on comprend que l'énergie etlecourage qui dominent dans ses traits lui avaient valu cette suprématie; on sent chez cet homme un pouvoir de volonté qui force l'obéissance et qui impose. 11 a bien l'air de ne pas admettre la rébellion à ses volontés.

« Peut-être comme homme d'État gàie-t-il ses hautes qualités par un peu trop d'emportement, une vivacité sans frein querienneparvientàarrêteretqui n'admet aucune limite. C'est dommage, car ses qualités de ministre sont réelles, il a rendu de grands services à l'Espagne et il a soutenu la Reine dans des moments difficiles et épineux. Narvaez est vif et impressionnable dans tous ses sentiments; il l'est dans l'amour qu'il a pour sa belle patrie, dont il parle avec un feu de paroles et un enthousiasme qui me frappaient immensément. Je recherchais sa conversation, y trouvant une grande originalité d'expressions et de sentiments. Narvaez donne à penser même quand il vous a quitté... Toujours enveloppé dans sa Grandezza andalouse, la tête haute, l'œil ardent, il cache sous elle ce laisser-aller de l'Arabe fier, hautain, ne trouvant rien d'impossible... Je lui crois le cœur 1res bon pourvu qu'on sache le prendre, mais chercher à le fixer autrement ser.ait perdre son temps.

1. La maréchale de Saint-Arnaud, veuve depuis 1854, n'est morte qu'en l'JO.j ou 190G, nonagénaire.

Il ne connaît bien que la fidélité à ses principes politiques; ces derniers ont fait de lui un homme de valeur i les femmes n'en feront jamais qu'un infidèle. »

Dans la même série se trouvait le marquis de Pastoret, rallié à l'Empire avec qui les Tascher étaient en relation dès longtemps. « Notre connaissance qui datait de Munich, était devenue plus intime pendant un séjour que j'avais fait à Paris dans l'hiver de 1846, presqu'à la veille de la révolution qui devait renverser Louis- Philippe. Dans ce temps il était un des coryphées du parti légitimiste... Légitimiste par tradition, il avait trop d'esprit pour se faire illusion sur l'avenir de ce parti et il voyait bien que la France avait rompu avec le passé. Il ne s'en cachait pas et se faisait par sa franchise mille ennemis.

« De haute taille, majestueux et digne, M. do Pastoret était d'une politesse extrême avec les formes les plus courtoises et les manières les plus affables. Son esprit avec un tour romanesque, était des plus ornés et sa conversation charmait et intéressait à la fois...

« Je sais qu'après la chute du gouvernement de Louis- Philippe, il avait cherché à pousser le comte de Chambord à se rapprocher de la frontière de France. Il paraît que ses conseils n'avaient point été du goût des favoris qui entouraient le prince, et il en était survenu une fagon de brouille.

« Après mon premierséjourà Paris, j'ai revu plusieurs fois le cher marquis à Bade, dans l'intimité de la pauvre grande-duchesse Stéphanie (pii avait égidement pour lui beaucoup d'amitié.

« La présidence acclamée, 1\1. de Pastoret ne cachait pas l'intérêt que lui iiis|)irait le prince Louis dont les espérances, fort claires à ce moment, ne trouvaient pas en lui un ennemi; mais la grande-duchesse n'a jamais cherché à le gagner et à faire de lui un partisan du nouveau i'é"ime.

RESIDENCES IMPERIALES 279

»( Je partageais ses idées à cet égard, qu'il y a des positions si tranchées qu'on ne peut les abandonner et que le mieux est toujours de ne pas changer de drapeau politique. Que j'eusse aimé cette même conviction dans mon ami! Riche comme il Pétait, le Sénat n'a pu le tenter que comme situation, mais les injustices elles-mêmes de son parti ne devaient point le pousser à accepter cet honneur. Les anciens amis s'en vont vengés en se séparant de lui ouvertement et en lui adressant leurs cartes avec la mention : Pour prendre congé. »

La comtesse Stéphanie trace d'autres portraits en passant. Elle admire le dévouement absolu de Persigny qui a eu si grande part à la création de l'Empire; par contre, elle ne voit pas en lui l'homme d'Etat capable de soutenir léditice qu'il avait contribué à fonder. Sa conversation l'étonnait souvent par son laisser-aller, la vivacité ou l'incohérence de ses aperçus.

Si elle reconnaît en Morny le roi du bon ton, de l'élégance et des grandes manières, si elle le proclame l'homme séduisant par excellence, Mme de Tascher lui reproche de trop se montrer le fils de la reine Ilortense.

La comtesse Stéphanie éprouve de la sympathie pour M. Drouyn de Lhuys et sa femme, mais apprécie peu alors le ministre Fould tout en admettant qu'il a rendu des services.

La comtesse Stéphanie de Tascher a assisté à une chasse qui ne manqua pas de péripéties ; c'était la première fois qu'il lui était donné de voir ce spectacle. « Rien ne m'a semblé plus joli et plus élégant que cet assemblage de chevaux, de chiens, de piqueurs avec leurs cors de chasse, de dames et de messieurs en costume, les uns à cheval, les autres dans de grands chars à bancs attelés en poste, avec la livrée impériale.

« J'ouvrais de grands yeux, je n'avais encore rien vu de pareil.

« On arriva au rond point de la forêt; c'est là que se

fait le grand déploiemeiil de la chasse, et la cavalcade se dirige sur la piste que signulent les aboiements des chiens, auxquels les cors répondent.

« D'ordinaire, l'hallali se passe sur le bord d'un étang dans lequel le cerf aux abois se précipite, mais cette fois l'animal s'était blotti dans une cour de ferme, et restait accule contre la muraille, faisant tète aux chiens. Toute la chasse l'avait suivi ; mais, voici que le cerf en désespéré se met à tenter une sortie, et de courir à travers chevaux et voitures. Un désordre complet s'ensuit; on voit le cheval de M. Fould se cabrer et désarçonner son cavalier. Grande émotion, bien vite calmée, car il est dégagé promptement sans grand mal. Toutefois, j'ai pu voir à l'attitude générale que le favori de l'Empereur n'était pas très aimé ; il en est presque toujours ainsi en France, où les chutes des premiers ministres n'inspirent que peu de commisération.

« Mais voici que près de la voilure où nous étions avec Lord Ilertford, se tenait Hortcnsc Tliayer, fille du général Bertrand, le fidèle entre les fidèles à l'Empereur Napoléon P'". Elle élait à cheval; c'était une charmante et superbe amazone ; nous admirions entre nous sa grâce et son élégance, lorsque tout à coup le cerf débouche de noire côté et pousse le cheval d'ilorlense contre notre voilure avec tant de violence que la jambe de notre pauvre amie est projetée contre le char à bancs.

« Elle s'aiïaisse aussitôt entre les bras de son mari, éperdu de frîtycur. On l'emporte et nous ne tardons pas à apprendre ([u'ellc a la jambe cassée.

« La consternation s'est mise au milieu de cette société si gaie et si en train quelques minutes auparavant. J'ai encore vu l'Empereur saisir une carabine, viser le cerf et l'abattre, mais il va sans dire ([u'il n'y a eu ni hallali joyeux, ni curét; au (lambeaux le soir.

« On est revenu allerrc- au chAleau. Le dîner élait

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lugubre, sans aucune musique militaire, et à lo heures tout le monde était remonté dans les chambres.

« Un train spécial commandé par l'Empereur a ramené la blessée à Paris, dans son hôtel, ainsi qu'elle en avait manifesté le désir.

« Telle fut la première chasse à courre à laquelle j'assistai. C'est un spectacle curieux, mais la chose, à mon idée, ne doit être vraiment amusante que lorsqu'on y prend part à cheval et qu'on en peut suivre aussi toutes les péripéties. »

En i85G, au retour de Plombières où il fait sa saison annuelle, où, deux ans plus tard, il rencontrera le comte deCavour, l'Empereur est revenu à Saint-CIoud retrouver l'Impératrice et le prince Impérial.

Le 19 août départ de la Cour pour Biarritz. Des premiers entretiens avec le maréchal Serrano, le no.uvel ambassadeur d'Espagne à Paris, avec le cardinal-archevêque de Bordeaux, avec le maréchal Bosquet, de la réception par l'Empereur de différentes députations, d'un anniversaire de l'expédition de Crimée fêté par un détachement du 35'"° de ligne de passage à Biarritz, tandis que l'Empereur et l'Impératrice tenant son hls dans ses bras viennent un moment assister au dîner des sous-officiers et soldats, de l'excursion eu mer sur le Newton, de la réception très sympathique faite aux souverains à Saint-Sébastien, de la visite du prince Adalbert de Bavière et de sa femme, l'Infante Amélie, de l'excursion aux ruines du château de Bidache qui appartiennent au duc de Gramont, ministre de France à Turin, il serait facile d'établir un journal détaillé.

Peu d'hôtes à la fois en cette villa Eugénie que, chaque année, pendant quelquessemaines, habiteront les souverains. C'est une vie fort tranquille en attendant la reprise

mondaine de Conipiègne; beaucoup de plein air, beaucoup d'excursions qui plaisent à l'Impératrice ainsi rapprochée de son pays natal et à même de voir intimement quelques-uns de ses compatriotes parents ou alliés. C'est à l'Impératrice Eugénie que Biarritz doit sa vogue toujours grandissante. Depuis queliiues années, la ville a atteint son zénith, elle est quatre fois plus étendue qu'elle ne l'était au début de l'Empire; l'ancienne villa Eugénie, autrefois environnée d'un bois de sapins, est aujourd'hui un palace des quatre saisons — car jamais plus Biarritz ne chôme — que cercle une foule de villas dominant l'ancienne arrière-plage elle-même barrée de rues, d'hôtels, de maisons aux toits variés.

Les trois quarts des étrangers qui séjournent à Biarritz— je ne parle pas des Espagnols qui ont assisté à la montée successive de la petite ville devenue une des stations balnéaires les plus renommées — ne savent pas ce qu'elle était jadis. Le rendez-vous en toute saison de l'année des élégances de tous pays n'était, il y a soixante ans, qu'un village de pêcheurs. L'Impératrice avait été séduite par cette superbe plage de sable tin, par cette série de grottes et de rochers pittoresques, par le charme du paysage d'alentour, par ses bois de pins qui forment le premier plan et le rideau de montagnes qui ferme l'horizon ; elle avait compris, attirée de plus comme elle l'était par le voisinage de l'Espagne et la facilité de retrouver en cet admirable décor si varié les personnes qu'elle avait connues outre les Pyrénées dans sa jeunesse, <|u'ainsi (pi'il a été dit, « entre l'Océan siq)eibe et la campagne verdoyante, Biarritz étincelle commeundianiant seili (lansunena])i>e d'émeraude . » Biarritz doit lout à l'Impératrice Eugénie, ])uisqu'elle l'a presque inventé et l'a mis à la mode, conmie la duches.se de Berry avait mis Dieppe à la mode.

RESIDENCES IMPERIALES 28S

L'arrivée des souverains, en octobre i856, à Compiègne a été d'autant plus fêtée que, les deux dernières années, en raison des préoccupations de Crimée, la Cour n'a pas fait de séjour. Pendant ces trois semaines de séries diverses, on vit défiler des princes et des ambassadeurs, dont le baron de Ilûbner, des maréchaux, des ministres, le duc de Bauffremont, le prince de Beauvau, le duc d'Ossuna, le marquis d'Herlford, le comte de Caumont — La Force, Verdi, Auber, Meyerbeer, Alfred de Vigny, Horace Vernet, Eugène Isabey, la maréchale Serrano, la comtesse de Hatzfelt, la duchesse d'istrie, la marquise de Contades, la marquise de Caulaincourt, la princesse de Beauvau, la comtesse Walewska, la princesse Poniatowska, le baron James de Rothschild, les généraux de Mac-Mahon, Mellinet, de Ladmirault, bien d'autres, sans compter les ofiiciers de la maison et leurs femmes, quelques châtelains des environs de Compiègne, etc.

Comme de raison, il y a chasse à courre et à tir, comédie dans la salle de spectacle du château. Tout le monde peut suivre la ciiasse à courre, de plus ou moins loin, mais pour y jouer un rôle quelconque, il est nécessaire d'avoiv le bouton, c'est-à-dire le droit de porter l'uniforme : habit vert à la française, galonné d'or avec collet et parements de velours amarante, filet rouge galonné, culottes blanches, bottes à chaudron, tricorne vert avec plumes noires.

L'Empereur, l'Impératrice, le Prince Impérial et les princes de la famille portent la plume blanche.

« A dîner, note le baron de Hûbner, le 25 octobre la conversation enti-e l'Empereur, lady Cowley et moi ne larit jamais, et la tournure d'esprit de l'Empereur Napoh'on, la variété de ses connaissances, et la plus

284 LA SOCIÉTÉ bU SECOND EMPIfiE

grande variété de ses aventures de jeunesse, lui donnent un ciiarme tout particulier. Aujourd'hui il nous conte ses premières amours avec Mlle Kumniicli, petite et jolie bourgeoise d'Augsbourg, où il se trouvait comme collégien à l'âge de seize ans. Ensuite il parla des ( '-roisades, des soucis et des perplexités d'un souverain, de la difficulté de découvrir la vérité.

« Après dîner, longue conversation avec l'Impératrice. Selon son habitude, elle me parle de la reine Marie-Antoinette. « J'aime mieux, dit-elle, être assassinée dansles rues. Je n'ai plus mon sang-froid. Depuis mes couches j'airimagination frappée. » Et Hiibner ajoute :« Pauvre femme ! Tout n'est pas couleur de rose sur les trônes ! »

Le 28 octobre, la marquise deContades écrit à son père le maréchal de Castellane : « Nous n'avons guère le temps d'écrire, étant toute la journée hors de nos chambres. Notre journée se passe à merveille et nous nous amusons extrêmement. Pauline (la comtesse de Hatzfelt, depuis duchesse de Talleyrand et de Sagan) et moi, on nous a logées le mieux du monde et dans le même appartement ; nos chambres ne sont séparées que par un salon. La société est des plus agréal)les, tout le monde se plaît ici. L'Empereur et l'Impératrice semblent aussi très gais ; le petit prince est magnificpie, jamais je n'ai vu un enfant si vivace et si gai. 11 a le haut du visage de sa mère, le reste de son père, il est très fort pour son âge... Je ne vous donnerai pas de nouvelles étant dans l'endroit oii on les ignore le plus... »

Encore un souvenir de ces « séries » fameuses.

Le dimanche iS octobre 1857 la Cour quittait Saint- Cloud, pour Compiègne. Il devait y avoir cinq séries d'invités et cinq représentations au théâtre du châleau.

De la j)remière série (|ui arrive le lundi l'ont parlie

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entre autres, le duc et la duchesse d'AIbe, le duc de Rivas, ambassadeur d'Espag-ne, le prince et la princesse Czartoryski, le maréchal et la maréchale Magnan, le maréchal Canroberl, les ministres Fould et Magne et leurs femmes, le duc et la duchesse de Médina Cœli, le prince et la princesse Joachim Murât, et plusieurs officiers de la maison des souverains. Deux chasses à courre dont l'une est dirigée par le marquis et le comte de L'Aigle, qui ont amené leur vautrait ; l'Empereur et l'Impératrice suivent la chasse ; chasse à tir dans le parc réservé ; représentation de deux pièces du Gymnase, les Petites Lâchetés et Esclave du mari avec GeoITroy, Lesueur, Landrol, etc. De la seconde série font partie : le Prince Napoléon, le prince et la princesse Lucien Murât et la princesse Anna, la princesse Bacciocchi, M. et Mme Rouher, le comte et la comtesse de Persigny, M. Billault, le maréchal Bosquet, le général et la comtesse Regnaud de Saint-Jean d'Angely.

Pendant cette semaine il y a bal au château avec invitations faites aux notabilités de la ville. L'Empereur danse avec la femme du préfet, l'Impératrice avec le maire. Chasse à courre et à tir ; représentation donnée par les artistes de la Comédie-Française. Au programme, V Avare ]o\xé en perfection par Augustine Brohan, Delphine Fix, Emilie Dubois, Provost, Samson, Delannay, Got, Maubant.

Malgré cette interprétation merveilleuse, la pièce de Molière ne produisit pas grand efTet. Trop (^onnu, trop classique, disaient ceux qui n'osaient prononcer: trop sévère.

Alphonse Leveaux, alors adjoint au maire de Compiègne et qui devint le collaborateur de Labiche, a noté ses impressions sur les spectacles de la Cour peut-être pas toujours choisis au gré des spectateurs :

« La salle s'occupe de la loge impériale, des toilettes, des personnages marquants. C'est de ce côté que pen-

dant lo spectacle les regards se dirigent le plus souvent. Dans la loge impériale, mille rivalités s'agitent. On écoute à peine, on pense à la journée qui vient de s'écouler, au lendemain, aux (|uelques paroles gracieuses que l'Empereur et l'Impératrice vous ont adressées, à la faveur (pi'on en espère, à la satisfaction qu'elles vous donnent, satisfaction doublée du dépit que les autres en éprouvent. Sous ces influences multi[des le spectacle n'occupe plus là qu'une place presque insignifiante, et c'est du bien perdu que d'offrir des merveilles de l'art à un auditoire nécessairement inattenlif. »

La soirée se terminait par les Chants de Béranger, souvenir en trois tableaux avec Mlles Déjazet, Alplionsine, Judith Ferreyra et Schneider, pour interprètes.

Quand Déjajet paraît sur la scène, l'Empereur <pii a gardé souvenir ému de l'intérêt à lui témoigné par la grande artiste quand il était prisonnier à Ham, donne le signal d'applaudissements auxquels la salle s'associe avec ardeur.

Le lendemain mouraitsubitementàl'âgede cinquantecinq ans, dans sa propriété de la Sarthe, le général Cavaignac. Sur l'ancien concurrent malheureux du Prince-Président, le Moniteur s'exprimait en termes parfaits : « M. le général Cavaignac a rendu de grands services à la cause de l'ordre pendant qu'il était à la tête du pouvoir exécutif, et sa mort prématurée sera vivement regrettée. » Dans la Pairie on lisait : >> L'élu du lo déceudjre venait de prendre possession du pouvoir qui lui avait été donné par six millions de voix. Après avoir recoimu du haut de la tribune les nobles services du général Cavaignac, il se dirigea vers son banc et lui tendit la main. Cette main que le Pn'sidenl de la P>épul)lique tendait à l'ancien chef du pouvoir exéc\ilir |)ar-dcssi]s les divisions des doctrines et de |)arlis, c'était raiilicipation du jugciuenl de l'hisloirc. »

Parmi les IkMcs de la troisiènie série 5e ti'ouNaienl :

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la princesse Mathilde, lord et lady Cowley, le comte et la comtesse Walewska, l'amiral et Tamirale Hamelin, la maréchale de Saint-Arnaud, l'amirale Bruat, la duchesse d'Istrie, M. Baroche, président du Conseil d'Etat, le marquis et la marquise de Cadore, le marquis et la marquise de La Grange, le comte et la comtesse de la Bédoyère, le comte et la comtesse de la Poèze, le duc et la duchesse de Manchester \ celle-ci une des plus belles femmes de son temps avec son profil de camée, sa démarche majestueuse, son teint d'albâtre ; lady Ohulston,sœur du duc et le célèbre marquis d'Hertford.

La comtesse Stéphanie de Tascher qui fait partie de la série suivante retrouve encore la duchesse de Manchester. Elle qui a beaucoup d'esprit, mais fort peu de beauté — elle ne s'en piquait guère d'ailleurs — semble un peu fatiguée d'entendre prôner la beauté régulière de la duchesse : « Que faire de ces beaux profils si ce n'est que de les placer dans une collection de camées ? Le camée, c'est fort joli à voir, mais toujours des camées, c'est bien ennuyeux. » Malgré soi, on se remémore certaine fable du renard et des raisins.

Mme de Tascher se montre d'ailleurs fort aimable pour la belle-sœur de la duchesse, lady Ohulston « dont la physionomie vive, animée, enjouée est des plus agréables à contempler et est jolie et de tous points charmante. »

Le fait est que lady Ohulston faisait beaucoup de frais, et que la duchesse « à qui son rang donnait une des premières places, avait l'air de s'y trouver si bien assise qu'elle recevait les hommages de l'Empereur, mais jugeait du temps perdu de chercher à être aimable pour les autres -, »

1. Née comtesse d'Allen, veuve en secondes noces aujourd'hui du duc de Devonshire.

2. Un de ceux qui coordonnentces souvenirs venus de sources variées et nombreuses, a connu la duchesse de Manchester à l'âge où la beauté des femmes d'ordinaire commence à décliner.

Dans celle Iroisième série ont eu lieu deux chasses à courre ; l'une était une chasse au sanglier conduite par le baron de Poiley dont l'uniforme de chasse était très regardé : habit écarlate, culotte et gilet blancs. Le Vaudeville faisait jouer deux pièces : On demande un Gouverneur el Triolet. Dans cette dernière pièce Mlle Blanche Pierson, toute jeune Fille commençant à jouer finement, remporta un vrai succès de beauté.

La quatrième série comportait donc des invités nouveaux et quelques invités de marque conviés « à réitérer ». Outre le clan Manchester, le marquis d'Hertford et des dames de la maison de Tlmpératricc.

Comme diplomates : lord et lady Cowley, M. de Kisseletr ambassadeur de Russie, le. comte de Hatzfeld avec sa femme, le prince Reuss ; puis lady Egerton, M. Troplong, Pj-ésidenl du Sénat, M. Rouland, ministre de l'Instruction publi(iue, le duc et la duchesse de (lambacérès, la marquise de Contades, le maréchal Vaillant, le maréchal duc de Malakofl", le comte et la comtesse Walecoski, M. Mérimée, M. Laitey, le prince de la Moskowa, M. et Mme de Saulcy, le comte de Raciocchi, le baron et la baronne Ph. de Rourgoing, le général et la comtesse Gustave de Moutebello, Mme Thayer, née Rcrtrand, la comtesse H. Rerlrand, le comte et la comtesse de la l^édoycre, M. Arcos, etc.

Pas de spectacle le ii en raison de la mort de M. Abhatncci, garde des Sceaux : l'Empereur et l'Impératrice sont très an'ectés de cette perle et n'assistent pas à la chasse ïi courre du 12. La fin de la semaine s'anime un |)eu plus. Le i5 uovembi'e, jour de la Sainte-Eugénie,

Elle était encore siiiteihc, et si elle ne faisait pas ix-aiicoup de Irais, pai'lanl peu, elle savait se montrer très aimable et l'or- Srande dame. l'^lle de\inl en secondes noces ducliesse de I^et vonsliire. Il y a (pn-hpies années elle donna en sa maison de Londres une i'èle coslunu''e qui restera célèbre. Elle est aujourd'bui veuve tie son si'iond inaii.

Le Colonel Fleury commandant les Guides de la Garde

Tidiienn li'Alf'i'e'l de hrcv.i'. AiJjin rtient a lu Durltesse iCIsb/.

RESIDENCES IMPEHIALES 2S9

il y a revue et réception dos aatorilés. Tous les invités ofîrent des fleurs à l'Impératrice. La marquise de Gontades ', qui fait délicieusement des fleurs artificielles, en présente à la souveraine un panier.

« Le petit Prince se porte à merveille, écrit Mme de Contades au maréchal de Castellane, il est intelligent et gentil au possible. Je suis bien contente de voir à quel point l'Impératrice le gâte peu ; quand il tombe, on le laisse se ramasser tout seul, et on l'accoutume à ne pas pleurer ; il est déjà obéissant. L'Empereur serait plus disposée le gâter. C'est un aimable enfant toujours gai et de bonne humeur. Le jour de la fête de sa mère tous les officiers des deux régiments sont venus dans la galerie pour lui offrir leurs vœux. L'Empereur et l'Impératrice ont fait le tour du cercle, suivis du petit Prince dans les bras de sa bonne. Il est déjà dressé à faire le salut militaire et à envoyer des baisers ; il mêlait bien les deux ensemble, mais vous jugez qu'il n'en a pas moins de succès. »

Le lendemain représentation parla troupe de l'Odéon du Perroquet gris et des Deux Philibert.

A son habitude Mme de Tascher trace quelques portraits des personnes faisant partie de sa série. Elle se loue particulièrement de deux ménages modèles, les Montebello et les Saulcy. Le côté franc et ouvert du général de Montebello lui plaît autant que les grâces, les charmes, les petites mines de sa femme, aimable, bonne, délicieuse en tout. Mme de Montebello, née Villeneuve-Bargemont, est la petite-fille de la duchesse de Vicence, d'abord mariée à son cousin de Canisy, laquelle dans un âge avancé avait conservé une incontestable

1. La marquise de Contades épousa, par la suite, le comte E. de Beaulaincourt qui mourut tout jeune d'un accident de cheval. Elle est morte très âgée, en 1906 ou 1907; jusqu'à la fin de sa vie elle travaillait sans relâche à ces fleurs artificielles qu'elle faisait fort bien.

beanlc. « Personne n'a, comme Mme de Montebello, ce type raffiné des peliles précieuses d'autrefois ; toujours tirée à quatre épingles, enrubannée, oncrinolée, recherchée en modes, mais toujours huppée et d'un goût parfait, elle coquette à droite, à gauche, en toute,innocence, incapable de vouloir ou de faire le mal et vraiment amusante à suivre et à étudier. Ses petites minauderies, ses petites agaceries lui vont à merveille, d'autant qu'elles sont sans arrière-pensées et ne sauraient porter le plus petit ombrage à son mari qui a pour elle une véritable adoration. »

Pour Mme de Saulcy même bienveillance d'ailleurs pleinement justifiée : « Elle me fait l'efVet d'un de ces diamants que les frôlements du monde ni les succès ne parviendront jamais à ternir et qui passera blanche et pure à travers tout. Elle est excellemment dirigée par son mari homme d'esprit, sans pédanterie et qui l'aime. M. de Saulcy avec son caractère ouvert et enjoué, cause avec sédu(;tion et sait convertir ses auditeurs à ses idées. Il connaît le monde, il en a usé, ce qui fait ([ue lorsqu'il cite un exemple, on peut le considérer comme une preuve. Ayant épousé sa femme à un âge où il aurait presque pu être son père, il a pris le bon parti et s'est fait pour elle le meilleur des amis. M. de Saulcy est d'un commerce charmant... Sa conversation des plus spirituelles a un tour d'originalité assaisonné d'un répertoire varié d'anecdotes piquantes que je soupçonne un peu tirées de sa vie privée. Son visage fort beau exprime surtout cette droiture qui plaît et attire. On le dit en outre très savant*, je le crois, c'est un de ces hommes (pii saura vous répondre sur tous les sujets qu'on mettra devant lui sur le tapis, et avec cela n'aflichant jamais sa science, ce dont je lui

1. M. (Ii^ S.iulcy ('lail un ;u'(ii(''ologuo et un muiiismatc des plus distitiiiiH's. Il sera pins laid nii utile collaboraleur pour l'Iiriini'roiir, ipiaiid ccUii-ci (■ciiia lu \'ie de César.

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fais un grand mérite. Il vous fait facilement avaler de cette manière l'antiquité des Grecs, la grandeur des Romains, et le sérieux des voyages scientifiques qu'il a du reste racontés avec un talent incontesté. » La comtesse Stéphanie aimait avoir à table un voisin agréable et, comme on avait le droit de se grouper suivant sa fantaisie, elle choisissait tantôt M. de Saulcy, tantôt le prince de la Moskowa, tantôt Mérimée. Si Mérimée acceptait de « mener à table » la comtesse, c'est qu'elle ne l'ennuyait point, car il n'était point homme à s'infliger bénévolement une corvée.

Elle-même se disait parfaitement séduite par l'esprit de Mérimée mais ajoutait que son impiété et sa sécheresse de cœur glaçaient sa sympathie.

« Mener à table » rappelle une anecdote qui a cours dans tous les souvenirs contemporains. La première fois que SainLe-Beuve fut invité à Compiègne, Mlle de Heckeren, fdle du sénateur, femme fort causante et aimable, voulut s'olTrir pour compagnon de dîner le critique célèbre: « M. de Sainte-Beuve, lui dit-elle un matin dans le salon des Cartes, voulez-vous me mener dîner ce soir? » Sainte-Beuve tombe des nues, n'élant pas sûr de comprendre mais avec la fatuité inhérente à la plupart des hommes et à lui-même en particulier, il se croit sur le chemin tout proche d'une bonne fortune et s'incline en balbutiant : « Certainement mademoiselle ! » Voici le critique sortant du palais après le déjeuner et s'efforçant de dénicher dans la ville le restaurant le plus comme il faut où il pourra le soir mener dîner la belle jeune femme de trente ans. A-t-il trouvé, est-il sûr que la Cloche d'or ou d'argent de l'époque est digne de traiter en tête à tête la jeune fille et l'écrivain. Avant de commander le repas, pris non pas de scrupules, mais d'appréhension soudaine que la jeune femme ait voulu tendre un piège à son ignorance des cours, il s'ouvre, un tantinet, à plus

expérimenté que lui en ces choses. En sa demi- confession sans doute il ne nomme aucun des partners, s'informe comme voulant noter une impression ou luimême donner un conseil. Leco-invilé comprit-il à quart de mot? toujours est-il que sans abuser de la situation et sans amener trop violemment le rouge sur la face du critique aux yeux malins » presqu'aussi aussi honteux « qu'un renard qu'une poule aurait pris », il expliqua que la locution était devenue courante au château, puisquelesdamespouvaienlchoisirleur cavalier... Et Sainte- Beuve de se contenter de mener Mlle de Heeckeren à

table

La comtesse aime les portraits et tous ne sont pas bienveillants ; si elle est bien disposée pour le comte de Hatzfeldt et pour M. de Kisseleff elle Test beaucoup moins pour lord Cowley et le comte Walewski ; en revanche elle fait grand éloge de Mme Thayer, née Bertrand, de la comtesse Walewska, de la comtesse de Chaumont-Ouitry, de la duchesse de Cambacérés ; elle lance un coup de patte au maréchal Vaillant, la personnification du « bourru » et au maréchal Pélissier dont elle ne peut « avaler » les manières. Pour finir, (juelques mots sur le marquis d'Hertford, ce grand seigneur original qu'ai nuiit beaucoup l'Empereur et qui, lui, aimait sincèrement la France et son souverain, et cela de longue date, lîagalelle, on le sait, lui appartenait, et c'est là que pi'esque chaque jour le Prince Impérial, au moinspendant le printemps, allaitprendre sesébatsd'enfant. « Le marquis vit de façon si originale que, malgré ; ses immenses richesses, on ne lui croirait qu'une fortune dirdinaire, mais en revanche il achète des chefs-d'œuvre de peinture et nhésite pas à entrer en lutte avec la Russie et la France pour leur disputera coups de banknotesla Madone aux anges de Murillo — laquelle toutefois est restée à la France qui l'a payée 800.000 francs. Ce magnifique tableau est au Louvre dans le salon carré.

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