‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 7 sur 84 · De Maupas, Mémoires sur le Second Empire · texte numérisé non relu

De Maupas, Mémoires sur le Second Empire

Prince-Président commença à s'entourer d'hommes dévoués à sa cause. Jusque-là, les (iirardin, les Thiers et les autres ambitieux du pouvoir avai(Mit pu s'imaginer qu'il abandonnerait en leurs mains plus exercées la direction des affaires de l'État. Sa rareté de parole, son apparent embarras avaient trompé plus d'un politicien. Dans les salons légitimistes du faubourg Saint- Germain, son regard voilé le faisait irrévérencieusement comparer à un perroquet malade. Disposant d'une grande force par ses journaux et son autorité dans la presse, Emile de Girardin avait fait une guerre impitoyable à l'élection de Cavaignac. Avec le général, s'était-il dit, a])order le pouvoir est difticiie, s'y maintenir impossible. Avec un homme connu par ses excentricités, par les coups de tête de Strasbourg et de Boulogne, probablement inhabile à la pratique des affaires ])ubliques, il sera facile de se faire accepter et de conserver une part importante d'autorité, l'ruslré dans ses espérances, il ne pardonna jamais au neveu de l'Empereur d'avoir été sa dupe. Le 20 décembre, le soir de la nomination du ministère, il disait à la princesse Bacciochi :

« Le Président n'a plus qu'à trouver le moyen de se débai-rasser de moi, car je n'ai plus, moi, qu'à chercher à le renverser et je ne m'en ferai pas faute. »

Ce fut le moment où ceux qui, en travaillant pour le prince Louis, n'avaient compté travailler que pour eux, commencèrent à ouvrir les yeux et à déserter l'Elysée. Orléanisteset légitimisteslabandonnèrent. Maisles gens désireux de voir quehjue chose de stable s'établir en France, les habitants <les campagnes où le nom du grand Empereur était si populaire, les vieux débris des armées de l'P^mpire, les fils des soldats d'Austerlilz et de Waterloo, tout ce qui était employé par le gouvernement de la Présidence habilement choisi par les ministres du Prince, enhu l'armée basée sur le principe autoritaire,

demeuraient acquis à la cause de l'héritier de Napoléon P"" ^

Pour les observateurs attentifs, le Prince resta une énigme. Peu de personnes, à coup sûr, ont pénétré cetle impénétrable nature. Le temps, les grandeurs, le mouvement considérable qui se fit autour de lui, lorsqu'il devint empereur, ne modifièrent sensiblement ni ses apparences premières, ni sa nature elle-même. Son instruction déjà solide, se compléta par la pratique des hommes et des choses ; les manifestalions de sa pensée prirent un caractère d'élévation qui devint la véritable éloquence. Ses proclamations, ses discours du trône, toujours ses œuvres personnelles, montrent en lui l'homme d'État philosophe. Président ou empereur, Louis-Napoléon ne se départit jamais de sa douceur,de sa bienveillance, ni surtout de sa bonté qui resta le trait saillant de son caractère. 11 ne se défit pas plus de son indifférence, et l'opiniâtreté qu'on rencontra parfois en lui ne devint point, à vrai dire, cetle réelle fermeté qu'on s'est plu à lui croire. Son imagiuation ne subit point l'effet ordinaire de l'âge, elle resta son principal écueil et c'est à la prédominance trop exclusive de cette faculté qu'on doit attriouer les fautes principales de son règne. Dans les graves événements, on put admirer son sang-froid et sa complète possession de soi-même. Dans les dangers suprêmes, en face de la mort, on le trouva toujours impassible et courageux jusqu'au dédain du péril '-.

Dès son avènement au pouvoir, Louis-Napoléon fit nommer vice-président de la République un brave et honnête homme, M. Boulay de la Meurthe, dévoué à la cause bonapartiste. Le ministère constitué sous la pré-

1. Histoire anecdolique du Second Empire, par un ancien fonctionnaire.

2,' M. DE Maupas, Mémoires sur le Second Empire.

sidence du célèbre avocat, Odilon Barrol, se composait d'hommes choisis dans les nuances modérées de l'Assemblée. A la léle de sa maison militaire, le Prince-Président avait nommé, comme premier aide de camp, son ancien compagnon de l'alfaire de Strasbourg et de la Cour des Pairs, le colonel Vaudrey. Il avait choisi en outre comme officiers d'ordonnance les commandants Fleury, Edgard Ney et de Béville, les capitaines Lepic, de Menneval, Petit, de Toulongeon et Laity. Depuis quelques mois déjà, le commandant Fleury, du 3'' spahis, en congé à Paris, était entré avec lui en relations intimes et quasi quotidiennes. Après avoir été reçu des plus courtoisement à l'hôtel du Rhin où log-eait Louis- Napoléon, il était déjà devenu son aide de camp de fait et le confident de tous ses projets. Il avait ardemment propagé le nom du Prince dans l'armée et l'avait fait acclamer, au cours des promenades à cheval où il l'accompagnait, par des régiments que le hasard leur faisai rencontrer. Persuadé du succès qui attendait le Prince lors des élections du lo décembre, il avait, par avance, tout fait préparer à l'Elysée pour le recevoir. Le piquant de l'alTaire, c'est que les aides de camp du général Cavaignac, non moins convaincus de la réussite de leur chef, s'étaient abouchés, comme le comnuindant Fleury, avec le directeur du garde-uKMible, M. de la Rozerie '. Aussi le Président fut-il agréablement surpris, en arrivant à l'ÉIysée, de trouver tout organisé, comme dans une résidence accoutumée. Les valets de pied, à la livrée impériale, étaient rangés dans l'anlichambre. Le suisse frappait le sol de sa hallebarde, et les huissiers étaient à leur poste, aux portes intérieures. On avait égalemcîut pré[)aré un grand coupé aux armes et aux couleurs impériales qui venait de la princesse de Lieven. CiiWc voiture, «"onduite par un ancien cocher du

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