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LES GUIDES DE LA GARDE LE CAIVIP DE CHALONS

Origine des Guides. — Leur réorganisation sous le Second Empire. — Anecdotes du marquis de Massa. — Galliffet. — Moi'ts et vivants. — Organisation du camp de Chàlons. — Le duc de Cambridge. — L'entrevue de Stuttgard.

Les guides ' étaient un souvenir du premier Empire. Les exploits de ces guides ou chasseurs de la garde sont légendaires. Ils suivaient partout l'Empereur. Quatre de leurs escadrons, sous le nom d'escadrons de service, se tenaient à tour de rôle à proximité de l'état-major impérial, prêts dans les moments pressants à se jeter sur l'ennemi, sur un signe de Napoléon. Pendant les haltes

1. En réalité, les guides datent de 1796. Bonaparte, raconte /e Mémorial de Sainte-Hélène, avait été surpris, faute de gardes, dans un château après avou* passé le Mincio. Il dut s'échapper par le jardin, à demi vêtu. « Le danger auquel venait d'échapper le général, circonstance qui dans sa manière d'opérer pouvait se renouveler souvent, devint l'origine des guides, chargés de garder sa personne. » Ce fut le chef d'escadrons Bessières qui les organisa. Le corps des guides reçut l'uniforme adopté depuis par les chasseurs à cheval de la garde. Les guides suivirent Bonaparte en r^-gypte, puis partout, sous leur nouveau nom de chasseurs de la garde.

(le l'Empereur quand celui-ci sarrètail pour consulter ses caries ou pour prendre un léger repas, des chasseurs mettaient pied à terre et, la baïonnette au canon de leur carabine, formaient un cordon de vigilantes sentinelles. Souvent l'Empereur faisait appeler un des chasseurs en faction et, pour consulter Thorizon, il se servait de l'homme immobile comme une statue pour appuyer sa longue vue sur son épaule. 11 y a une quinzaine d'années notre grand peintre militaire Edouard Détaille avait exposé au cercle de l'Union artistique un charmant tableau qui reproduisait cet épisode.

L'Empereur portait habituellement le frac vert de petite tenue des chasseurs de la garde \

Licenciés en i8i5, les guides ou chasseurs à cheval de la garde ne reparurent plus qu'en iS/jS. On semblait à cette époque ci'aindre la guerre : la création de huit escadrons de guides fut alors décrétée pour le service d'état-major. Le commandant Reille fut chargé de les organiser.

Quatre escadrons, réduits à deux en i85o, furent formés. Leur uniforme fut : pantalon et habit veste bleu foncé (modèle Ecole de cavalerie), épaulettes, bandes de pantalon, aiguillettes, doublures, passepoils et shako amarante. La sabrelache était ornée d'ime grenade avec le numéro de l'escadron découpé dans la bombe. Au lieu du bonnet de police, les guides portaient en petite tenue la calotte lie-de-vin, dite « tarbouch » des chasseurs d'Afrique. Le i*' mai, par décret signé Arago, un peloton de guides fut créé au ministère de la Guerre « pour les combattants de Février et autres citoyens qui s'étaient portés le 25 à la défense du ministère. » Il devait faire partie du B** escadrons alors en formation à Luné\ille et se recrutait par voie d'en-

1. On sait (lu'à Saiiilc-IIélène Napuli'oii lui cii^icvcli dans cet un if orme.

gagemenl volontaire. Comme on recherchait surlout les hommes parlant allemand, les trois quarts des cavaliers étaient Alsaciens *.

Sur les cinq formés deux escadrons sont supprimés en i85o. Parmi les sous-lieutenants du i'''" escadron fondu avec le a'"'' fig-urait M. Mathéron qui passa aux guides de la garde à leur formation et qui y resta jusqu'au moment où il prit sa retraite comme capitaine vers 1866. « Le nom de Mathéron, dit le commandant Ogier d'Ivry dans son Historique des Guides, rappelle un des hommes les plus spirituels dans le genre gaulois de cette époque. Ses bons mots comme ses excentricités étaient légendaires. Nommé à sa retraite percepteur à Royan, il manqua tellement de gravité devant les contribuables qu'il fut révoqué. 11 mourut peu de temps après et fort gaiement, d'ailleurs, comme il avait vécu. »

Mathéron fut légendaire. Il était énorme et l'uniforme ajusté du régiment faisait encore mieux ressortir sa rotondité, mais très bon officier et aussi cocardier dans le service que bon vivant à table. ^ Sans fortune autre que sa solde, nous dit le marquis de Massa, il n'en était pas moins le convive recherché de la jeunesse dorée du régiment, que ses saillies rabelaisiennes et sa bonne humeur égayaient. »

Le 9 juin iSôa, l'uniforme des guides était définitivement fixé et les armes impériales à l'N couronné remplaçaient surlaschabraque,lasabretache,lagiberne, le porte-manteau et autres accessoires la grenade à numéro de la première formation. Le kolback fut surmonté d'un haut plumet blanc, noir à sa base et, plus tard, les guides recevaient la longue pelisse tlottante couvrant l'épaule gauche. Pour les officiers, les tresses

1. Historique du 9" hussards el des guides, par le commandant Ogier d'Ivry. Voir aussi : les Murât el les guides de la garde, par M. Marcel de Baillehache {Carnet historique et littéraire, janvier 1902.)

et les galons de la schabraque étaient en or. Les trompettes et la musique eurent les couleurs inversées : dolmen rouge et pantalon vert. Et il en fut toujours ainsi dans la cavalerie de la Garde. Comme tenue de gala pour les bals des Tuileries les officiers avaient la culotte collante avec soutaches et galons d'or et la petite botte hongroise, également avec galons et glands d'or comme sous le premier Empire.

L'effectif de ce réginientconstitué à six escadrons sous la direction du lieutenant-colonel Fleury, aide de camp du Prince-Président, fut formé:

1" Par les deux escadrons des guides d'étal-major quiétaient tous les deux en gai'nison à Paris ;

2° Vingt cavaliers montés pris dans chaque régiment de dragons, le 4'' excepté en raison de son état sur le pied de guerre;

30 Vingt cavaliers montés dans chaque régiment de lanciers ;

4° Trente cavaliers non montés pris dans chaque régiment de chasseurs d'Afrique. Ces hommes bronzés et chevronnés, médaillés pour la plupart, constituèrent dans chaque peloton ce que le marquis de Massa appelle spirituellement les gueules de premier rang.

Quant à la composition du corps d'officiers, le lieutenant-colonel Fleury y fit entrer nombre de jeunes gens de familles aristocratiques, séduits par le port d'un bel uniforme et le séjour dans une agréable garnison. Il y avait là des noms fort connus : Villeneuve-Iiargemont, Galliffet, Kérouarts, Comminges, Montesquiou, Talleyrand-Périg(.rd, l\ohand-Chabot, Chézelles, Filz James, beaucoup d'autres. Et M. de JMassa fait observer : « L'Empire, plus ouvert que le réginiecpii hii a succédé, ne faisait |>as faire antichambre à ses ralliés. »

Et cette tradition s'est conservée aux guides jusqu'à la lin. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à consulter les annuaires de l'époque et l'histoi'ique fort exact du com-

mandant Ogier d'Ivry. Pour les chevaux, le lieutenantcolonel Fleury, promu bien tôt colonel (22 novembre 1852), eut les coudées franches et il monta ses guides comme aucun régiment de cavalerie ne l'a encore été et ne le sera jamais. Il avait l'oreille de l'Empereur et savait obtenir ce qu'il fallait pour son cher régiment. Que le maréchal Vaillant ministre de la guerre résistât parfois, ceci n'étonne pas : « Je le sais bien, disait-il en bougonnant, il va le reste de l'armée... et puis il y aies guides ». Et néanmoins il finissait par céder, consentant telle amélioration, ordonnant telle dépense. Les chevaux étaient tous bais, tous de môme taille pur-sang et l'ensem ble en était merveilleux. Leur prix était de 1.000 à 1.200 francs, prix assez élevé pour l'époque.

C'était un régiment admirablement composé et tenu, où la discipline était sévère. « Le pantalon à la hussarde et le pantalon collant, également proscrits, étaient amendés par le pantalon dit à la Fleury, tombant droit sur la botte couvrant le cou-de-pied et sans poches sur le côté aussi bien pour les officiers que pour la troupe. Une sévérité excessive rendait ceux-là strictement responsables de la plus légère imperfection dans la tenue des hommes sous leurs ordres. Mais aussi quelle satisfaction pour nous, quelle fierté même de rencontrer en ville et montrer à nos amis ces cavaliers bien tournés, bien gantés, marchant d'un pas dégourdi, tète haute, le fourreau du sabre dans la main gauche, la sabretache battant crânement le' mollet I »

Le porti'ait du biillant colonel des guides c'est le marquis de Massa qui l'a tracé pour l'histoire. « Pendant un séjour à Londres où il fait en i836 la connaissance du Prince Louis-Napoléon, Fleury s'était vite assimilé ce qu'il y avait de bon à prendre dans les coutumes anglaises pour l'élégance de la mise, pour l'amélioration de la race chevaline, pour la perfection des attelages. Capitaine de spahis, il passait pour avoir l'escadron de

celle arme le mieux tenu et le mieux monté. Aide de camp, el plus tard grand écuyer de Napoléon III, on a pu voir avec quelle entente il a organisé le service des écuries impériales et exercé son influence sur les haras.

A ceux, ajoute le marquis de Massa qui persisteraient à ne voir dans le colonel Fleury qu'un des courtisans les plus favorisés du règne, il suffirait d'opposer ses états de service sur lesquels on relève de 1887 à 18^8: <leux blessures, deux chevaux tués sous lui, deux mises à l'ordre de Tannée et onze citations dans différents rapports de S. A. R. le duc d'Aumale |et du maréchal Bugeaud, notamment à la prise de la Smalah et à la bataille d'Isly. »

Jusqu'à la création de la garde impériale dans laquelle il représenta l'armée des hussards, le régiment des guides fut seul chargé du service d'escorte.

« Chaque matin un peloton en grande tenue se rendait de l'Ecole militaire aux Tuileries et après y avoir défilé la parade séjournait pendant vingt-quatre heures au quartier d'Orsay. Ce service fut doublé après la naissance du Prince Impérial dont la voiture élait toujours accompagnée d'une escorte à cheval pendant la promenade (piotidienne qu'on lui faisait faire au bois do Boulogne sous la direction de son écuyer Bachon.

Quant à l'Empereur il ne se servait de son escorte que le soir pour aller au théâtre. Un brigadier et huit guides précédaient sa berline; l'officier suivi de son trompette se tenait à la portière de droite; le sous-officier à la i)orle de gauche, le reste du peloton suivait la voilure en colonne par <puitre. L'oflicier élait toujours imité à dîner pour le lendemain aux Tuileries.

11 était i)résenlé offieiellemenl avant (ju'on passAt à table el gracieusement accueilli « non sans éprouver (iu<'l(|ue ('iiiolioii. En elfe! Il nipéralrice élait alors dans tout récliit de s;i j<Minesse et de sa beauté, el la phipait

se trouvaient tellcmenl intimidés en sa présence que leur trouble les empêchait souvent de répondre un seul mot. Mais pour être impératrice on n'en est pas moins femme, et le sentiment de respectueuse admiration qui se traduisait par ce mutisme n'était pas fait pour déplaire à celle qui en était l'objet... »

« La première fois que ce fut mon tour d'être cet invité, la conversation, pendant le dîner, roula sur la pièce en vers qu'on avait entendue, la veille, au second Théâtre-Français, Hélène Peyron, de Louis Bouilhet.

— Je ne sais vraiment pas pourquoi les habitants de la rive droite ne vont pas plus souvent à l'Odéon, fit observer l'Empereur.

— A cause delà distance, dit l'un des convives.]

Et il réédita les plaisanteries ordinaires sur l'éloignement du théâtre et la longueur du trajet.

— C'est fort exagéré, répliqua l'Empereur qui, s'adressant à moi, demanda combien de temps l'on avait mis pour faire ce soi-disant voyage.

— A peine un quart d'heure, Sire.

— Vous entendez, messieurs, et encore le pavé étaitil très glissant.

— En effet, me dit à son tour l'Impératrice, je m'étonne que vous n'ayez laissé personne en route.

— Personne, madame, répondis-je en m'inclinant. Quelque temps qu'il fasse, les guides suivraient Votre Majesté au bout du monde.

— Au bout du monde,ditrEmpereur en riant. Diable! C'est encore plus loin que l'Odéon '... »

Au bout du monde ! Les guides manquèrent bien y aller, car en i855 il avait été décidé que l'Empereur se rendrait en Crimée escorté des guides. Des considérations politiques firent écarter ce projet alors que les préparatifs étaient déjà faits.

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