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Marquis de Massa, Souvenirs

soi LA SOC.IKTE DU SliCOND EMPIRE

Encore une anecclolo coulée par le marquis Philippe de Massa :

(^ Donc, excepté pour se rendre au spectacle, l'Empereur ne se faisait jamais escorter dans la journée soit qu'il montât à cheval, soit qu'il sortît en phaéton avec son aide de camp de service. Quand c'était le tour du colonel Fleury, celui-ci proposait quelquefois de terminer la promenade par une visite à V improviste au quartier de son régiment prévenu à l'avance de cette éventualité par l'envoi d'une estafette des écuries. » De cette façon on avait eu le temps de donner un peu d'ordre dans les chaml)res, aux paquetages, et l'on prolongeait le pansage jusqu'à l'arrivée du visiteur.

Dès que le phaéton de l'Empereur était signalé avenue de la Bourbonnais, la garde de police sorlail en armes, la sonnerie de la soupe appelait les hommes aux gamelles, et quand l'Empereur descendait de voilure dans la cour, à quelques pas des officiers de semaine rendant compte à l'adjudant major qu'il n'y avait rien de nouveau, c'était bien en elï'et l'aspect habituel du quartier, sans préparation apparente.

Mise en scène quand même, dira-t-on peut-être? — Mais, fait observer le marquis de Massa, pour le moindre inspecteur général on en fait bien d'autres.

Guidé par Fleury. Napoléon III passait alors dans les écuries, les cuisines, à l'infirmerie, dans les chambres, interrogeant partout nos cavaliers avec celte sollicitude constante pour les humbles dont le souvenir restera légendaire malgré les malheurs dont ce prince si profondément bon et bien intentionné a été accablé. »

Les guides, pendant uu l(>mps, firent brigade avec les chasseurs de Fontainebleau et tenaient garnison à Melun, raconte M. de Massa. « C/est dans cette dernière ville, que riallilTel fit et gagna le pari — dont l'enjeu (Mail de cinq cenls cigares — dr sniiler à clieval dans la Seine.

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Comme on exagère tout, on a raconté qu'il s'y précipita du haut du pont du chemin de fer. Voici la vérité : il y avait en saillie le long de la berge, pour la baignade des hommes du régiment pendant l'été, un ponton assez élevé d'où ceux qui savaient nager piquaient des tètes dans l'eau assez profonde à cet endroit. C'est de ce ponton que le héros du pari, en tenue du jour, avec sabre et shako, enlevant vigoureusement Laura, sa jument de steeple-chase, plongea avec elle dans le courant et la ramena à la nage sur le bord, lui toujours en selle. » La jument croyant qu'il s'agissait d'une course était toute prête àrecommencer et Gallillet eut toutes Icspeinesdu monde à la contenir. « On se tordait sur les deux rives, raconte le commandant Ogier d'Ivry et il fallut que le lieutenant de (jallitï'et mît pied à terre pour démontrer à Laura que son parcours était terminé... » Un correspondant de Y Illustration avait eu vent de ce pari, mais il manqua le train et ne put arriver à IMelun que quand l'épreuve était terminée. On le mystifia en disant que le lieutenant de Galliflet avait sauté dans la Seine du haut du pont du chemin de fer, ce à quoi M. de Massa faisait allusion plus haut. Quelques jours après une gravure du Journal popularisait ce fait; tous les journaux illustrés d'Europe la reproduisirent à l'envie, et c'est ainsi que d'une performance assez remarquable déjà par elle-même, on fit la légende qui court encore aujourd'hui.

Le général Cassaignoles, commandant la brigade, réunissait une fois par semaine ses deux régiments pour les faire manœuvrer ensemble dans la vallée de la Sole près de Fontainebleau.

Comme la Cour y séjournait une fin de printemps, l'impératrice passant de ce côté au cours d'une de ses promenades s'arrêta un jour pour voir évoluer les guides. Un fourgon suivait qui contenait un somptueux goûter. Pendant le repos, les officiers furent con- I 20

vies à prendre pari sur l'herbe à ce lunch improvisé. Des toasts furent portés à la souveraine par le général et les deux colonels, les langues se déliaient et le dialogue suivant distraya l'auditoire.

— Dans les parties de campagne, fit entendre l'Impératrice, il y a toujours quelqu'un qui se dévoue pour chanter la chanson tradilionnellc. Lequel d'entre les officiers consentirait à égayer la réunion.

— Batsalle, Batsalle, désigna le chœur.

M. de Batsalle était un lieutenant de chasseurs de la garde qui passait pour avoir un répertoire très varié.

— Comment, vous hésitez ?

— Beaucoup, Madame, parce que les chansons que je connais ne sont guère faites pour être chantées en présence de Votre Majesté.

— Bah ! admettons que les mots un peu trop vifs, vous les remplacerez par turlulutu.

— C'est que...

— Quoi encore ?

— C'est qu'alors, Madame, il n'y aura presque que des turlututus !

La sonnerie à cheval mit fort heureusement fin à l'embarras du chanteur.

Le colonel Fleury s'était attaché à organiser magnifiquement le mess des officiers et à doter le régiment d'une musique qui, sous l'habile direction de son chef, le compositeur Mork, ne tarda pas à acquérir une réiuitatiou universelle. Les solistes y étaient des artistes de lalenl, notamment Arban qui devint un des chefs d'oicheslre des bals de l'Opéra. La musique fu[ supprimée en 1867 avec toutes les musiques de cavalerie et les musiciens répartis dans les musicjues de l'infanterie de la garde.

« Le mess postérieurement transféré à l'Ecole militaire oîi il a servi de modèle à ceux des autres régiments de la garde mais qui occupa tout. d'abord un hùtel rue de GiXMielle, était un véritable cercle dans lequel, en

dehors du service, les grades se confondaient dans une ég-ale camaraderie entre ceux qui avaient quelque fortune et ceux qui n'en avaient pas. L'Empereur avait pourvu aux premiers frais d'installation, et ni le mobilier, ni l'argenterie, ni la vaisselle n'avaient rien d'inférieur aux objets de même nature dont est doté l'hôtel des Horse Guards à Londres. La table disposée en fer à cheval était présidée par le plus ancien officier supérieur présent. Les autres places étaient tirées au sort chaque dimanche et obligatoires pendant la semaine suivante, afin d'éviter des groupements par coteries. Chaque mercredi, un dîner de gala, pendant lequel jouait la musique du régiment, nous permettait soit de faire des politesses individuelles, soit d'adresser des invitations collectives aux généraux étrangers, aux attachés militaires nouvellement accrédités, aux officiers anglais de passage à Paris à l'époque des courses, etc. A ces dîners hebdomadaires tout le monde était en habit et en cravate blanche excepté les officiers de semaine, en tenue journalière avec la giberne, signe distinclif de leur service '. »

Le mess était administré par une commission composée d'un capitaine, d'un lieutenant et d'un sous-lieut«nant qui se renouvelait tous les trois mois. Aux repas il arrivait que des officiers ne se tinssent pas pour assujettis à la même exactitude qu'au quartier, d'où des amendes payées avec bonne grâce et qui égayaient les camarades des retardataires.

Le brillant colonel Fleury - allait quitter son beau

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