Marquis de Massa, Souvenirs
2. Au culonel Fleury succédèrent : 1" le colonel de Mirandol, qui commandait le régiment en Italie et le menait au feu à Magenta; 2" le colonel de Montaigu, qui remplaça Mirandol devenu général, lui-même est mort divisionnaire; 3" le prince Joachim Murât, qui, fait général au début de 1870, fut remplacé par le colonel de Percy de Norlhumberland, lequel lit avec les guides la campagne sous Metz. En dehors de ceux-là, il y aurait beaucoup d'officiers à nommer parmi ceux qui firent partie de ce régiment. Pour ne citer que les officiers généraux : Legrand,
réi^nment le 18 mars i856, époque à laquelle, à roccasion de la naissance du Prince Impérial, il fut promu général. Ses adieux à ses officiers el à ses soldais à la revue d'adieu de la terrasse de Saint-Germain sont restés légendaires. En leur présentant son successeur le colonel de Mirandol, brillant soldat d'Afrique, le nouveau général était fort ému. 11 finissait par ces paroles: « Ma sollicitude vous suivra partout. Quand vous serez dans la peine, venez me trouver, je serai toujours prêt à vous rendre service. » Et le général ajoute dans ses Mémoires : « Ces braves garçons se sont souvenus de mes paroles mais il faut croire qu'ils ont pullulé. Ce que j'ai secouru de guides depuis trente ans est incroyable ! » Pour finir, rappelons les paroles de la Marche des Guides que les cavaliers ne cessaient de fredonner dans la cour du quartier' :
Je suis du régiment Des guides de la garde, Fidèle à mon serment, Fidèle à ma cocarde.
liciileiiant-colonel du début, inoi-l héroi'iiuement à la tète de sa division à Gravclottc ; (juépratte, Corol-Laquiaiite, baron Petiot, Renault-Morlière, de Nansouty, Ilumann, de Serlay, de Lamai'tinière,de Latheulade, morts brigadiers; les divisionnaires de Gressot, de (ialilTet, O'Connor, Charreyron, puis les généraux de Vcrdière, Grandiii, Massing, toujours vivants; ('itons encore les colonels de Mauret,de Mouclicron, de Gontenson, tué pendant la guerre ;Charretton,.\lcée Gibert.lemarijuisde Massa, le comte Ogier d'Ivry, le vicomte de (>hézelles, le comte de Gomminges, le vicomte de la Mettrie, le vicomte .1. de Filz- James, M. M. de Moracin, de Brossin de INIéré, comte L. de Turenne, d'Hébrard, de Gorberon, Frnest Saulnier, marquis de Barban(;-ois, marquis de Gorberon, comte Davillier, de Morell, d'Aubigny (l'Assy, Grind)lot, le comte de Pina. i-'raiicbet d'Ksperey, de Saint-Pierre, de P>ességuier, de Navaiilcs; bi^^n d'aulrcs encore seraient à retenir.
1. Oue de fois, dans les revues et vaudevilles où il excelle, le marquis de Massa a évoqué le brillant régiment des guides 1
|»ans une |>ièce jouée, le 2 juillet I8'.)8, clie/. le prince Jttailiim Miu'cii Me prince Minai, l'ancien c(»lunel îles guides, vivait en
Cavaliers intrépides, Sans reproche et sans peur, Toujours seront les guides Au chemin de l'honneur.
Aux combats aguerri Voyez à notre tête Ce chef de tous chéri [bis) Amis, suivons l'aigrette Du colonel Fleury.
" Le décret Impérial portant création du camp de Châlons était signé le i5 novembre i865. On com-
core), M. de Massa avait introduit un couplet sur les guides :
Ah ! certe il était beau le régiment des guides,
A cheval, sabre en main, quand le soleil levant
Eclairait, déployés sur deux lignes splendides.
Nos plumets blancs et noirs caressés parle vent !
Sans doute on y menait la vie à grandes guides,
Sans doute notre mess n'était pas un couvent,;
Pourtant la discipline était des plus rigides
Et l'esprit militaire on ne peut plus fervent.
D'autres temps sont venus, couvrant d'un voile sombre
Ce brillant météore enfoui dans leur ombre,
Mais dont survit l'image en mon cœur attendri.
Avec le souvenir des morts que l'on regrette
Et celui des beaux jours où nous suivions l'aigrette
Qui pointait au colback du colonel Fleury.
En envoyant ce sonnet à l'un de nous, le marquis de Massa en rappelait la genèse : « Le prince Joachim Murât faisait jouer une revue spécialement écrite pour la circonstance par MM. Cartier, Jollivet, de Bertier. Ouelques jours avant la représentation, on me demanda d'y introduire un couplet sur le régiment des guides, qui fut motivé par un bonnet de police trouvé par hasard pour les besoins de la pièce. Le couplet fut chanté par Marguerite Deval. Aussitôt après, l'orchestre entama la marche du régiment, et les quatre ou cinq anciens officiers présents parmi les spectateurs, le prince Murât en tète et votre serviteur, se 'levèrent comme un seul homme pour entendre debout cet air consacré. L'elfet fut très grand dans le public et aussi parmi les interprètes en scène qui ne s'y attendaient pas. »
Le marquis de Massa, ce galant homme, spirituel et fidèle à ce qu'il avait aimé, est mort, emportant les regrets de tous, dans les derniers jours d'octobre ll'lO.
310 LA SOCIETE nu SECOND EMPIRE
mença sans relard, dans les premiers mois de Tannée suivante', à y faire les inslallalions les plus uri^enles, le terrain étant nivelé, les tentes dressées pour recevoir bientôt la (iarde Impériale qui allait inaugurer, sous le commandement en chef de l'Empereur, du 3o juin au 8 octobre 1857, la première série des grandes manœuvres de masses, qui devaient s'y poursuivre annuellement par tous les corps de Tarmée française.
En face du village du Grand-Mourmelon, sur une petite élévation, on construisit le quartier impérial, constitué par quelques élégants chalets en planches. Au centre de cette élévation d'où l'œil pouvait embrasser tout le panorama du camp, s'élevaient un grand pavillon peint en blanc avec des raies bleues et deux autres baraques latérales, formant le premier plan : c'était le logement de l'Empereur et de ^on étatmajor général. A la droite un pavillon destiné à l'Impératrice qui y vint plusieurs fois : en continuant; des baraques pour les princes étrangers et les ministres. Derrière se trouvaient des baraques-écuries et les tentes des Cent-gardes. A gauche, s'élevaient des baraques du quartier général, le pavillon du maréchal, et une belle ferme-modèle, dite de l'Empereur.
Les officiers et la troupe logeaient sous la tente ; les cuisines et les mess des officiers étaient installés dans des baraques construites devant le front de chaque régiment"^.
Tout cet ensemble de constructions en plauches revêtues d'une peinture uniforme présentait un couj) d'o>il très satisfaisant. Aucun luxe, mais une régularité, un ordre admirables. « Dans les camps que j'ai visités en
1. Les ijénéraux Caslelnau cl l'ItMiiy avaient reçu la mission de recoiiiiailre !<• tcnaiii, de poser les jalons des l)aia(nieiiienls futurs cl de (l«''siiiner reuiplacenient du (luartier général.
2. (Capitaine Hicuaiu», la Garde; i^'énéral comte Tlechv, t. I; baron A. \ i:ni.\, IJ^^ncmlmn ilm ('.i-nl-ijurilcs.
LR CAMP DE CIIÀLONS
Europe, souligne le général FIcury, je n'ai rien vu (jui put rivaliser avec celte organisation du quartier général. Celait le capitaine du génie Voynant qui avait présidé à rétablissement de ce vaste parallélogramme et
Le [lavillon de l'Empereur au camp de Chàlons. (Gravure e.xlrailt; du Monde Illustré.)
c'était le colonel comte Lepic, aide de camp de l'Empereur, ({ui, en qualité de premier maréchal des logis du palais, avait la haulo main sur le quartier impérial. » Pendant Télé de 1807 allait avoir lieu l'inauguration du camp. L'Empereury présida et ce fut une superbe cérémonie militaire à laquelle de nomltreuses Iroupes prirent part.
Les divisions de la garde l'avaient métamorphosé en quelques jours. Le terrain avoisinant les tentes avait été nettoyé, ratissé même ; les rues du camp empierrées et roulées portaient les noms des camarades morts glolieusement en Crimée. Derrière les baraques, de petits jardins ; devantle front de bandière de chaque régiment s'élevait un piédestal destiné à recevoir le drapeau du corps gardé par une sentinelle.
Les guinguettes, les balsmusettes, les cafés concerts, les petits commerces avaient forcément envahiles alentours ducampprès de Mourmelon.On ne pouvait empêcher, on ne pouvait que réglementer et organiser la police de cette cité grouillante. Les soldats, pour la question théâtre se montraient pleins d'entrain euxmêmes; les grenadiers y créèrent le théâtre du Prince Impérial. A l'âge de six semaines en effet, le Prince avait été incorporé comme enfant de troupe au !*"■ grenadiers et en i858 il sera nommé caporal à la première compagnie du 1'' bataillon.
« Tous les dimanches, la garde impériale se réunissait en grande tenue de service et se massait auprès du quartier général autour d'un autel en plein air pour y entendre la messe militaire. Cette cérémonie était vraiment grandiose, et tous ceux à (jui il a été donné d'y assister en ont gardé une impression profonde et un souvenir inetï'açable K
L'Empereur, suivi de tous les généraux, escorté d'un état-major des plus nombreux, se rendait à la messe à pied, au son des sonneries aux champs, aux accents de l'hymne national, et au bruit des salves d'artillerie.
Un général de brigade commandait les troupes pendant le service divin, tandis que, devant tous les lam-
1. Le 20 septonil)re,la messe fut célébrée de façon encore plus solennelle «nie de coutume par Mi^r Menjaud, aumônier de ILlmpereur.