‹ La société du second empire (volume 3)Chapitre 76 sur 84 · Capitaine Richard, op. cil · texte numérisé non relu

Capitaine Richard, op. cil

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Le 1*' Septembre, l'Empereiirinaugura la première période de manœuvres du camp de Châlons : une série d'opérations eurent lieu sur des thèmes donnés, et la Garde fut exercée au tir, aux travaux de fortification et à des manœuvres d'ensemble qui à l'époque eurent grand retentissement. La ligne de chemin de fer du camp fut inaugurée solennellement quelques jours après. Le 18 septembre arrivait le duc de Cambridge accompagné de sa maison militaire et du célèbre lord Cardigan spécialement invité par l'Empereur.

Pour faire honneur au cousin de la Reine, chef de l'armée anglaise, Napoléon III avait envoyé à sa rencontre à la gare le général Fleury et une escorte de deux pelotons de cent gardes. Une double haie formée par la cavalerie s'étendait sur tout le parcours.

Le duc de Cambridge et lord Cardigan furent très chaleureusementaccueillis. « La vue deces habits ronges dans un camp français évoquait des souvenirs glorieux. Tous les anciens soldats de Crimée étaient d'autant })lus sympathiques aux deux héros dTnkermann et de Balaklava que cotte présence au camp rappelait la part généreuse prise dans ces glorieuses journées par l'armée française courant au secours des Anglais. Aprèsquelques jours bien employés pendant iescpiels avaient eu lieu de grandes manœuvres, des expériences de tir, des revues, des grands dîners, des représentations sur le IhétUre improvisé de Mourmelon, le duc de Cambridge et lord Cardigan fêtés, acclamés, cIkuiuc fois qu'ils passaient dans les rangs, |)rir(Mit congé de l'Empereur. »

Ce n'était pas sans motifs (jue Napoléon III avait lait au prince et aux officiers une réception si brillante. L'Empereur allait bientôt partir pour se rencontrera Stullgard avec rEuq)ei('ur de Russie. Il s'attendait aux récriminations jalousesque causerait à Londres cette entrevue et, par son amabilité démonstrative, il s'efl'orçait

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d'atténuer la méfiance dont il savait devoir être Fobjet.

Donc le 25 septembre l'Empereur partait accompagné du comte Walewski, ministre des afîaires étrangères, du prince Joachim Murât, des généraux de Failly et Fleury.

A Bade le souverain avait été salué par le prince Guillaume de Prusse, frère du roi, ce prince qui allait devenir régent, puis roi de Prusse... puis empereur d'Allemagne; Napoléon III avait déjeuné avec le grandduc et la grande-duchesse de Bade, la grande-duchesse Stéphanie et ce même prince de Prusse.

A Stuttgard où il arrivait à 4 heures, 1" Empereur était attendu par le roi et la reine de Wurtemberg, la reine des Pays-Bas, la grande-duchesse Hélène de Russie. Dans la soirée du lendemain, l'Empereur de Russie venait se joindre à cette réunion princière dont l'importance n'échappait à personne. L'ambassade extraordinaire du comte de Morny à Saint-Pétersbourg avait préparé un rapprochement entre la Russie et la France, l'entrevue en était la sanction amicale. Jusqu'où pouvait aller ce rapprochement que M. de Morny eut voulu complet, efficace? presqu'une alliance pour l'avenir? on ne pouvait espérer que ce fut bien loin, étant donnée lalliance anglaise.

Le général Fleury donne ainsi ses impressions de témoin :

« Des grands dîners auxquels assistaient les trois souverains, l'Impératrice de Russie \ les quatre reines et les princesses, escortés de leurs grands dignitaires ; des jardins du château de Walhelma féeriquement illuminés, de la visite aux magnifiques haras du roi

1. L'Impératrice Eugénie ne venant pas, il avait d'abord été décidé que la czarine resterait dans le voisinage. Dès la première entrevue avec Napoléon III, le czar fit prier la czarine de venir à la réunion du soir, et elle y vint en effet avec la reine Amélie de Grèce, femme du roi Othon et fille du grand-duc Auguste d'Oldenbourg.

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fanatique de ses chevaux l'éputés dans le monde entier, je ne parlerai pas... Tout cela n'est que le cadre d'un tableau bien autrement intéressant : celui de tous ces princes et princesses entoui-ant de leur sympathie respectueuse, de leurs prévenances sympathiques l'Empereur venu dans cet Olympe, spectacle plus saisissant que les grandes scènes de Windsor et de Saint-Cloud. » C'était pour Napoléon une réédition de Tilsitt...

« Comme tout le monde m'occupant de politique, j'ai compris sans avoir reçu de confidences de l'Empereur à ce sujet, que le Czar, sous le prétexte d'entrer en relations amicales avec son généreux adversaire et de le remercier de sa modération, avait pour but de le détacher de l'alliance anglaise et d'obtenir de lui des garanties contre toute immixtion de la France dans la question polonaise. »

La reine Sophie de Hollande se montra très effrayée après les premières entrevues, tant Napoléon 111 était entouré d'attentions et d'adulations. Elle craignait qu'il n'en fût grisé et que toutes ces coquetteries ne finissent par compromettre l'alliance anglaise à laquelle elle tenait tant.

Elle fit venir le général Fleury un matin à 7 heures. « .le n'ai pas dormi de la nuit, lui dit-elle. Je sais que l'Empereur Napoléon doit se rencontrer tout à l'heure avec l'Empereur Alexandre. Tous ces entretiens répétés me donnent beaucoup à penser, .le désire ardemment, mon cher général, (jue vous suppliez l'Empereur de se défier des Russes et de ne pas perdre de vue que l'alliance anglaise est précieuse pom* la France et |iour lui. »

Tout en n'étant pas tout à fait de l'avis de la reine, Fleury s'acquitta de sa mission auprès de l'Empereur qui sourit du zèle exagéré de la reine disant : « Je la lran(piillis(^rai. »

Au fond, l'Empereur désirait ardemment se rappro-

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