LK CAMP DE CIIVLONS
cher de la Russie Loul en ne se séparant pas de l'Anglclerre pour laquelle il avait des sympathies très réelles, et que fortifiait l'amitié témoignée par la reine Victoria.
Les dernières entrevues semblèrent apporter un résultat réel : « On s'était séparé, écrivit plus tard M. Rothan, le front déridé, presque radieux; la raison d'Etat l'avait emporté sur les préventions... Les deux souverains s'étaient promis de ne rien entreprendre sans se concerter et de se soutenir mutuellement par l'action de leur diplomatie soit en Orient si des complications venaient à surgir, soit en Italie si un différend devait éclater entre la France et l'Autriche. Dans cette dernière éventualité, la Russie nous assurait d'abord sa neutralité sympathique et, .les événements engagés, elle nous promettait, sans cependant se lier conlractuellement, la concentration de i5o.ooo hommes sur les frontières de la Galicie ; on était allé jusqu'à prévoir une alliance éventuelle. »
Les deux Empereurs en se quittant avaient l'air très contents l'un de l'autre et dans l'entourage on disait que l'entrevue avait réussi à souhait. A Saint-Pétersbourg, M. Baudiu, chargé d'all'aires de France, recueillait pareille impression du prince Gortchakofï; et notre ministre de France à Weimar, le vicomte des Méloizes au lendemain de l'entrevue de l'Empereur Alexandre avec l'enqiereur d'Autriche, quelques jours après les entretiens de Stuttgard, ne manquait pas de souligner la tristesse du souverain autrichien contrastant avec la gaieté de l'empereur Alexandre.
L'Autriche en etVet avait tout lieu de s'inquiéter... L'accord avec la Russie nous était alors nettement offert: pour protcgerles chrétiensde Syrie, nous devions trouver appui fidèle à Saint-Pétersbourg. Mais il eut fallu ne pas nous en tenir exclusivement à l'alliance anglaise — malgré les gros nuages de i858 à propos de
l'alicn uni et de la pétition des colonels, nous allions de nouveau nous rapprocher d'elle Tannée suivante, — il fallait nous montrer neutres, surtout ne pas intervenir dans la question polonaise, il fallait en échange de bons procédés nous montrer coulants sur l'article i4 du traité de i856 touchant la liberté de navigation dans la mer Noire... Tout cela était-il possible?