‹ La société du second empireChapitre 10 sur 56 · Germain Bapst, Le maréchal Canroberi, t. IV · texte numérisé non relu

Germain Bapst, Le maréchal Canroberi, t. IV

2. Il y avait alors à la cour de Biarritz une dame allemande de haute stature riui professait pour Bismarck la plus vive admiration. Un soir, Mérimée, ayant fabriqué, en habile artiste, qu'il était, une tète de mannequin chafouine et moustachue comme c ;lle du ministre prussien, la plaça sur l'oreiller de la dame, de façon à simuler un homme couché dans son lit. A l'heure du coucher, chacun épia naturellement les suites de l'incident qui finit au milieu d'un éclat de rire général,

chologue à l'intuition sûre a mesuré toute la prudence, toute la méfiance qu'il importe de toujours conserver en face d'un aussi rude jouteur et le poids énorme qu'il représente dans les destinées de l'Europe. S'il s'associe à la raillerie g-énérale en écrivant : « Rien de plus comique que M. de Bismarck en casque et en cuirasse », il ne fait plus un projet pour un terme plus ou moins long sans ajouter : a Si M. de Bismarck le permet. » Et, le 7 juillet 1870, quelle stupéfiante lucidité de pressentiment lui fera écrire à son ami Panizzi : « Il n'y aura point de guerre à moins que M. de Bismarck ne le veuille'absolument !»

En ce même mois de juin, la Cour reçut un souverain à la prestance beaucoup moins imposante et à l'autorité plus illusoire que celle d'Alexandre II et de Guillaume P''. Ce f utce don François d'Assise devenu roi d'Espagne en 1846 par son mariage avec la reine Isabelle et qui, après avoir été toujours écarté du pouvoir par sa femme, devait être détrôné, à la suite de la révolution de 1868.

Une splendidefêtede nuit fut donnée en son honneur au palais de Versailles et ce fut l'Impératrice elle-même qui tint à en régler l'ordonnance jusqu'au plus petit détail, en sa qualité d'Espagnole heureuse de rendre cet hommage au souverain de son pays d'origine. Pourcette réception elle ne trouva rien de trop beau ni de trop coûteux. Il y eut spectacle au théâtre du palais, souper de six cents personnes dans la galerie des Glaces, illuminations grandioses et feu d'artifice tout à fait sensationuel au bout du Tapis vert, sur le grand bassin qui s'étend au fond du parc. L'aitificier Ruggieri avait réservé, comme clou final, quatre bouquets de vingt-

cinq mille fusées chacun qui embrasèrent toute la ville. Ce qu'on vit certainement de moins éclatant dans la fête, ce fut celui qui en était le héros : « ce pauvre petit misérable roi d'Espagne, dit la princesse de Metternich, qui avait bien la plus triste mine qu'on pût imaginer. Au physique, il était absolument indigne du splendide spectacle qu'on lui offrait et, ma foi, il me semble qu'au moral il l'était également. Un pauvre sire dans toute l'acception du mot. »

La foule acclama l'Impératrice, lorsqu'elle se mit à circuler parmi elle, entourée des officiers de sa maison et qu'on put l'admirer, radieuse de beauté dans sa robe blanche lamée d'argent et parée de ses plus beaux diamants. « Je la vois encore, rappelle la princesse de Metternich, faisantquelques pas dans les platesbandes devant le palais. Elle avait jeté négligemment sur ses épaules une espèce de burnous blanc, brodé d'or, et les murmures d'admiration l'accompagnaient comme une traînée de poudre. Elle aimait à être louée des fêtes et des appartements qu'elle arrangeait. Un compliment sur sa personne eût été aussi mal venu que sur sa toilette, mais, lors de la fête de Versailles, elle exigeait qu'on la félicitât, et il y avait bien de quoi. En passant devant moi, elle m'interpella par cet « Eh ! » familier qu'elle disait avec une grâce toute méridionale.

« — Eh ! que dites-vous de ma fête?

(( — Je dis qu'elle est digne de Votre Majesté ^ »

Si le roi François d'Assise n'intéressa que médiocrement les Parisiens, il n'en fut pas de même du sultan Abdul-Azis qui arriva le 3o juin. Quinze jours avant son débarquement à la gare de Lyon, il faisait déjà le sujet de toutes les conversations, moins par les actes qu'il avait accomplis comme souverain et pour les réformes

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