‹ La société du second empireChapitre 15 sur 56 · Voir le tome ill, chapitre vni · texte numérisé non relu

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démcllie la mâchoire, nous ne manquions pas de nous glisser l'un vers l'autre et de nous dire tout bas d'un ton navré en levant les yeux au ciel :

— Sodome et Gomorrhe^ ! »

Entre onze heures et minuit, le thé était servi dans

Le salon de Ilmpératrice au château de Compiègne.

le salon de l'Impératrice. Celle-ci se retirait vers minuit, quand l'Empereur avait déjà quitté la réunion, à moins qu'il ne fût lancé dans une de ces discussions sur Vercingétorix ou la fortification romaine qui otTraient pourluitantd'intérêt. Les invités rejoignaientalorsleurs chambres, mais il était rare que ce fût pour s'y mettre au lit de suite. On se faisait des visites de chambre à chambre et Ton restait à bavarder, à potiner et à rire jusqu'à des heures souvent avancées.

]. Souvenirs de la princesse Pauline de Metiernich

Le lendemain jusqu'à midi, chacun était libre de vaquer à ses petites affaires. A midi sonnant, on se réunissait au salon des Cartespour le déjeuner, les hommes en redingote, les dames en robe souvent fort simple. Beaucoup s'en tenaient même à des tissus de laine. L'Impératrice donnait le ton et elle désirait que les vêtements de promenade fussent pratiques et sans prétention. Elle portait presque invariablement une jupe en laine, le plus souvent noire avec une blouse de molleton ou de flanelle rouge retenue autour de la taille par une ceinture en cuir. Au déjeuner, on mettait le rang de côté et on se plaçait à volonté. Seules les deux places à droite et à gauche de Leurs Majestés étaient désignées aux élus qui variaient tous les jours.

On indiquait alors le programme de la journée, mais il ne liait personne. Durant les après-midi, l'Empereur laissait à ses hôtes la plus complète indépendance. « Il cherchait, dit M. Pierre Quentin-Bauchart, à acclimater à Compiègne le genre de vie suivant : une existence large sans contrainte, où les souverains s'efforçaient de mettre leurs invités complètement à l'aise en les traitant sur un pied de cordiale çgalité, et où l'étiquette n'intervenait que pourarrêter l'intimité à sa juste limite ; une période de détente, de ce laisser-aller qu'autorise la campagne, de gaîté franche et complète, sans faux respect humain, avant de retrouver à Paris le souci des affaires et les entraves dorées d'une vie de cour toute de représentation. L'Empereur, qui avait vécu en Angleterre, cherchait certainement à réaliser cette hospitalité des châteaux britanniques où la liberté très grande et le confortable absolu se marient siheureusement^ »

1. Pierre Qubjutin-Baughart., Les Chroniques du château de Compiègne.

Quant au programme fixé par les maîtres de la maison, il se composait tantôt de ces promenades en chars à bancs à travers la foret qui donuaient de l'inquiétude à Mérimée, tantôt d'une visite à Pierrefonds, tantôt d'une chasse à tir pour laquelle les privilégiés recevaient des invitations spéciales. Les amateurs d'archéologie faisaient grand plaisir à l'Empereur en l'accompagnant dans ses' excursions au cimetière galloromain du mont Chyprès, près de la croix Saint-Ouen, à Saint-Etienne, à Champlieu ou au Mont-Berny où a été découverte une ville romaine.

Les dames restaient souvent auprès de l'Impératrice, la suivant dans ses promenades à pied, trottinant auprès d'elle dans les allées du parc, visitant la faisanderie, s'amusant de tous les détails de la route. Dans une de ces promenades, Mme de Metternich voulut absolument embrasser un petit Savoyard tout noir qui poussa un cri épouvantable. Cet escadron volant delà belle souveraine avait parfois d'étranges idées. Ne se sentit-il pas, un jour, la velléité d'abattre un arbre ? Audacieusement, sous la direction de l'Impératrice, on vit les mains fines et blanches de ces bûcherons inattendus manier cognées et serpes avec une maladrese qui les remplissait de gaîté ? Quand, avec de grandes démonstrations de fatigue, les entreprenantes personnes prirent^ le sage parti de s'asseoir, l'arbre était à peine entamé. Quelquefois aussi elles s'amusaient à des rallye-papcrs, soit à cheval, soit à pied, dans le parc. Un jeune homme de bonne volonté remplissait alors le rôle de la bêle et cette guerre plaisamment symbolique de vingt femmes contre un seul représentant du sexe mâle se prolongeait souvent deux à trois heures. Il arrivait aussi qu'on se contentât pour toute équitation, du manège de chevaux de bois qui tournait dans un coin du parc.

Il y avait chasse à courre une fois par semaine et, ces jours-là, bien peu de personnes demeuraient au châ-

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teau, tant ce spectacle attirait les curieux. Il était à peu près impossible alors de trouver un domestique à son poste. Une fois, le général du Barail, voulant partir, ne put mettre la main sur un cocher. L'écuyer de service s'arrachait les cheveux, mais Napoléon III, prenant la chose moins au tragique, se promenait paisiblement sous le péristyle du château en disant à son hôte avec son habituelle bonhomie narquoise :

— Qu'est-ce que vous voulez ? Ils sont allés voir la chasse, ça les amuse.

Le rendez-vous des chasses à courre était fixé invariablement au Puits-du-Roi, vaste carrefour auquel aboutissent de larges avenues qui se perdent dans les profondeurs de la forêt. D'un côté, élait groupée la meute, silencieuse sous la garde des valets de chiens à livrée éclatante ; de l'autre et formant un demi-cercle, se rangeaient les voitures venues des châteaux d'alentour ; au centre se réunissaient les invités pourvus du bouton. Au coup d'une heure, le cortège impérial était signalé. A cheval, en tête, trottait le baron de Wimpfen, grand veneur de Compiègne, en habit de chasse vert et or, en bottes à l'écuyère etculo.tte depeaudedaim, le tricorne galonné d'or surmonté d'une bordure de plumes noires, Derrière-lui le break impérial était traîné par six chevaux montés par des postillons en perruques poudrées. L'Empereur et l'Impératrice se tenaient sur le siège de devant, les membres de la famille impériale ou quelque hôte illustre dans l'intérieur. Les autres breaks étaient à quatre chevaux.

Nous ne suivrons pas la chasse à courre dans ses péripéties, car nous avons déjà donné tous les détails qui tiennent à ce sujet dans notre chapitre La Vénerie ^impériale ^ Citons seulement ce joli souvenir de Mme

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