Voir le tome II, chapitre xui
OctaYe Feuillet, recueilli un jour qu'elle avait suivi la chasse et qu'elle était descendue un instant pour se réchauffer : « Au milieu du calme qui m'enveloppait, j'entendis de bruyants éclats de rire. Ils venaient d'un endroit défriché entouré d'une clôture de petits sapins qui cachait à demi une cabane abritée par un grand chêne. Devant la porte de la maisonnette, des femmes qui me paraissaient être celles des breaks battaient la terre de leurs petits pieds et se tapaient mutuellement dans les mains pour y ramener la chaleur : c'étaient celles qui avaient ri si bien. Au milieu du groupe un homme de petite taille, portant le tricorne Louis XV, alimentait une flamme bleuâtre qui sortait d'un vase posé sur un trépied. Cet homme, c'était l'Empereur. Il me parut plus animé qu'à l'ordinaire ; cette halte dans les bois, ce punch qu'il préparait aux femmes, ce retour à la vie libre semblait avoir rajeuni son front ; il était charmant dans sa souveraineté champêtre. Après l'avoir admiré par-dessus les clôtures, je me sauvai sans être aperçue^ »
Vers cinq heures et demie, l'Impératrice prenait le thé dans le salon de musique, entre sa chambre à coucher et le cabinet de l'Empereur. C'était une vaste pièce, fort àrtistement meublée et décorée, où l'on remarquait surtout de grands bahuts en laque de Coromandel et des tapisseries représentant la vie d'Esther encadrées dans des boiseries claires. Là avait lieu une réception tout intime à laquelle étaient seuls admis cinq Ou six invités spécialement prévenus dans la matinée. C'était à ce moment surtout que la gracieuse souveraine aimait à causer avec les littérateurs, les artistes, les savants et qu'elle prolongeait avec eux souvent jusqu'au dîner des conversations auxquelles elle prenait le plus captivant intérêt.