CHAPITRE V
I. — Le duc de Persigny. — Sa haine du régime parlementaire. — Ses rapports avec l'Empereur. — Un projet de décret. — Les dépenses du château de Chamarande. — La duchesse de Persigny. — Eugène Rouher. — Un homme de dossier. — Docilité de mandataire. — Rouher à la tribune. — Sa vie intime. — « C'est ma femme ». — Le comte Walewski. — Ses qualités. — Un parfait gentilhomme — L'École du monde. — Un ennemi des cerfs- volants. — Walewski président du corps législatif. — EmileOllivier. — Sévérité «le l'opinionàson égard.
— Continuité de ses vues politiques concili.intes. — Ses entretiens avec l'Empereur. — Emile Ollivier orateur. — Ses deux mariages.
IL — Thiers. — Son caractère. — L'opposition orléaniste. — Humeur caustique de ïhiers. — L'orateur. — Les épreuves retouchées. — Un causeur qui aborde tous les sujets. — Lé salon de Thiers. — Dans le trou du souffleur. — Jules Favre.
— Son opposition acharnée à l'Empire. -^ L'horreur de la multitude. — Jules Favre à la tribune. — Il taquine la muse.
— Gambetta. — Sa passion pour l'art oratoire. — Ses succès de pai-ole au Quartier Latin. — Sa plaidoirie au procès
- de la souscription Baudin. — Gambetta à la tribune du Corps législatif. — La dame aux gants noirs.
Il n'entre pas dans la conception d'unouvrage comme celui-ci de montrer et de juger l'œuvre de ceux qui se signalèrent dans la politique du Second Empire. Mais IV 10
certains d'entre eux tinrent une telle place dans la société contemporaine, soit au service du pouvoir, soit dans l'opposition, que nous nous montrerions incomplets en ne donnant pas un aperçu de leur physionomie. Nous avons déjà consacré un chapitre au duc de Morny ^ Des hommes comme Persigny, Rouher, Walevs^ski, Emile Ollivier d'une part; Thiers, Jules Favre et Gambetta d'autre part, ne sauraient être passés sous silence. Aussi trouvera-t-on ici quelques détails sur ce que fut, à l'époque que nous étudions, leur vie publique et privée.
Ami, confident de Napoléon III et principal artisan de sa fortune, le duc de Persigny incarnait la doctrine napoléonienne telle qu'elle avait triomphé lors du coup d'État et il ne suivit jamais son souverain dansla voie du libéralisme où celui-ci s'engagea de plus en plus. Durant toute sa carrière, au cours de ses ministères, il résista farouchement à toutes les influences parlementaires et resta aussi attaché à l'exercice du pouvoir personnel qu'au temps de sa jeunesse, quand il s'était fait le champion déclaré de Louis-Napoléon et qu'après l'avoir rencontré, pour la première fois, sur la route de Louisbourg, en uniforme de cadet de l'armée suisse, il s'était écrié: «Je veux être le Loyola de l'Empire.» Et sa foi en l'étoile de son maître s'attachera immuablement aux mêmes principes, à la même doctrine que le jour où il lui avait crié d'une fenêtre dans la cour de la prison de Boulogne :
— Allez, prince, ne craignez rien. L'ombre de l'Empereur vous protège!
A cette foi quasi-mystique il joignait une passion de l'autorité et de l'action qui le rendait l'adversaire irréductible du régime parlementaire, de la logomachie politique, de la tribune elle-même qu'il ne cessa de