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Frédéric Lolliée, Les Femmes du second Empire

2. Voir le tome II, chap. ix : L'Opéra et les théâtres lyriques.

après leur chute, fidèle aux souverains qui l'avaient accueillie avec tant de confiance et de cordialité dans leur intimité et Flmpératrice exilée ne s'adressa jamais en vain à son affection et à son dévouement.

Deux ou trois ans après son installation à Pans, la princesse de Metternich avait présenté à l'Impératrice une délicieuse jeune femme de ses amies au galbe délicat, à la physionomie aimable et souriante, aux yeux bleus très doucement expressifs, aux cheveux du plus bel or cendré couronnant un front bas auquel seyait à merveille la mode des coiffures échafaudées. On admira le teint clair et frais de cette nouvelle venue aux Tuileries, la sveltesse souple de sa taille, la grâce de sa démarche, et l'on vanta aussi l'agrément de son esprit et le charme de sa conversation. Elle s'appelait la comtesse de Pourtalès. Fille d'un grand industriel alsacien, elle avait épousé, à dix-sept ans, le descendant d'une famille de banquiers suisses enrichis. Elle fit tout de suite la conquête de l'Impératrice qui l'invita à ses lundis et ne tarda pas à devenir une des favorites de la cour.

Très mondaine, très empressée au plaisir, très fortunée, elle donnait dans son hôtel de la rue Tronchet les plus brillantes réceptions. La princesse de Metternich, Mme de Materna, la vicomtesse Aguado, la marquise de Las Marismas, le prince de Sagan, le comte Walezowski, MM. Charles de Fitz-James, Louis de Turenne, de Galliffet comptaient parmi les habitués de ses salons célèbres par la magnifique profusion de fleurs dont elle les ornait. Sa passion pour les fleurs était si connue qu'à une fête donnée en son honneur le prince de Sagan prodigua 25.ooo francs de camélias. Elle régnait sur une société élégante où l'on s'amusai beaucoup et elle avait fondé avec un groupe d'amis le cercle des « Louions » et des « Loutonnes ». Que d'originales parties de plaisir inventa ce cercle jamais

à court d'idées quand il s'agissait de se créer des distractions nouvelles !

L'entourage delà belle Mélanie se livrait volontiers à la mystification. Un soir, la princesse de Melternich, venant dîner chez elle, fut accueillie par un laquais à la livrée de la maison qui, après l'avoir aidée à descendre de voiture, voulut lier très insolemment conversation avec elle. Elle se garda de répondre, mais l'impudent domestique s'attacha à ses pas en continuant à bavarder, pénétra derrière elle dans le salon et enfin, quelle ne fut pas sa stupeur de le retrouver à lable assis à sa droite ! Elle se demandait si ses yeux ne l'abusaient pas quand elle partit d'un grand éclat de rire en reconnaissant un de ses vieux amis, le marquis de l'Aigle, le plus grand chasseur de Compiègne.

Le goût de l'époque a repris les plaisantes habitudes d'enjouement du xviii** siècle. Non seulement on affectionne les travestissements, mais on y a recours à chaque instant pour intriguer, pour surprendre et jouir de l'ébahissement des gens. Un soir que Mme de Pourtalès donnait à dîner, ses invités s'étonnèrent, dès leur entrée, de la tenue et des façons tout à fait imprévues de ses domestiques. Ils causaient entre eux à grand bruit et d'un air d'impertinence, en paraissant beaucoup plus disposés à se moquer des arrivants qu'à les servir. Ils ne prenaient pas les manteaux, n'annonçaient pas, riaient à gorge déployée. Plusieurs dames s'indignèrent auprès de la maîtiesse de maison. Ce fut bien .pis quand on vit ces étranges serviteurs s'asseoir cavalièrement devant le couvert préparé et mettre les plats au pillage. Tout s'expliqua quand ils se révélèrent comme des amis intimes des amphytrions et que, se transformant en sens inverse de Marivaux, les servantes eurent troqué leurs simples robes contre des

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