Baron Albert Verly, Les Élapes douloureuses
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à bon marché de ces rideaux. Des ran<i;s de ces soldais recrus de faligue, affamés el chez qui le surmenage faisait éclater l'indiscipline, partaient parfois des cris de trahison, des injures à l'adresse des chefs. Quelques paysans ayant demandé à des zouaves où ils allaient, ceux-ci se mirent à hurler avec un accent de rage farouche :
— A la boucherie ! à la boucherie !
Tiré de son rêve par cette clameur désespérée, TEmpereur répéta machinalement :
— A la boucherie! - ' Puis il laissa retomber le rideau et s'effondra sur un
fauteuil, tandis que deux larmes coulaienlle long de ses joues flétries. Une porte s'ouvrit : « Le dîner de Sa Majestér ! » D'un geste d'irrésistible écœurement il fit signe qu'il ne mangerait pas ^
Le 3o, vers onze heures du matin, il quitta Raucourt avec son escorte et trois fourgons seulement pour ses bagages et ceux de son état-major. Quelques cris de « Vive l'Empereur! » retentirent, étouffés par les murmures de soldats débandés, d'isolés traînant la jambe. Sur la place, une brave femme qui, pendant ce court séjour, avait blanchi à la hAte le linge de la Maison impériale, s'écria en voyant pour la première fois l'hôte du maire :
— Mon Dieu, est-ce possible? C'est l'Empereur, cet homme qui a l'air si malade !
Et sans voir, sans entendre, l'infortuné souverain poursuivait son calvaire, saluant distraitement.
Un peu avant midi, il traversa le pont de Mouzon et, entendant une forte canonnade en arrière, dans la direction de Beaumont, il envoya demander des renseignements^sur ce qui se passait. Ceux que lui fournit le prince xMurat, officier d'ordonnance de Mac-Mahon,