Baron Albert Verly, Les Etapes douloureuses
A côté de racceptalion passive el désespérée du souverain, il faut montrer maintenant la vaillance non moins désespérée de ses soldats.
Dans la soirée du 3i août, Mac-Mahon avait réuni ses quatre corps d'armée au nord, à l'est et au sud de Sedan, les disposant en un arc de cercle dont la ville élait le centre. Ces troupes arrivèrent au bivouac dans le plus complet état d'épuisement. Par une incurie qu'expliquent seules la contagion de cet épuisement et la fâcheuse impression des échecs antérieurs, notre étatmajor ne paraissait guère préoccupé des terribles dangers courus par l'armée et n'ajoutait pas foi aux [rapports lui signalant l'approche de l'ennemi et ses inquiétants mouvements sur nos deux flancs. Cependant les intentions de celui-ci n'auraient pas dû être bien difficiles à percer : il voulait enserrer nos malheureux soldats dans un réseau de fer et de feu et ne leur laisser d'autre chance qu'une capitulation. Il disposait pour cela de 25o.ooo hommes, appuyés par 8i3 bouches à feu, tandis que nous ne pouvions leur opposer que 124-000 hommes avec 419 canons.
Nos sapeurs du génie avaient reçu mission de faire sauter le pont du chemin de fer de Bazeilles, mais, dans cet après-midi du 3i, les Bavarois de von dei* Thann arrivèrent avant eux et s'en emparèrent. Ils n'en furent pas moins reçus vigoureusement par les troupes du 12*^ corps et surtout par la belle division d'infanterie de marine du général de Vassoigne qui, fidèle aux traditions d'honneur, d'intrépidité et d'élan de ce corps d'élite, les rejeta hors du village de Bazeilles et les força à la retraite dès trois heures.
Le i®"" septembre, de grand matin, la garde prus-
sienne, qui occupait, en face de notre i*"^ corps, la droite del'armée allemande, entame une atîaquedesplus vives. Apercevant des masses considérables qui arrivent sur sa gauche et menacent de le tourner, le général Lebrun en prévient Mac-Mahon et lui demande de le faire appuyer par le corps du général Ducrot. Le maréchal galope aussitôt vers la Moncelle el s'arrête un moment en face de ce village, à l'ombre d'un grand arbre resté depuis célèbre dans le pays sous le nom d « arbre de Mac-Mahon », pour y observer les mouvements de l'ennemi. Soudain un obus éclate, brise la jambe de son cheval et l'atteint lui-même à l'aine.
— Monsieur le maréchal, vous êtes blessé ! s'écrie son aide de camp, le colonel d'Abzac. 11 faut descendre de cheval.
— Non, ce n'est rien, répond Mac-Mahon.
Mais une pâleur livide couvre son visage et il s'évanouit. On est obligé de l'emporter. Dès qu'il est revenu à lui, il fait dire au général Ducrot de prendre le commandement, mais il ne lui donne aucune instruction. Ducrot, craignant avant tout d'être coupé de Mézières, envoie des ordres pour une retraite immédiate, protégée par l'occupation du plateau du Calvaire d'Illy, qui domine au nord la plaine, en arrière du bois de la Garenne, et qui lui paraît la clef du champ de bataille. Le 12^ corps, placé à l'extrême droite, commence le mouvement, après avoir exécuté un retour offensif contre les Bavarois. C'est alors que le général- de Wimpffen, le plus ancien des commandants de corps, réclame intempestivement le commandement en chef dont il était investi d'avance en cas de vacance. Le succès momentané du 12^ corps lui inspire l'idée de percer par le sud. Malgré les protestations du général Ducrot, il prescrit au général Lebrun de reprendre ses positions.
Depuis le point du jour, les troupes de celui-ci résis-
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laiciit opiniâtrement aux Bavarois qui s'étaient rués une seconde fois à l'attaque de BazeiJles. Comptant nous prendre à Timproviste, ils avaient trouvé devant eux les chassepots de l'infanterie de marine qui leur avaient inHigé de lourdes pertes. Exaspérés de cette résistance, ils couvrent le malheureux village de bombes incendiaires et le Iransforment rapidement en brasier. Leur rage s'accroît, en voyant que les « marsouins », vieux coureurs de terres tropicales qui en ont vu bien d'autres, refusent de leur céder la place et s'obstinent, au milieu des maisons en flammes, à rendre coup pour coup. Bientôt il ne reste plus debout que quelques masures ({ue nos tirailleurs sont forcésdévaruer. Alois les soldats de von der Thann déshonorent la victoire qu'ils vont remporter en brùlanl avec des lorches les habitations demeurées intactes, en fusillant les habitants, en massacrant tout ce qui a le malheur de tomber sous leur main, y compris les femmes, les vieillards et les enfants. L'histoire a. fait justice de ces atrocités et le général von der Thann n'a pu arriver à se laver des accusations qu'elles lui ont values.
Bientôt le W corps prussien se joint aux Bavarois pour envelopper Bazeilles et déborder le village vers l'est. Mais la division de Vassoigne s'est grossie des divisions Grandchamp et Lacretelle et toutes trois se cramponnent au terrain avec un entêtement héroïque en face de la Moncelle et de Daigny. Les batteries allemandes, auxquelles les nôtres ne peuvent répondre que trop faiblement, ne cessent de semer la mort dans les rangs de notre infanterie. Bientôt, malgré l'opiniâtreté et l'esprit de sacrifice dont elle n'a cessé de faire preuve, les dernières positions qu'elle occupe deviennent intenables. Il n'y a plus qu'à reculer en désespérés en tirant les derniers coups de fusils sur le flot, croissant sans arrêt, des uniformes bleu de ciel et de.:! casques à chenille qui finit par tout submerger
devant lui. Restée la dernière à lutter, l'indomptable infanterie de marine, entourée de tous côtés, broyée par les obus, chassée par Tincendie, doit se replier sur Balan.
Pour prolonger la résistance, quelques-uns de ses officiers, avec une poignée de leurs hommes les plus déterminés, ont occupé, au nord de Bazeilles, une maison isolée qui louche au faubourg de Balan et que l'on appelle la maison Bôurgerie. Ils s'y sont barricadés aussi étroitement que possible, fermant herméliquement toutes les issues et bouchant les fenêtres avec des matelas. Puis les défenseurs sont montés dans les deux chambres du premier, décidés à résister jusqu'aux limites du possible dans la petite forteresse qu'ils viennent d'improviser et qui leur apparaît comme un dernier refuge de l'honneur militaire. C'est le commandant Lambert qui commande, avec l'intrépide concours des capitaines Aubert, Ortus, Delaury, Bourgny, Picard et des sous-lieutenants Saint-Félix et Escoubet. Les premiers Bavarois qui se présentent sdnt accueillis par un feu si bien ajusté que des monceaux de cadavres jonchent bientôt la rue devant la maison Bôurgerie. Mais voici qu'arrive à la rescousse un bataillon entier : il est promptement décimé par une terrible mousqueterie. Un régiment lui-même ne peut ni faire cesser le feu des marsouins ni se rendre maître de leur réduit meurtrier. Bientôt c'est tout un corps d'armée dont la marche se trouve arrêtée par tant de valeureuse audace. Vainement les balles criblent de tous côtés les murailles, pénètrent çà et là par les insterstices des fenêtres ou par la toiture, déchiquètent les matelas, labourent les boiseries, traversent les portes, sèment partout la mort parmi les héroïques assiégés.
Peu à peu la petite troupe se réduit. De nombreux cadavres gisent sur le plancher sanglant. Sur les lits
agonisent des mourants. Une fumée épaisse et asphyxiante emplit les chambres, tandis qu'une acre odeur de poudre prend à la gorge. Au dehors le i5^ régiment bavarois s'est enhardi à donner l'assaut, mais des cris de rage s'échappent de ses rangs, à la vue des siens qui s'écroulent foudroyés les uns sur les autres. Pareille insolence va-t-elle encore se prolonger ? Non, car von der Thannva faire à la maison Bourgerie l'honneur d'un bombardement en règle. Une pièce d'artillerie est amenée, mise en batterie... Mais déjà l'infernale fusillades touche à sa fin. Les munitions sont à peu près épuisées. Courbés vers le plancher, les marsouins ramassent les cartouchières des morts et les vident soigneusement. Maintenant il ne reste plus qu'à faire le compte des coups à tirer. Il en reste trois, puis deux, puis un seul. Celui-ci, on le confiera au capitaine Aubert, le meilleur tireur du régiment. Par la fenêtre il ajuste lentement, posément, tandis que le commandant Lambert, blessé à la cuisse et péniblement appuyé contre une vieille armoire, suit d'un œil fiévreux la direction du fusil. Le coup part ; un dernier Bavarois tombe, atteint en pleine poitrine. C'est fini : on a tiré la dernière cartouche.
Maintenant la pièce, qui doit abattre le modeste logis, peut lancer ses obus. L'un d'eux fait crouler un pan de muraille. Le commandant Lambert dit alors à ses compagnons :
-^ Il ne nous reste plus qu'à essayer d'avoir la vie sauve. Je vais sortir seul et parlementer. S'ils me tuent, poussez à la baïonnette sur Sedan, mes braves.
Il se glissa au dehors et gagna en rampant les premiers rangs des ennemis. Une telle fureur s'empara d'eux qu'ils allaient le massacrer, quand il fut sauvé par l'intervention d'un capitaine bavarois qui, au péril de sa vie, l'arracha à une mort certaine. Le nom de ce généreux ennemi mérite d'être retenu : il s'appelait
Lissignolo, avait été blessé et fait prisonnier par les Prussiens en 1866 et marchait contre nous bien malgré lui, pour obéir à son roi.
Les survivants de cette si fière défense, une quarantaine environ presque tous blessés, furent faits prisonniers. Le soir, on conduisait au Prince royal de Prusse les trois officiers qui n'avaient pas péri dans la lutte : le commandant Lambert, les capitaines Aubert et Ortus.
— Messieurs, leur dit-il, je n'admets pas qu'on désarme d'aussi braves soldais que vous. Gardez votre épée.
Tandis que s'accomplissait ce beau fait d'armes, Balan était enlevé à la brigade Carteret et la garde prussienne et les Saxons s'emparaient de tous les villages de la vallée de la Givonne, à l'est de Sedan. Vingt-quatre batteries vinrent, en avant de l'infanterie formée sur les hîiuteurs qui bordent la Givonne, former une longue ligne de cent quarante-quatre bouches à feu, pour battre les abords du plateau d'Illy. Pendant ce temps, la gauche des Allemands exécutait un mouvement bien autrement grave. Leur XI" corps, suivi du V'' et de la division wurtembergeoise, franchit la Meuse sur le pont de Donihery, que l'étal-major franç^ais n'avait même pas fait garder. Vingt-six batteries, formant un total décent cinquante-six bouches à feu, vinrent sans être soutenues par Tinfanterie, se poster sur les hauteurs de Saint-Menges et croiser leur feux avec les batteries de la garde. A ce moment, l'artillerie allemande formait cinq grands groupes comprenant au total cinq cent quarante pièces, qui faisaient converger leur tir surTétroit espace où étaient entassés les corps d'armée français. Sous ce feu violent, auquel ripostait insuffisamment notre artillerie, inférieure en nombre et prise d'enfilade dans tous les sens, le 7*^ corps recula vers Sedan et le i^'" vers le bois de la Garenne.
Le cercle de fer achève peu à peu de se fermer : notre malheureuse armée est définitivementenveloppée. MaU gré le retour offensif qu'il a fait tenter au 12'' corps, le général de Wimpffen n'a pu, au sud, rompre les lignes profondes des Bavarois. Il n'y a plus qu'un moyen d'éviter la destruction totale et la capitulation, c'est une percée par la route de Mézières.Ducrot veut tenter un dernier effort de ce côté. Il démontre à Wimpffen que tout est perdu si on n'occupe pas Illy, que notre ligne de retraite est coupée et qu'enfin nous sommes étreints par les Prussiens si nous ne conservons pas cette route de Mézières. Tout autre est l'avis de Wimpffen qui résiste à ces avis. Vers onze heures, Ducrot insiste de nouveau :
— Laissez-moi tenter un effort désespéré du côté d'illy...
Enfin Wimpffen consent. Ducrot se place en tête de la division Margueritte et se lance en avant avec elle. Cette division (i"", S^^el 4^" chasseurs d'Afrique, i*^*" hussards, 6^ chasseurs) fournit deux charges qui contribuèrent magnifiquement à sauver l'honneur de cette néfaste journée. Déjà, vers neuf heures, quand les premières tôles de colonnes prussiennes se sont montrées à Fleigneux, le général de Galliffet, promu à ce grade depuis la veille, a indiqué du sabre à ses chasseurs d'Afrique le but à atteindre, en leur criant d'une voix vibrante :
— Mes amis, nous avons l'honneur d'ouvrir la brèche : nous ne nous reverrons pas tous ! Je vous fais mes adieux !
A le voir, à l'entendre, on dirait quelque capitaine de mousquetaires haranguant sa compagnie de maîtres. Sous un feu terrible, les trois régiments de chasseurs d'Afrique parlent comme une trombe, enfoncent la première ligne de tirailleurs et forcent l'ennemi saisi de stupeur à arrêter sa marche. Mais bientôt d'impo-
sants renforts lui arrivent, débouchant de la vallée de la Meuse pour couronner les hauteurs, tandis que son artillerie, bien postée dans des positions dominantes, prend pour cibles les vestes bleu de ciel de nos cavaliers et leurs pétillants chevaux arabes. Il faut renoncer à charger plus avant et se réfugier dans le bois de la Garenne, où le général de brigade Tillard, est coupé en deux par un obus. Bientôt une grêle d'obus rend le bois intenable et les escadrons reprennent leur emplacement de départ sur le plateau.
A deux heures, l'ennemi a tellement resserré son étreinte qu'on n'a plusgrand'choseàespérer d'une tentative suprême. C'est alors néanmoins que Ducrot va essayer d'une dernière manœuvre, d'un dernier sacrifice. Il amène sur la crête les divisions Pelle et L'hérillier, puis il en appelle au dévouement du général Margueritte et de sa division déjà si éprouvée.
— Je vous demande de charger, lui dit-il. Balayez d'abord tout ce qui est là, devant nous. Après, vous vous rabattrez à droite et vous chercherez à prendre en flanc la ligne ennemie.
Margueritte va reconnaître le terrain sur lequel il doit opérer. Mais, au même instant, il est atteint d'une balle qui lui traverse les deux joues, lui brise la mâchoire et lui coupe la langue. On le remet en selle et un groupe poignant revient au pas vers la division, com. posé de l'infortuné général, de son officier d'ordonnance, le lieutenant Bévérony, qui le soutient sous le brasdroit et d'un hussard de l'escorte qui le soutient sous le bras gauche. Le blessé ne "peut plus parler, sa langue pend hors de sa bouche et un long filet de sang coule sur sa tunique. Mais il a encore l'énergie de faire un geste de commandement : il montrée ses cavaliers la ligne noire des Allemands.
A ce geste héroïque, les soldats, transportés d'enthousiasme et d'admiration, répondent par le cri de IV 81
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<( Vive le général ! Vengeons-le I ï> Galliffet prend la place dé Margueriite etjes cavaliers, assujettissant dans leur main la poignée de leur sabre avec la dragonne de la garde ou un foulard noué solidement sur le poing crispé, se lancent au grand galop. Le i^"^ chasseurs d'Afrique, suivi à courte distance par les 3« et 4® régiments de même arme, prolongé sur sa gauche par le 1" hussards et le 6» chasseurs, descend dans la plaine, atteint les premières lignes prussiennes et les dépasse, sabrant tout sur son passage et s'enfonçant très avant dans les masses ennemies débandées. Bientôt, écrasés par le nombre, nos cavaliers sont obligés de se replier, pour se reformer aussitôt. « Les charges se multiplient ainsi pendant plus d'une demi-heure, A mesure que les escadrons se reconstituent sous les ordres de leurs chefs, ils s'ébranlent de nouveau et par trois fois renouvellent ces charges furieuses. Tumultueuse mêlée au milieu de laquelle passent, dans des tourbillons de poussièresillonnés d'éclairs, desgroupes de chevaux mutilés, estropiés, traînant leurs entrailles ; combats do cavaliers à l'arme blanche contre des fantassins qui ripostent à coups de fusils et qui terrassent ceux-ci sous leur feu foudroyant *. n
Bientôt des cavaliers appartenant à d'autres corps qui setrouvent à portée arrivent vaillamment à la rescousse. Des escadrons de cuirassiers se précipitent sur les faubourgs de Gaulier et de Gazai occupés formidablement par l'ennemi, tandis que deux escadrons du 4° lanciers fondent sur Floing et se font massacrer dans sa grand' rue où déferlent de profondes vagues de casques à pointe. Le, général de Galliffet, reconnaissable aux deux étoiles d'argent qui décorent son képi de colonel de chasseurs d'Afrique, mène toujours un côté de la charge, tandis que, de l'autre coté» le colonel prince de Bauffremont
],. Gborges B\?>T\.Kt>, Charges héroïques.
commandant le i®"" hussards, entraîne superbement cet ouragan d'hommes et de chevaux. Le visage blême et décomposé, Ducrot galope vers le premier de ces chefs, et lui crie au milieu du fracas de la canonnade :
— Encore un effort, mon petit Galliffet, Thonneur des armes l'exige !
— Tant que vous voudrez, mon général, réplique l'in" trépide sabreur, tant qu'il en restera un K
Mais, hélas ! après avoir brisé et dispersé la première ligne d'infanterie, Télan foudroyant desescadrons vient se briser sur une seconde pleine et intacte, renforcée à ses ailes par de solides carrés. Malgré ses efforts réitérés et la continuité de ses sacrifices, la division Margueritte, réduite de plus de moitié, est enfin obligée de se disperser. Mais devant son éclatante valeur et la sublimité de son dévouement, l'ennemi reste saisi d'admiration et, là-bas, de l'autre côté de la Meuse, sur les hauteurs de la Marfée, le vieux roi Guillaume de Prusse se tourne, dans un mouvement spontané d'en-
1. Dnns cette charge héroïque et malheureuse, le général de GallifTet ne perdit pas son entrain et son humeurprimesautière, témoin ces lignes qu'il écrivit peu après, au début de sa captivité en Allemagne :
« Une très grande dame étrangère (qui venait souvent à Compiètjne), je ne dirai pas de quel pays, mecrit:
« Mon cher GallifTet, mon mari, qui est, quoique non militaire» invité par le roi de Prusse à suivre la campagne dans son étatmajor, m'écrit de Sedan qu'il a beaucoup admiré vos charges. Si vous pensez que mon mari peut faire quelque chose pour vous, écrivez-le moi. »
Je réponds :
« Merci, madame, j'accepte l'offre de votre mari, invité par le roi de Prusse, après l'avoir été par l'empereur Napoléon. Veuillez lui dire qu'à Sedan j'ai perdu mon «panache » et que, s'il le retrouve, je serais bien heureux d'en reprendre possession.
Quelques jours après, la grande et « simple » dame me répondit :
« Mon cher HallifTet, mon mari m'écrit qu'il a fait chercher votre panache, il e^t introuvable. »
Je le savais bien ! hélas 1 La France aussi a perdu son panache 1 Qui le lui rendra ??? »
thousiasme, vers ces deux hommes qui Tont si fidèlement, si utilement servi : de Moltke el Bismarck, et désignant du doigt la ruée indomptable des cavaliers français, il ne peut retenir ce cri:
— Oh ! les braves gens !
Précieux éloge arraché à un adversaire dont on ne peut suspecter la sincérité, véritable tilre de noblesse pour noire cavalerie, qui rappelle celte exclamation poussée par un autre Guillaume, le roi d'Angleterre Guillaume d'Orange, à la bataille de Nerwinden et dans laquelle l'hommage se mêle au dépit :
— L'insolente nation !
Comme notre artillerie, la division Margueritte s'est inutilement vouée à la destruction. Elle a perdu 80 officiers et plus de 800 hommes. L'infanterie en retraite commence à s'entasser sur les glacis de la place de Sedan. Vers deux heures etdemie, un aiïlux de soldats en désordre sépare de son corps un escadron du i*'''cuirassiersen tête duquel se trouvelecommandantd'Alincourt. Avec cet escadron auquel se joignent quelques volontaires égarés par les hasards de la bataille, l'intrépide d'Alincourt va désespérémenttenter une percée à travers^ le faubourg de Gazai. Stupéfaits et démontés par tant d'audace, les Allemands lui laissent d'abord le passage, mais ils reviennent vite de leur surprise, barricadent la rue à l'aide de voitures, dirigent un feu infernal sur les cuirassiers, tuent le commandant d'Alincourt et plusieurs officiers et font prisonniers les rares survivants de cette si téméraire chevauchée.
La capitulation devenait inéluctable et il était désormais impossible d'en reculer l'heure douloureuse. Le général de Wimpffen ne voulut pas d'abord s'y résigner, bien qu'il s'en trouvât le principal responsable. Quand le drapeau blanc apparut sur Sedan, il donna au général Faure l'ordre de l'abattre et, entraînant à sa suite cinq ou six mille hommes du 12® corps, il se jeta avec une
magnifique bravoure sur les Bavarois que d'une vigoureuse poussée il chassa de Balan. Un dernier effort réunit des officiers et des soldais de différents corps confondus dans une niême rage patriotique, des cavaliers démontés, des braves à peu près démunis de munitions. On vit des chefs ramasser des fusils et s'élancer à la baïonnette. Mais ce fui en vain que Wimpffen voulut déboucher de Balan avec le général Lebrun qui lui avait amené deux à trois mille hommes. Après une résistance opiniâtre, ils furent refoulés el forcés de se replier sur Sedan, comme le reste de l'armée.
Une cohue débordante et affolée emplissait la ville. Elle regorgeait de soldats qu'un aveugle instinct de la conservation poussait dans les rues, où ils n'étaient guère moins exposés aux projectiles ennemis que sur le champ de bataille. La panique régnait partout, les soldats jetaientleursarmes et, les mains dans les poches, hébétés, demeuraient tassés les uns contre les autres. Les obus tombant sur leur foule dans les fossés et dans les rues faisaient un carnage affreux. Et, combattants ou habitants, ceux qui avaient pu trouver un abri demeuraient attérés devant l'immensité de la catastrophe. Cette tragique journée nous coûtait plus de 40.000 hommes tués, blessés ou prisonniers. 60.000 autres allaient déposer les armes. Un empire s'écroulait. La seule armée qui tînt encore la campagne était détruite, la France ouverte, la capitale découverte. Cependant, malgré tout, l'honneur restait sauf et nous devons répéterici cette parole de Mac-Mahon : « L'armée a été battue d'une manière désastreuse, mais non d'une manière honteuse : elle avait vaillamment combattu. »
Vers une heure et demie, Napoléon III avait voulu retourner sur le champ de bataille. Il en fut empêché par
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rencombrement qui lui rendit impossible la traversée de la ville. Il rentra donc à la sous-préfecture et, ayant définitivement abdiqué tout espoir, inaccessible à toute illusion, il attendit que tout fût consommé.
Quelles pensées Tassiégèrenl durant cette attente suprême, tandis qu'il allait, comme un automate, du fond du cabinet de travail où il se tenait à la fenêtre contre laquelle il appliquait parfois son visage ravagé couronné de cheveux blancs? Sans doute il se rappela ses anxiétés du début de la campagne, puis la perte successive de' toutes ses espérances, l'entêtement néfaste avec lequel son gouvernement s'était refusé au repli de l'armée vers Paris et avait forcé Mac-Mahon à cette fatale marche sur Sedan. Il revoyait son rôle humiliant d'épave traînée à la remorque par cette armée vaincue d'avance, son impuissance volontaire, l'infini de ses douleurs morales et physiques et les étapes de plus en plus cruelles de ce calvaire quesa cousine, la princesse Mathilde, devait résumer par ce mot brutal : « Il eût été plus humain de lui donner une boulette que de le traiter ainsi. »
Vers deux heures et demie, il avait déjà pris la résolution de se rendre pour éviter une plus longue et inutile effusion du sang, quand on apporta à la sous-préfecture le général Margueritte. Il alla tout de suite le voir etlui serrer la main :
— J'espère, général, lui dit-il, que votre blessure sera sans gravité et que votre haute valeur ne sera pas perdue pour la patrie.
Ne pouvant répondre par la bouche, Margueritte se fit apporter du papier et un crayon et écrivit d'une main mal assurée :
— Sire, je vous remercie. Moi, ce n'est rien, mais que va devenir l'armée, que va devenir la France ?
Puis il tracja ces lignes qui sont restées comme le testament de ce soldat héroïque :
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« Noire épreuve est grande, mais no Lie gloire, à nous chasseurs d'Afrique, resleintacte, elc'estquelquechose. Ayez beaucoup de sollicitude pour vos hommes. Ils le méritent à tous égards et supportons la mauvaise fortune en gens de cœur ^ »
Une seule conduite paraissait maintenant possible à l'Empereur. Le sang de France avait assez longtemps coulé en vain. Fallait-il donc le laisser répandre par inutiles torrents, à cette heure où toutes les batteries ennemies convergeaient sur Sedan et où les débris de notre armée étaient implacablement voués à un massacre final par le fer et par le feu? Dans une pensée d'humanilé, le souverain revendiqua cette autorité suprême dont 11 s'était humblement démis et, pour la première fois depuis le début de la guerre, il osa prendre une initiative à laquelle il s'immolait. Il résolut de provoquer un armistice qui permit d'entrer en pourparlers avec les Allemands et fît appeler celui de ses officiers d'ordonnance dont c'était le tour de marcher : le capitaine de Lauriston. Quand celui-ci reçut de lui l'ordre de faire hisser le drapeau blanc sur la citadelle, il ne put réprimer un sanglot.
— Moi ! moi ! s'écria-t-il, le petit-fils d'un maréchal de France !
Il s'acquitta de sa mission, mais nous avons vu que le général Faure fit abattre ce drapeau blanc. Alors Ducrot, Douay et Lebrun se rendirent chez l'Empereur et ne lui cachèrent pas ce qu'il savait trop bien, Kétat absolument désespéré de l'armée.
— Le drapeau blanc a été arboré, dit l'Empereur, il faut faire cesser le feu.
WimpfTén, sans tenir compte du premier ordre de l'Empereur, avait poursuivi son idée irréalisable d'une
1. Le 6 septembre, le général Margueritte mourut en Belgique, au château de Beauraing où, sur la demande de la duchesse d'Ossuna, il avait été transporté.
trouée sur Balan qu'il avait annoncée par une lettre au souverain, en lui proposant d'en partager le sort. Mais Napoléon III avait douloureusement pris son parti. Il pensait que, en s'adressant directementau roide Prusse, il en obtiendrait de meilleures conditions pour Tarmée et il croyait l'apaiser et tout sauver peut-être par le sacrifice personnel de sa couronne. Bientôt Wimpffen, convaincu de Tinutilité de sa ruée suprême, rentra dans Sedan où il fut rejoint par Lebrun. Cette fois, le drapeau blanc flottait de toutes parts sur la ville K
A cette vue, le roi Guillaume fit cesser le feu et envoya un des officiers de son état-major, le lieutenantcolonel Bronsart de Schellendorf, demander à Napoléon III la capitulation pure et simple de l'armée et la reddition de Sedan. Introduit dans la place, l'officier allemand fut conduit devant l'Empereur et reçut de lui l'avis que, pour la capitulation de l'armée et de la ville, il devait s'adresser au général de Wimpffen. Quant à lui, il allait écrire au roi Guillaume et envoyer sa lettre parle général Reille. Bronsart et Reille partirent pour Frénois où se trouvait le roi de Prusse. Ce fut seulement alors que celui-ci apprit avec certitude la présence de Napoléon III à Sedan. Cette nouvelle: « L'Empereur est là I » se répandit comme une clameur triomphale dans les rangs de l'armée allemande.
Il était sept heures quand le général Reille, -suivi d'un trompette des guides, arriva à Frénois. Il descendit de cheval et remit au roi de *Prusse la lettre de deux lignes où Napoléon III disait que, n'ayant pu mourir
1. Résumant, en 1873, les débats du pro( es intenté à Paul de Cassagnac et au journal Le Pays par le général de Wimpfîen au ^ujet de la conduite de celui-ci à Sedan, le président Drouet d'Arcq fera cette déclaration : « Quant au drapeau blanc, il est certain que Tinitialive de cette mesure appartient à l'Empereur. Mais ce fut une question d'humanité, je dirai même une œuvre de charité, devant laquelle, à quelque parti que nous appartenions, nous devons nous incliner. »
au milieu de ses troupes, il ne lui restait plus — cruelle ironie des mots I — qu'à rendre son épée à Guillaume I®% son bon frère. Celui-ci remit à Reille une réponse par laquelle il faisait savoir au vaincu qu'il acceptait son épée, puis il retourna à son quartier général de Vendresse, partout salué par les vivats de ses soldats et par le chant du Die Wacht am Rhein, tandis que des torches s'allumaient sur son passage et lui faisaient une apothéose.
Lorsqu'il fut avisé qu'il était désigné pour discuter les conditions de la capitulation, Wimpflen voulut M'abord donner sa démission de commandant en chef. On lui fit remarquer qu'il n'avait pas le droit, surtout en présence de la mauvaise fortune, de se démettre d'une fonction qu'il avait réclamée quelques heures auparavant d'une façon si déplorablement inopportune. Force lui fut donc de partir pour Donchery afin d'y discuter avec Bismarck et de Moltke et d'obtenir pour l'armée française les meilleures conditions possibles. Seul dans sa chambre du premier étage à la sous-préfecture, écrasé par l'horreur du désastre qui avait en moins d'un jour renversé si tragiquement sa destinée, l'Empereur attendait son retour, espérant encore en la magnanimité du roi de Prusse, tout prêt à payer de sa couronne un peu de pitié pour ses soldats et une paix honorable pour la France.
Hélas I en cette nuit d'angoisse et de deuil, les plénipotentiaires prussiens dictèrent les conditions les plus implacablement dures à l'acceptation du général de Wimpffen. En vain celui-ci plaida-t-il avec toute la chaleur et tout l'émoi possibles la cause de notre armée. En vain parla-t-il de refuser les conditions qu'on lui imposait, d'en appeler à l'honneur de ses soldats, de faire une percée, de se défendre dans Sedan. De Moltke n'était pas de ceux qui se laissent abuser. Il savait à quelétatsetrouvaient réduites nos malheureuses troupes-
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et quelle était sur nous Timmense supériorité de s«d ressources. Il se contenta de répéter avec une obstination impitoyable :
— Si vous ne subissez pas nos conditions, l'armistice expirant à quatre heures du matin, je rouvrirai le feu et brûlerai Sedan.
Cependant, au moment de se séparer, avant que rien fût conclu, il consentit à proroger le délai jusqu'à dix heures, afin de permettre à Wimpffen de réunir tous les généraux de son armée et de leur exposer à quel point les positions inexpugnables occupées par les Allemands rendraient inutile et même coupable toute tentative de sortie à l'arme blanche, les munitions étant entièrement épuisées. L'Empereur résolut de mettre ce sursis à profit pour aller se constituer prisonnier auprès du roi de Prusse et plaider, puisqu'il en était temps encore, la cause de sa malheureuse armée.
Le 2 septembre, dès cinq heures du matin, il quitta la sous-préfecture de Sedan. Livide, miné par le désespoir, mais néanmoins impassible, il portait la petite tenue de général de division avec un manteau de cavalier jeté sur les épaules. II s'avança vers la calèche découverte qui l'attendait en s'appuyantsur Paul de Cassagnac qui, engagé volontaire aux zouaves de la garde, avait fait le coup de feu toute la journée de la veille. Celui-ci l'aida à monter dans la voiture où trois généraux prirent place à ses côtés et, en refermant la portière, il lui dit :
— Sire, je suivrai l'Empereur jusqu'à Saint-Hélène. Prévenu de son arrivée, Bismarck se rendit à cheval
à sa rencontre sur la route de Donchery. Dès qu'ils se trouvèrent réunis, l'Empereur lui demanda s'il ne pourrait voir tout de suite le roi de Prusse. Le prudent ministre se garda bien de répondre qu'une entrevue des deux monarques avant la capitulation ne lui apparaissait que comme pouvant être préjudiciable aux
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intërels allemands. 11 objecta simplement l'éloignement du roi qui se trouvait à Vendresse, mais il. offrit riiospitalité à Napoléon III dans la maison qu'il occupait à Donchery chez le docteur Jeangeaud. Le vaincu accepta et la calèche repartit dans cette direction, suivie à cheval par Bismarck. Mais, à l'entrée du
La maison du tisseur.
village, l'Empereur impatient, craignant de manquer de temps, avisa sur la gauche de la route une maison en briques à un étage. Elle était habitée par un tisseur (et non un tisserand, comme dit Zola). Le souverain et le ministre décidèrent d'y avoir un entretien. (( On s'assura que l'immeuble ne contenait aucun soldat, aucun blessé, et l'Empereur et Bismarck pénétrèrent dans l'humble logis. A gauche, en entrant dans la salle du rez-de-chaussée, se trouvait un petit escalier en bois qui montait en tournant. Les deux hommes gravirent les marches et entrèrent dans une pièce étroite, blanchie à la chaux, dont l'ameublement con-
sislait ea une Lable de bois blanc, un petit banc de chêne et deux chaises de paille. C'est dans cetle pièce, auprès de laquelle la dernière mansarde des Tuileries eût semblé un palais, qu'eut lieu la première entrevue du souverain captif avec le redoutable homme d'Etat que, trois ans auparavant, il recevait à Paris dans toute la gloire et la splendeur de son règne, au milieu des fêtes de l'Exposition de 1867, parmi tous les souverains d'Europe venus pour saluer l'empereur des Français.
« Napoléon III intervint auprès de M. de Bismarck, désireux d'obtenir des conditions meilleures pour l'armée, et il lui fut répondu assez vivement que c'était une affaire militaire qui ne regardait que les généraux de Moltke et de Wimpffen, mais que Ton pouvait s'entretenir des conditions de la paix. L'Empereur dit alors que la paix ne devait être traitée que par le gouvernement de l'Impératrice régente, lui, prisonnier, ne pouvant rien à ce sujet.
« Dès lors, l'entretien n'avait plus de but et souverain et ministre descendirent et s'Installèrent devant la porte de la maison. Le tisseur, qui n'avait jamais pensé recevoir de tels hôtes, s'empressa de leur donner des chaises ainsi qu'à quelques généraux ; les autres personnes de sa suite durent s'asseoir au bord de la route, sur le gazon. Napoléon continua sa conversation avec Bismarck, déplorant la guerre, disant qu'il l'avait faite contre son gré, poussé par l'opinion publique. Devant eux passaient sans cesse des troupes et de lourds fourgons chargés de vivres. Des regards curieux fouillaient le groupe d'uniformes, cherchant l'Empereur et, de l'autre côté de la route, des journalistes et correspondants de journaux étrangers prenaient des notes en contemplant cette scène historique.
« Peu après, le général de Moltke arriva : il ne put que répéter ce qu'avait dit Bismarck et l'Empereur dut se résigner et se convaincre qu'il n'obtiendrait
rien et qu'il ne lui restait plus qu'à laisser WimplTen et Moltke signer la capitulation*. »
Ayant ainsi détruit le faible espoir qui survivait dans l'âme de Napoléon III, le vieux général prussien prit congé de lui, puis Bismarck s'excusa de le laisser à son tour, mais il voulait se mettre immédiatement en quête d'un toit pour l'abriter. L'infortuné monarque resta seul à se promener d'un pas lourd et dolent dans l'allée du potager du tisseur, fumant des cigaretJLes d'un air lointain, puis il alla se rasseoir sur le seuil. Vers neuf heures et demie, le bruit d'une iroupe de chevaux l'arracha à sa douloureuse rêverie. C'était un escadron de cuirassiers de la garde royale prussienne qui arrivait au grand trot. Il entoura la maison du tisseur, puis mettant pied à terre, le commandant vint se placer derrière Napoléon III, le sabre à la main. Celui-ci ne put réprimer un tressaillement, pendant qu'une poignante contraction crispait ses. traits qui retombèrent vite à leur muette impassibilité. L'inexorable destinée venait de s'abattre pesamment sur ses épaules déjà accablées d'un poids si lourd : l'Empereur des Français était prisonnier.
Quelques minutes après, un ordre de Bismarck mandait de le conduire de suite au château de Bellevue, situé sur la rive gauche de la Meuse, un peu au nord de Ffénois. La calèche impériale repartit, entourée de ces géants bardés de fer qui n'étaient plus une escorte mais une garde. A dix heures et demie, on arriva au château de Bellevue, coquet édifice champêtre où deux pavillons d'angle flanquaient un assez large bâtiment central. Convoqué pour la signature de la capitulation, le général de Wimpffen attendait dans un salon du rez-de-chaussée. L'inflexible de Moltke avait d'avance pris ses précautions pour le cas où elle ne