Baron Albept Verly, les Étapes douloureuses
4^2 . LA SOGIExé DU SECOND EMPIRÉ
mes. A plusieurs reprises, il passa auprès de troupes allemandes en canlonnement ou déjà en formation de marche pour poursuivre la campagne. Parfois ces mouvements militaires l'obligeaient à de longs temps d'arrêt, mais alors pas un cri, pas un sarcasme ne sortait des rangs des soldats. En revanche, le malheureux Empereur, en croisant un groupe de prisonniers, vit quelques-uns d'entre eux le menacer du poing et saisit au passage des injures qui l'accusaient de lâcheté et de trahison.
Cependant on lui épargna la vue de la presqu'île d'Iges, de cet immense champ de boue et d'abandon où les vainqueurs parquèrent sous la pluie, à la façon d'un vil bétail, nos infortunés soldats exténués, affamés, sans abri. Ah ! qu'elles furent donc longues et cruelles, les heures qu'ils durent passer, jusqu'au i4 septembre pour la plupart, dans ce camp improvisé surnommé par eux le camp de la Misère ! Le sort auquell'ennemi les condamna est demeuré pour lui une honte. Point de distributions de vivres ni de boispour allumer des feux de bivouac, point de paille pour s'étendre, point de pansements aux blessés. Il fallait vivre avec quelques légumes crus et l'aubaine était bien rare d'un quartier de viande découpé dans le cadavre d'un cheval victime de la bataille. Et l'on n'osait pas boire dans la Meuse, où les morts en décomposition qui suivaient le fil de l'eau arrivaient jusqu'aux lèvres des prisonniers.
L'itinéraire suivi par Napoléon III contournait le terrain de la lutte, sans en emprunter la moindre partie*.
1. Ce simple détail suffit à montrer la complète inexactitude du trop fameux dessin d'Emile Bayard montrant le dépari de Napoléon III en voiture après Sedan. Ce dessin le représente en grande tenue, escorté de cent-gardes, vautré dans une daumont attelée de quatre chevaux que conduisent des postillons poudrés, traversant les débris de l'armée française et fumant son éternelle cigarette en passant sur les morts et les blessés. Ce Sedan n'est qu'une œuvre purement fantaisiste sortie
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A la Chapelle on traversa le dernier village français. 11 s'y trouva quelques francs-tireurs et lignards qui avaient pu s'échapper et se traîner jusque-là. En les apercevant, TEmpereur tendit sa bourse à M. Rainbeaux qui trottait à côté de sa voiture, afin que les derniers louis de la liste civile servissent à secourir les derniers soldats qu'il rencontrait au moment de quitter le sol français ^
A la frontière, le détachement des hussards s'arrêta et les voitures continuèrent le trajet. Mais à peine avaient-elles dépassé le poteau indicateur qu'un colonel de chasseurs belges, dont le régiment était échelonné aux environs, accourut au galop en s'écriant :
— Arrêtez ! Vous violez la neutralité du territoire.
— Pardon, répliqua le général de Boyen, nous n'avons pas qualité de belligérants. C'est le comte de Pierrefonds qui voyage avec sa suite.
Et, descendant de voiture, il attira l'officier à l'écart pour lui dire quelques mots que celui-ci écouta avec étonnement, penché sur sa selle. Le colonel déclara ensuite en saluant du sabre :
— Alors c'est différent. Vous pouvez continuer votre chemin, messieurs.
D'ailleurs, les voyageurs se virent rejoints presque aussitôt par un ministre représentant le gouvernement belge et par le général bielge Chazal qui avait reçu Tordre de les recevoir à la frontière. Ceux-ci accompagnèrent Napoléon 111 à Bouillon où une foule des plus sympathiques l'attendait pour le saluer sur la place Saint- Arnould, devant l'hôtel de la Poste où elle savait qu'un logement avait été retenu pour lui. ^uand
tout, entière de l'imagination de l'artiste, ainsi que l'a réconnu M. Emilie Bayard fils dans une lettre adressée à L'/n/ermed/a/re des chercheurs et des curieux : a Exécuté en quatre heures, aussitôt la nouvelle du jlésastre, sans documents, le dessin de Sedan est certainement faux en ses détails. »