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Pierre de la Gorce, Histoire du Second Empire, t. VII

nous combattre, la plupart renonçaient à réfléchir et, saisissant entre les angoisses passées et les épreu>€S futures une heure de vacances — dirais-je une heure de carnaval, — en jouissaient follement. Même avec ces atténuations un pareil état d'esprit défie l'analyse. La postérité comprendra que le peuple de Paris, sacrifiant la sagesse à la rancune, ait le 4 septembre renversé TEmpire. Elle ne comprendra pas, elle ne pardonnera pas que, de ce jour, il ait fait un jour de fête ^ »

Certes, la rapidité et l'extrême facilité avec lesquelles il fut renversé prouvent combien était devenu fragile le trône de Napoléon III. Les scènes que nous venons de retracer péniblement montrent à quel point était arrivé, à Paris, la désafîection populaire à l'égard de l'Empire. Mais comment ne pas rester accablé de stupeur devant cet eflbndrement en quelques heures d'un pouvoir qui avait obtenu, quatre mois auparavant, plus de sept millions de suffrages et devant son remplacement follement hâtif par un gouvernement improvisé en dehors de tous principes de droit public et tout juste approuvé par les quelques milliers de manifestants de l'Hôtel de ville, mi-partie factieux, mi-partie badauds, alors qu'il existait encore dans la capitale un Corps législatif, un Sénat, une armée, une police et des milliers de fonctionnaires ? Et ici on devient rêveur devant le rôle prodigieux du hasard dans les plus grands événements de l'histoire. Qui sait ce qui se serait passé si le 4 Septembre n'eût pas été un de ces magnifiques dimanches d'été qui tirent tous les Parisiens hors de chez eux et les enlèvent, du matin au soir, à leurs habitudes et à leurs travaux?

l. Pierre de la Gorce, Histoire du Second Empire, t. VII.

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L'Impératrice avait fort bien compris combien les succès militaires étaient indispensables au maintien d'un empire qui se réclamait du nom de Napoléon. La nouvelle de nos premiers revers l'avaient remplie d'angoisse. Recevant, après Frœschvs^iller, cette dépêche de l'Empereur : « Immense désastre. Défaite complète », elle n'avait pu retenir ses larmes. Puis, comme les défaites continuaient à se succéder, elle avait envisagé sans trembler un renversement imminent de son trône. Gagnées par ces funestes pressentiments, sa fidèle trésorière, Mme Pollet, la fameuse Pepa * et la duchesse de Malakoff, veuve du maréchal Pélissier, l'avaient suppliée de mettre ses bijoux en sûreté. Elles airrivèrent un matin chez la princesse de Metternich qu'elles trouvèrent au lit et lui dirent que rien n'étant plus en sécurité aux Tuileries et en prévision d'une catastrophe prochaine, elles venaient lui confier les bijoux de la souveraine.

— De cette façon, insista la duchesse de Malakoff, vous sauverez une partie de la fortune de Sa Majesté.

« Je restai interdite devant cette grande responsabilité, raconte la princesse de Metternich, et mon effroi augmenta encore lorsque ces dames se mirent à déballer les bijoux qu'elles avaient apportés et me firent voir les trésors d'une valeur si grande qu'elles me confiaient, en ajoutant que le tout me serait remis sans qu'un inventaire en eût été dressé, vu qu'on n'en avait pas eu le temps et que même les écrins manquaient, et qu'à cause de cela ces diamants, ces pierres et ces perles ne se trouvaient enveloppés que dans du mauvais papier

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