‹ La société du second empireChapitre 6 sur 56 · Ambassadeur de Rus-ie à Paris · texte numérisé non relu

Ambassadeur de Rus-ie à Paris

pour La Grande-duchesse de Gérolslein. Il y alla deux jours après, avec les deux jeunes grands-ducs et s'amusa follement. Mais, dès son arrivée, malgré la fatigue d'un voyage de six cents lieues et avant de se rendre au palais de l'Elysée où l'on avait préparé ses appartements, il demanda à présenter ses hommages à l'Impératrice.

Prévenue de cette galante attention, celle-ci, en robe bleu clair à longue traîne recouverte .d'un manteau de dentelles, l'attendait dans le grand salon qui faisait suite à la salle des Maréchaux. Elle était entourée de toutes les personnes attachées à sa maison ainsi que de tous les officiers et dignitaires de la maison de l'Empereur convoqués en grand uniforme et au grand complet. Elle tendit la main au czar et Ton gagna un salon où Napoléon III présenta à ses hôtes les princes de sa famille et les officiers de sa maison. On s'en tint là pour le quart d'heure et, au bout d'une demi-heure, on rendit aux nouveaux arrivants toute leur liberté. Leurs voitures traversèrent en droite ligne le jardin des Tuileries qui présentait un admirable coup d'œil avec ses marronniers touffus illuminés par un soleil resplendissant, ses jets d'eau jaillissants et sa double rangée de soldats de chaque côté de l'allée centrale.

Par sa stature haute et robuste, son air majestueux, ses traits nobles, sa tournure alerte, le czar conquit de suite le public parisien qui lui reprocha seulement son air indilîérent et l'espèce de moue ennuyée dont il ne se départissait presque jamais. On n'était pas habitué chez nous à cet œil dédaigneux d'autocrate et, le jour du Grand Prix de Paris auquel il assista, on* remarqua qu'Alexandre II avait conservé, toute la journée, une attitude figée et silencieuse qui l'isolait de la foule remuante et empressée circulant au pied de la tribune impériale. Il se trouva, d'ailleurs, des gens pour louer cette attitude et l'on entendit, dans les salons, des

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femmes déclarer qu'au moins le czar avait tout à fait l'air d'un empereur ^

11 abandonna un peu de cette expression gourmée dans les courses qu'il fit à travers Paris avec le moins d'appareil possible. Il sortait tous les matins, visitait les monuments, les musées ou l'Exposition, déjeunait en petit comité dans les restaurants russes, lui et ses fils étant seuls assis, tandis que les gens de leur suite en étaient réduits à demeurer debout en faisant leur cour. Ces deux jeunes grands-ducs intéressaient beaucoup la foule, Taîné, le futur czar ami de la F'rance, d'allure rêveuse et mélancolique, malgré ses larges épaules, le cadet, VVladimir, plus exubérant et plus vif dans ses gestes. Tous trois parlaieni fort bien le français et le grand-duc Wladimir encore mieux que son père et son frère. Ces promenades incognito sur le boulevard les ravissaient. Ils éprouvaient une joie enfantine à se mêler à l'air et aux choses de Paris, à applaudir les actrices aimées du public, à se montrer dans tous les endroits à la mode. Les gazettes de Saint-Pétersbourg enregistraient gravement ces menus faits et gestes qui faisaient un bruit énorme dans les cercles officiels moscovites.

. Mais ce que ces gazettes se gardèrent .bien de dire,, c'est que le czar avait éprouvé un grand bonheur à retrouver à Paris une exquise jeune fille, sa compatriote, pour laquelle il avait senti éclore dans son cœur, un ou deux ans auparavant, la plus vive tendresse. Il s'agissait de la princesse Catherine Dôlgorouky qu'Alexandre 11, pour venir en aide à son père ruiné, avail, d'ans son enfance, placée comme pupille au couvent de Smolna et qu'il avait élevée ensuite à la dignité de « demoiselle d'honneur de ville», c'est-à-dire sans fonction à la cour. La belle-sœur de la jolie

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