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X. Germain Bapst, Le maréchal Canrobert, t. IV

Bérézowski qui fut condamné à la détention perpétuelle. Double maladresse, car on enlevait ainsi au czar le mérite de demander sa grâce et on l'irritait profondément contre nous. Après 1870, son chancelier, le prince Gortchakoff, devait, à Interlaken, affirmer à M. de Chaudordy que ces faits avaient déterminé son souverain à ne pas contrarier son oncle, le roi de Prusse, dans son dessein d'annexion de TAlsace-Lorraine.

QuantaujeuneBérézowski, trois moisaprès, au bagne de Toulon, il revêtit la veste rouge et le bonnet vert des forçats à perpétuité. Puis on lui rasa la tête suivant la règle en vigueur: une moitié tout à fait rase et l'autre moitié longue d'un pouce. Malgré celte atroce transformation, on remarqua qu'il gardait un certain air de distinction et une expression de douceur et d'intelligence. C'était assurément un fou plutôt qu'un être foncièrement malfaisant. A Nouméa, il chercha d'abord à s'évader. On le ramena mourant de faim et quasi inanimé. Avec le temps il se soumit et devint bibliothécaire du pénitencier. Il se faisait remarquer alors par une superbe barbe qui lui descendait au-dessous de la ceinture.

La série des fêtes continua jusqu'au départ d'Alexandre II et de Guillaume P'. On vit plusieurs fois ce dernier à l'Exposition où il alla contempler sa statue équestre destinée au pont de Cologne. Le photographe hippique Delton s'enorgueillit de le voir poser devant son appareil le plus perfectionné, casque en tête et monté sur un cheval noir au piaffement impétueux. Ce vieux reître glorieux et illuminé sait faire preuve d'amabilité et de rondeur dans les réunions officielles, malgré un manque de tact bien germanique qui lui fait évoquer, à tout propos, ses souvenirs souvent

tES SOUVERAINS ETRANGEBS A PARIS

curieux, d'ailleurs, des deux invasions de i8i4 et i8i5. Il rappelle qu'il a habité alors le palais de la Légion d'honneur. Après avoir été aux Buttes-Chaumont contempler le panorama de Paris, il déclare que la ville a bien changé depuis qu'il y est entré en vainqueur. Il raconte comment, après la prise de Paris, en 181 4, il a dîné avec son père Frédéric-Guillaume III et les empereurs de Russie et d'Autriche, à la Malmaison, chez l'impératrice Joséphine divorcée depuis quatre ans.

— Elle portait, dit-il, avec infiniment de grâce, une robe de mousseline blanche délicieuse. Je crois bien que quarante-huit heures après elle était morte.

Il est vrai qu'il revient également au temps où les Français occupaient Berlin et où le maréchal Augereau, gouverneur de la ville, le traitait en petit ami et le faisait monter à cheval avec lui.

Bismarck, lui, tient des propos qui seraient plus graves, si on les prenait au sérieux et s'il y mettait lui-même le sérieux qu'il affecte. Il n'épargne à personne les confidences cyniques et les déclarations brutales. II semble surtout, dominé par une manie qui ne peut s'expliquer que par une lourde plaisanterie de Borusse ou peut-être comme un moyen de nous pousser dans une aventure destinée à lui fournir le prétexte de guerre dont il a besoin : il ne cesse, dans ses conversations particulières, de montrer la Belgique, comme une proie facile et infiniment désirable pour la France. Ça paraît une obsession. Il en parle au maréchal Canrobert, au prince de la Tour d'Auvergne, à Rouher, à Persigny et même à up simple colonel, le prince de Bauffremont, commandant le i*'^ hussards, qu'il rencontre au grand bal des Tuileries, dans le jardin réservé illuminé à giorno : « Votre empereur, lui assure-t-il, n'a pas su tirer parti de sa situation en 1866. Il aurait dû envahir la Belgique et l'Angleterre n'avait rien à dire. » L'Allemagne tout entière nous a démontré depuis lors que

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la Belgique ne méritait pas, à ses yeux, de grands ménagements. A Napoléon III le même Bismarck se vante d'avoir seul mis obstacle à la guerre que son roi, à rinstigation du parti militaire, voulait nous déclarer deux mois auparavant. Il conte avec verve des anecdotes émouvantes, celle-ci notamment qu'a retenue le maréchal Canrobert. A Sadow^a, il se tenait à cheval derrière le roi, sur un point élevé. L'action est arrivée à son point critique pour l'armée prussienne. Si les troupes du Prince royal n'arrivent pas, elle est perdue. De Moltke lui offre un cigare, mais il préfère allumer un des siens et, ce faisant, il regarde longuement les pistolets placés dans ses sacoches et se fait le serment de se brûler la cervelle, si, à la fin de son cigare, l'armée du Prince royal n'a pas paru. «J'ai gardé mes pistolets, ajoute-t-il, et, quoiqu'ils fussent bien modestes, je les ai fait mettre sôus un globe de verre dans mon salon, à une place d'honneur (i). »

Ces attitudes de soudard l'aident à masquer le diplomate de proie toujours à l'affût d'une nouvelle dupe. 11 a des formules toutes personnelles pour résumer le principe des nationalités : « Pour moi, c'est bien simple, les peuples parlant la même langue, ayant la même origine doivent appartenir au môme pays. » Déjà le farouche annexionniste de 1871 se révèle sans vergogne.

Et ses desseins politiques, malgré leur nombre, leur hardiesse, les risques qu'ils comportent, ne semblent nullement l'accabler. Il étale avec belle humeur dans tous les salons sa lourde cuirasse d'acier bruni bouclée sur sa tunique blanche. Il danse à l'occasion, en jurant, il est vrai, qu'on ne l'y reprendra plus. Aux Tuileries, après un tour de valse avec Mme Carette qui lui a donné une rose, il débite ce madrigal: « C'est avecvous, madame, que j'aurai dansé ma dernière valse : je ne

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