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général, il prenait la parole à toutes les audiences ; procureur général, il ne la prit jamais. Dans les plus grandes affaires, il se faisait remplacer par son substitut, M. Cacaret, magistrat hors ligne.
Fils d'un président de chambre du temps de l'Empire, M. Dufau n'avait que peu de fortune et peu de crédit sous la Restauration. Un jour, la fortune lui arriva et tous les honneurs avec elle : il devint député, procureur général, premier président honoraire et maire de Pau.
Il acheta le château de Coarra/e ; il y donna des fêtes aux princes d'Orléans, heureux de voir les lieux OLi avait joué Henri IV enfant.
Le salon de M'"*" Dufau fut le dernier salon vraiment béarnais où brilla la société indigène. C'est là que l'idiome du pays tu entendre ses derniers accents, tandis que l'anglais et l'allemand faisaient leur entrée dans le salon de M"'"^ Dartigaux.
En 1848, Achille Marrast, frère d'Armand Marrast, fut nommé procureur général à Pau. lîntré tard au barreau, il n'improvisait guère; mais il écrivait et lisait à la perfection. Il était très aimable dans le monde. Il ne distribua point les places ;\ ses amis politiques, il choisit comme magistrats les plus capables et non les plus républicains; il fit nommer avocat général M. Cacaret qui, la veille même de la Révolution, l'avait fait condamner en police correctionnelle pour outrages à un juge.
M. de Moulon, successeur de Marrast, unissait la fermeté à la bienveillance, l'érudition à la lacililc de
la parole, toutes les qualités du magistrat austère à tout l'esprit de l'homme de salon. Il devint premier président à Douai et conseiller à la cour de cassation. Il mourut assez jeune, laissant un éternel souvenir aux vrais amis qu'il s'était fait à Pau.
Son successeur, M. Laporte, ne fut qu'un instant procureur général. Mais il fit longtemps partie de la cour comme avocat général et président de chambre. Sa parole n'avait rien de spontané; elle avait besoin de beaucoup de réflexion. Aux assises, il n'hésitait pas à demander un renvoi au lendemain, mais il arrivait bien prêt et chaque phrase portait. Ce n'était rien de brillant, mais quelque chose de sévère et de net qui faisait une vive impression. On prétendait que cet homme grave et très intelligent n'avait jamais dit une sottise, mais qu'il en avait fait plusieurs dans sa vie.
Il se fit élire député, et il ne payait pas le cens. Il dut s'invalider lui-même ; il se fit républicain pour être procureur général et fut obligé peu de jours après de reprendre son ancien siège encore vacant.
Malgré la sobriété et la sévérité de sa parole, M. Laporte savait plaire dans le monde. Sous des apparences de froideur, il avait des sourires pleins de charme et un esprit aimable que seul celui de sa femme surpassait.
Les deux avocats généraux qui brillèrent le plus sous la Restauaation furent M. de Lussy et M. de Crouseilhes. M. de Lussy écrivait ses réquisitoires. A cette époque, M. de Marchangy les écrivait toujours, lui aussi. Son éloquence, formée à l'école de d'Agues-
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seau et des grands magistrats, avait de la dignité et produisait de l'effet. 11 fut nommé député, mais presque à la veille de la Révolution de 1830 qui l'obligea à s'asseoir dans un fautetiil de conseiller.
M. de Crouseillies arriva à de hautes fonctions et se montra capable de les remplir. Il se fit remarquer comme secrétaire général du ministère de la justice et conseiller à h cour de cassation sous Charles X; comme pair de France, sous Louis-Philippe; comme ministre et sénateur sous Napoléon III. M. de Crouseilhes, né en 1792, était fort jeune encore lorsqu'en 18 16 il fut nommé avocat général à la cour de Pau. Il se mit alors, en compagnie d'un jeune conseiller, à entreprendre de fortes études, et ces deux magistrats, les plus faibles à leurs débuts, devinrent les plus forts de la compagnie. Vrai Béarnais de caractère autant que de naissance, M. de Crouseilhes fut im modèle de courtoisie, d'esprit et d'obligeance.
Deux autres avocats généraux du plus rare mérite n'occupèrent qu'un instant ces fonctions à la cour. En 1830, M. Laurence, du barreau de Mont-de-Marsan, fut nommé premier avocat général, passant ainsi avant M. Dufau, très ancien avocat général. C'était une intelligence supérieure. Sa parole pleine d'abondance et d'éclat, arrivait parfois jusqu'à l'éloquence. Llu député, sa renomméegrandit vite. Il était directeur général et conseiller d'Liat, lorsque la Révolution de 184S le renversa comme la Révolution de 1830 l'avait élevé. On lui refusa même une place au tribunal de Montdc-Marsan, et il se fit notaire dans cette petite ville.
M. Cacaret fat l'un des magistrats les plus remarquables qu'ait jamais eu la cour de Pau. 11 avait la science du droit, l'intelligence des affaires, la rectitude du jugement, une parole admirable de précision, de clarté, de force et d'éloquence. Il aurait dû désirer, semble-t-il, un théâtre où son talent pût se déployer à l'aise ; au contraire, son ambition était de rester à la tête du parquet de Lourdes, très petite ville alors. Il fut nommé malgré lui substitut à la cour et ne jouit pas longtemps de l'avancement que M. Marrast obtint pour lui. Il périt victime d'un accident de voiture dans la force de l'âge et dans tout l'éclat de sa renommée.
Un avocat général qui conserva longtemps ses fonctions à Pau, M. Lamothe d'Incamps, ne doit pas être oublié. Il joignait, à la dignité du magistrat, l'amabilité de l'homme du monde. A la cour et à la ville^ il n'était pas d'homme plus sympathique; il ne comptait que des amis parmi les Béarnais de toutes les opinions. Modeste et digne, gracieux, causant bien, doué d'un physique agréable, il était recherché dans les salons et recevait très bien dans le sien.
Comme homme du monde, le substitut de la cour qui fut le plus recherché, c'est, sans contredit^ Pèdre Lacaze, surnommé le beau Lacaze. Et il était impossible de trouver, en effet, quelqu'un de plus gracieux et d'une plus exquise affabilité. Il fliisait de sa grande fortune un très brillant usage. Il ne manquait pas de talent. Sa parole était agréable. Les Béarnais lui reprochaient même de l'être trop; ils disaient plaisam-
ment que, nicnie en requérant aux assises les peines ,les plus sévères, le beau substitut était toujours si gracieux qu'il avait l'air de faire les yeux doux nnx accusés.
Pèdre Lacaze aimait tant le monde qu'il laissa la robe rouge pour aller à Paris qui l'attirait. l:lu député après 1830, il devint plus tard baron et pair de France. Il fut pour tous les Béarnais si bon compatriote, si obligeant, qu'il transmit à sa famille un véritable héritage de sympathies populaires.
M. d'Antin, substitut à la cour, magistrat doué de toutes les vertus et de beaucoup de talent, déposa sa robe en 1830.
M. Daguenet quitta la présidence du tribunal do Lourdes pour devenir simple 'ubstitutà la cour; il se fit remarquer par des conclusions où brillaient toujours la science du droit et la rectitude de l'esprit. En suivant la voie hiérarchique, il était devenu premier président de la cour d'Orléans. La Révolution de 1848 termina brusquement sa carrière judiciaire. Député, sénateur, président du conseil général^ il a rendu de grands services au pays et n'a cessé, ;\ travers tant de révolutions, de mériter les sympathies de tous ceux qui savent apprécier l'union d'un beau talent et d'un beau caractère.