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poiij..., voilà toute la réponse de mon adversaire. Je n'ai rien à répondre. » l:t il s'assied.
Un avocat qui sous la Restauration occupa une grande place, c'est M. Lombart. Il était fils d'un savant jurisconsulte qui a laissé de sérieux manuscrits. Le Parlement, dérogeant à ses usai^es, avait rendu hommage à ce savant liomme, en envoyant un^ députation à son enterrement. M. Lombart fils avait du savoir^ de l'habileté, de l'éloquence même, beaucoup d'imagination, trop parfois, car la folle du logis l'égarait. Il avait une taille superbe, xxuo. noble figure, la tête bien poudrée, la jambe admirablement faite ; malheureusement, il n'en avait qu'une et \\\\ tronçon de cuisse. Depuis son enfance, il marchait àl'aide d'échasses. Cela ne l'empêchait pas de marcher rapidement, de gesticuler beaucoup au palais et de se distraire en jouant au billard. A l'audience civile, on appréciait ses connaissances en droit; il venait les mains pleines de notes écrites surde petites feuilles séparées. Mais, dans l'ardeur du débat, il lui arrivait de s'embrouiller au milieu de ses petits papiers, il ne savaitplusles reclasser, les jetait :i\'cc dépitet se livrait àson imagination qui le menait loin. A la cour d'assises, il produisait de l'elVet sur les jurés et sur le public. Sa voix était belle; il avait de la chaleur et de l'originalité. Un join' d'été, dans uwQ grande affaire criminelle, au moment où il croyait avoir ému son auditoire, il aperçut des sourires sur toutes les lèvres. Alors, il voulut être plus touchant et il lui semblait être éloquent; mais un rire, longtemps contenu, éclate de toutes parts. Ln gesticulant, Lombart avait renversé
son encrier dans sa toque où se trouvait son mouchoir, et, ruisselant de sueur, il s'essuyait la figure de ce mouchoir qui le transformait en nègre. Et plus il s'agitait d'une manière pathétique, plus il se rendait risible. Lombart a publié un Manuel de la cour d* assises', mais je ne saurais critiquer un livre où sont comblés d'éloges ceux qui me sont chers.
Lombart avait une petite société où l'on appréciait fort son amabilité, sa bonté, son esprit. Il avait beaucoup d'amis; on ne lui connaissait qu'un ennemi : sa femme. Elle était riche, Lombart ne l'était pas. De très bonne heure, elle se sépara de lui, en gardant toute sa fortune. Lombart était très plaisant quand il parlait de sa paraphernale épouse.
Parmi ces avocats originaux, assez communs en Béarn autrefois et dont les manières ne seraient plus admises au palais, il faut citer Lescun. Il disait de lui-même en se regardant au miroir : « La nature est bizarre, elle m'a fait un œil d'une façon et l'autre d'une autre. » Son accent béarnais^ mélangé de toulousain, était tellement singulier qu'il s'en apercevait lui-même. Au lieu de chercher à s'en corriger, il se contenta de quitter Toulouse en disant : « On se gâté Fatsanf dans cette diablo dé villa )). Il avait la prétention d'être un puriste et de connaître à fond la langue française. Une question de grammaire le mit certain jour aux prises avec un étudiant tapageur, M. Bart, qui fut plus tard un excellent préfet. Lescun donna sa leçon de telle fiiçon, que le susceptible jeune homme s'en prétendit offensé, demandant des excuses ou une réparation par les armes. On
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se rendit sur le terrain, et Lcscun répétait toujours : « II a mauvaise tcte, mais je lui prouverai que j'ai plus mauvaise tète que lui. » Quand tout fut prêt, Lescun s'avança vers Bart et lui dit : « Monsieur, vous avez une très mauvaise tète; eh bien ! je vais vous prouver que je l'ai plus mauvaise que vous. Q.ue voulez-vous? QjLie je me batte ou que je vous fasse des excuses? Vous le voulez, eh bien ! moi je ne le veux pas; je ne vous ferai pas d'excuses et je ne me battrai pas, et je vous prouverai ainsi que j'ai, Monsieur, plus mauvaise tète que vous. »
A la fin du premier Empire, il avait publié une brochure politique qui ne se vendit pas; on la trouvait étalée chez tous les bouquinistes des quais après la Restauration. «Maudite brochure, disait-il; quand j'aurais « voulu la trouver dans toutes les mains, elle restait « cachée chez les libraires; et quand je ne voudrais « plus la voir, elle me poursuit partout. » Ahn de devenir électeur, il épousa une temme riche, mais .vieille, qu'il cacha dans son village où il allait la voir. Il ne manquait pas de mérite comme avocat; mais il voulait entrer dans la niaijistrature et il cherchait à se faire des protecteurs, en oHVant aux hommes influents, « comme redevance annuelle », des fromages d'Asson, qu'il leur portait hii-mcino cachés sous sa redingote!
Le barreau, surtout celui de la Restauration, offre heureusement d'autres exemples.
Avant de devenirconseiller de préfecture et conseiller à la cour, Julien s'était fait une réputation de savant jurisconsulte. 11 connaissait le droit; il avait une grande
pratique des affaires^ des mœurs douces et un caractère "sympathique.
M. Blaiidin se fit apprécier comme avocat et comme homme du monde. Dans les salons, sa voix était agréable; mais, dans l'ardeur des plaidoiries, elle devenait aiguë au point qu'on la compardit à une lame d'acier perçant le tympan de l'oreile. Il avait beaucoup travaillé et entassé, sur divers sujets, des montagnes de notes. Après avoir parcouru une longue carrière d'avocat, il consacra ses dernières années à des études d'économie chrétienne, études alors nouvelles, mises en vogue par des écrivains éminents, qui ont érigé la charité chrétienne en véritable science. M. Blandin a laissé des regrets qui durent encore.
Caussadette, très apprécié dans les consultations,, a prouvé qu'à force de travail, on pouvait, sans beaucoup d'intelligence native, se rendre utile et aller loin dans la science du droit.
M^ Clavé, remarquable par son esprit logique, sa sagacité, sa parole vigoureuse, n'a brillé qu'un instant. Il mourut dans la force de l'âge et du talent.
Deux frères, formés à l'école des Perrin, les messieurs Prat^ ont occupé au barreau de Pau une place importante.
Prat jeune avait moins de talent, mais il était plus sympathique que son frère qui lui survécut de plusieurs années.
Prat aîné fut un moment l'avocat le plus recherché. Il creusait lourdement son sillon, mais le creusait profondément. Il ne manquait d'ailleurs ni de science, ni
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d'habileté. Il fut un des premiers à regarder le désintéressement dont se vantaient les anciens avocats, comme une duperie, et il inaugura le système des gros honoraires. En plaidant, sa parole était souvent âpre et agressive. Il n'aimait pas son confrère Bernard Lacazc, qui avait plus de talent que lui, et qui se sentant un jour blessé, le provoqua en duel. Prat répondit : «J'appartiens à ma femme et à mes entants mineurs; procurez-vous leur consentement, et je me battrai. »
J'ai connu le fils de Prat aîné et celui de Prat jeune. Tous deux sont devenus conseillers, tous deux sont morts à la fleur de l'âge.
Le fils de Prat aîné, mon collègue îi la cour de Pau, avait épousé la nièce du maréchal Bosquet. Son esprit plein d'originalité était vraiment remarquable. Il m'avait fait la confidence de travaux qu'il devait, hélas! laisser inachevés. J'ai vu cette haute intelligence lutter contre de longues souffrances et puis s'éteindre tout à coup, plusieurs mois avant sa mort.
Le fils de Prat était conseiller à la cour d'Alger. J'ai connu peu d'hommes plus sympathiques. Il a été tué en duel!..
M. Mondiet brilla au barreau, au tribunal et .\ la cour de Pau, comme un jiu'isconsulte habile. Homme du monde, il avait un esprit charmant, plein de saillies, et, quoique parfois un peu railleur, il était toujours aimable et très sympathique.
Un Basque, M. Lerembourc avait des opinions politiques ardentes. Qiiand il se laissait emporter, sa parole allait loin. Les magistrats rovalistes l'aimaient beau-
coup, et il les embarrassa souvent par ses violentes attaques contre le gouvernement. Les présidents d'assises, qui auraient dû le punir, ne pouvaient jamais se résigner à frapper un homme loyal et plein de cœur. Mais lui, ne pardonnait rien, même à ses amis les plus chers, si on avait l'air d'insulter les Basques. Un jour, entrant à la cour d'assises, il entend Lacaze, avec lequel il vivait dans l'intimité, lancer dans sa plaidoirie quelques traits contre les Basques en général. Malgré son extrême myopie, malgré ses vieilles relations avec son confrère, Leremboure voulait à toute force se battre. On eut toutes les peines du monde à arrêter ce duel pour cause de patriotisme insensé.
Au-dessus de Prat et Leremboure, je placerai Laborde et, au-dessus de Laborde, Lacaze.
Hylas Laborde a été l'un des avocats les plus capables et les plus sympathiques qu'on ait jamais vus à Pau. Sa parole^ simple et sans prétention, était facile et d'une admirable clarté. Très instruit en droit, il avait surtout l'instinct des affaires. Le juge le suivait facilement dans sa route nettement tracée et sa puissance de logique était presque irrésistible.
Nommé conseiller, il fut aimé de tous ses collègues, mais son opinion n'était pas toujours suivie. Il voulait voir ce que d'autres n'avaient pas vu; il se lançait dans des raisonnements très ingénieux, mais la vérité juridique n'a pas besoin, le plus souvent, d'être cherchée si loin; elle est accessible aux esprits droits, même lorsqu'ils sont ordinaires.
Bernard Lacaze, né à Vic-en-Bigorre, parut à Pau
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en 1823, à son retour d'Amérique où il avait plaidé en anglais. Le Mémorial raconta la vive impression que son début fit au palais.
Lacaze était bien protégé par les magistrats bigorrais de la cour; mais les Béarnais le consUiéraient comme un étranger. Il lui fallut dix années pour prendre la place que son talent lui assignait à la tète du barreau.
Lacaze n'était pas comme tout le monde, ni par la tournure, ni par l'accent. Il avait surtout une originalité d'esprit qui plaisait. Sa parole était d'un pittoresque inimitable , sa sagacité merveilleuse... Il savait le droit, il comprenait les affaires ; en plaidant, il étonnait par la nouveauté de ses aperçus, par la vigueur de son raisonnement, par l'éclat de ses saillies. Lorsqu'un adversaire comme Prat le blessait, il était terrible ; il mettait en pièces ses arguments : il lui lançait des éclairs ; il le foudroyait. Au contraire, s'il avait devant lui un contradicteur de bonnes manières, il n'était pas de confrère plus bienveillant et plus poli. J'ai fiiit au barreau mes premières armes contre lui; il me combattit avec une courtoisie charmante ; il semblait avoir besoin d'un délai pour me répondre, me priant de lui conlicrmcs armes, alin de véritier s'il n'y avait pas quelque défaut à la cuirasse.
Ses opinions, hostiles à la Restauration, s'accentuèrent vivement, après 1830, dans le sens républicain. Il fut le défenseur Ac tous les républicains poursuivis. Un jour, il commença ainsi sa plaidoirie : « Je « plaide pour un tel. ('omme je suis plus ardent que
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« le prévenu dont je partage les opinions, Dieu veuille « que j'aie le temps d'achever la défense, avant d'aller « ni'asseoir à côté de lui sur le banc des accusés. » Un autre jour, après des arguments très sérieux, voici ce qu'il dit aux jurés de la manière la plus plaisante : «L'accusé, dit-on, a crié : Five la République! Ce « n'est pas un cri séditieux. Lorsque Lafayette présenta « Louis-Philippe au peuple, il dit : « Voilàja meilleure (( des républiques » ! Quand on crie : Vive la Répu- « blique! on veut dire la meilleure des républiques, « et, par conséquent, crier : Vive la République, c'est « crier : Vive le Roi ! »
Il n'était plus jeune^ il se retirait du barreau, lorsque la Révolution de 1848 fit triompher ses idées politiques. Il fut nommé député; mais les républicains le guérirent vite de sa vieille passion pour la République. Dans le conseil d'Etat de l'Empire^, il trouva sa place au milieu d'hommes éminents, et, s'il devint sénateur, il ne le dut qu'à son mérite.
Sa naissance, son peu de fortune, ses opinions semblaient fermer à Bernard Lacaze les salons aristocratiques de la Restauration ; il y était, au contraire, très recherché . Son esprit lui fliisait ouvrir toutes les portes; tout ce que ses opinions pouvaient avoir de choquant restait sur le seuil. Un libéral, qui ne connaissait pas le monde élégant, reprochait un jour à Lacaze d'y aller : « Soyez tranquille, lui répondit-il, je suis un homme bien élevé : en gardant mes convictions, je sais ne pas blesser celle des autres ». Un jour qu'il vantait le bon ton et la distinction native comme